‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 19 sur 110 · LÀ RÉFORME DE · texte numérisé non relu

LÀ RÉFORME DE

LA RÉFORME avait déjà besoin d’être réformée. C’est à cette tâche que va s’employer Castellion, et, puisque Genève tend à devenir une nouvelle Rome, il convient que se lève, en son sein, un nouveau Réformateur. Et ce Réformateur de la Réforme ne se contentera pas de proclamer à nouveau les grands principes, il les vivra, il les incarnera et, sans faiblesse, sans relâche, il dressera, en face de la Genève calviniste et autoritaire, l’idéal primitif de la Réforme.

On lui refuse le titre de pasteur? Il restera laïque, mais personne ne peut l’empêcher de se consacrer quand même à l’œuvre de l’Esprit et il s’y consacrera, non pas en dépositaire sacré delà Vérité éternelle, mais en laïque, en humaniste, en libre chercheur, en libre croyant.

La fonction qu’il a offert de garder, jusqu’à la venue de son successeur, le lie encore, pour quelque temps, au Consistoire; mais ces liens vont être bientôt rompus et, dégagé enfin de la tutelle qui pèse sur lui, il pourra donner libre cours à sa pensée. Cependant il ne peut pas quitter Genève sans libérer sa conscience. Il est des questions qu’il place bien au-dessus des interprétations de la

CASTE LUON i GENÈVE

Bible et des dogmes : c’est la vie morale. La Réforme lui était apparue surtout comme un puissant moyen de régénération et de libération sociales : il ne peut pas tolérer que ceux qui, dans la chaire chrétienne, se font les héraults intransigeants de l’Evangile du Christ le violent effrontément, au grand scandale des simples. Calvin non plus, d’ailleurs. Or, Calvin était fixé depuis longtemps sur la valeur morale de quelques-uns de ses collègues :

«L’un, écrit- il, d'une nature emportée ou plutôt sauvage* n’est pas accessible aux bous conseils ; T autre, fourbe et rusé, tout gonflé de mensonges et d’astuce ; tous les deux ignorants autant que vaniteux. Au défaut de savoir s’ajoute le défaut de soin et de sollicitude, car ils n’ont pas songé, même en rêve, à ce que c’est que de diriger une Eglise a. 1

Calvin leur fit des remontrances, mais au lien de s’humilier, «ils ne pensèrent qu’à se venger» 2 *. Ils se livrèrent à une fausse dénonciation qui amena l’arrestation d5un gentilhomme innocent. Celui-ci porta contre un des ministres genevois une accusation «si grave, écrit * Calvin, qu’elle ne pouvait se terminer que par la mort, ou tout au moins par l’exil».

1 Herminjard ; VU 410, 411.

s Compte-rendu fait par Calvin et extrait d’une lettre à Farci, 31 Mai

Oet épisode donne une idée de la mentalité de ees pasteurs. Des scandales ne devaient pas tarder à se produire : tel ministre reconnaît «avoir joué à jeu défendu», tel autre est «convaincu de conduite immorale.» Calvin, si strict sur ces questions, n’ose pas ébruiter ees faits. Il se tait parce que, déjà, cela «apparaissait suffisamment», mais un jour que, dans une réunion publique, 1 Calvin donnait une explication familière de cette parole de l’apôtre : «Nous montrant en toutes choses ministres de Dieu par une grande patience, etc», 2 castet.liojt Sébastien Castellion n’y tint plus. Il se leva

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