‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 30 sur 110 · UB O AL V IN · texte numérisé non relu

UB O AL V IN

foudres de Calvin, Il connaissait son intransigeance, il savait que Calvin n'admettait la liberté chrétienne qu’à la condition qu’elle s’arrêtât au point précis où s'arrêtait «son hérésie-» Il avait lu les conseils que Calvin avait donnés, en 1548, au duc de Somerset «pour obvier à la légèreté des esprits fantastiques qui se permettent trop de licence,» Il connaissait «le moyen bon et propre» que recommandait le Réformateur de Genève «pour couper la broche à toute curiosité nouvelle de ceux qui ne demandent qu'à extra vaguer, » 3

Il n’ignorait pas qu’il était interdit de professer une opinion contraire soit à la Somme de la doctrine calviniste «que tous doivent prêcher», soit à

1 Hist. crit. du Vieux Testament. Page 326* Et ailleurs* page 349: tLa version française de Oastellion a été imprimée» eu 1555» avec des Nota* pour éclaircir les endroits obscurs de son texte : et il est bien éloigné, dan a ces Notes» de la Méthode des Docteurs de Genève, où il ne s’arrête pas k faire des leçons de théologie» ni de morale, mais simplement à ce qra Regarde le critique. > Richaed StMOH.

2 Hbt. crit. du N. T. page 274,

a Le 22 Octobre 1548. Lettres françaises de CiLvin-Tome 1 pages 267— 273

ne

ce formulaire commun d’instruction » qu’était son Catéchisme. Il avait appris que c’est en se tenant à ee Catéchisme et à cette Somme que les princes pouvaient aisément «discerner si quelques présomptueux avançaient doctrine étrange.» Et il était sûr que ce reproche de présomption le touchait de près.

calvin Mais c’est avec stupéfaction qu’il avait lu, BtoEsaroN Lqb dans lettre cle Calvin, Fineoncevable conseil l’hésésis f An qXp]ï avait osé donner au due de Somerset «pour

Lli GLAIVE

couper la broche à toute curiosité nouvelle»:

«A ce que f entends, Monseigneur, vous avez deux espèces de mutins qui se sont élevés contre le Roi et l’état du royaume. Les uns sont gens fantastique 3, qui, sous couleur de l’ Evangile, voudraient tout* mettre en confusion. Le * autre? sont gens obstinés aux superstitions de l’Antéchrist, de Rome. Tous ensemble méritent bien d'être réprimés par le glaive qui vous est commis , vu qu’ils s’attaquent non seulement au Roi mais à Dieu . , . , >>

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la réaction C’est la première fois que, dans le pro tes tança™ tm^te tisme de langue française, s’affirme avec autant de netteté cette affreuse doctrine, et Calvin, en donnant à un prince le conseil de réprimer par le glaive l’hérésie naissante, inaugure dans le sein des Eglises de la Réforme les pires méthodes de l’Eglise Romaine. 1 C’est l’appel au bras séculier

1 A ce moment, régnait partout l'Inquisition, En Espagne s’allumaient des bûchera ; dans les vallées vandoieee on massacrait les populations ; dans pve Pays-Bas c’était le régime de la terreur.

LE RÉFORMATEUR LIBÉRAL

et à r intervention du glaive, en matière de foi. À partir de ce moment, (si extraordinaire que soit le génie de Calvin) le Calvinisme n'a plus rien de commun avec le mouvement de libération spirituelle qu'avait été le protestantisme au commencement de la Bétonne. La digue qui déjà se dressait, à l'époque des premiers conflits avec Castellion, devant le flot montant de la libre croyance, prend des proportions massives et menaçantes. La Somme, le Catéchisme et l'autorité consistoriale qui en constituent les puissantes assises ne laissent plus filtrer la moindre nouveauté : le Calvinisme se dresse définitivement contre la liberté de conscience. Il n’ost pins une puissance de libération, il tend à devenir une puissance d’asservissement: «Tous, (incrédules et libres croyants) méritent bien d’être réprimés par le glaive qui est commis aux princes, » Tels sont, en 1548, les conseils de Calvin au duc de Somerset.

Trois ans après, paraissait la Bible latine de Castellion, Elle était précédée d’une préface. «On sait ce qu’étaient les préfaces au XYI^e «siècle. Celle de la Bible de Castellion devait «marquer une étape nouvelle. Un homme qui « avait entrepris la traduction de la Bible, comme «une sorte de tâche sacrée et qui l’avait accomplie «au prix des plus cruelles privations, devait avoir

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