‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 31 sur 110 · OA3ÏRLLION TAIT LE PROCÈS DES ÉGLISES CALVINISTES · texte numérisé non relu

OA3ÏRLLION TAIT LE PROCÈS DES ÉGLISES CALVINISTES

«besoin, lui aussi, de verser dans une préface le «plus pur d'une âme exercée par tant d’années «de souffrances, de méditations et de prières ! « Quelle allait donc être T idée capitale qu’il jugerait « digne de cette place d’honneur, qu’il mettrait «en quelque sorte sous le patronage de la Bible «elle-même 1 Ce fut une doctrine qui n’avait pas «encore de nom et qui s’appela, beaucoup plus «tard, la Tolérance *l»

ISTon, ce n’était pas, par libre choix, qu’il avait pris cette résolution. Les circonstances la rem daient nécessaire. Les lettres de Calvin au due de Somerset étaient non seulement une approbation manifeste des horreurs de ce tyran en folie qu’avait été Henri VIII, mais un encouragement à de nouvelles persécutions sanglantes. Castellion sent l’impérieuse obligation de protester contre la répression, par le glaive, de l’hérésie religieuse. Il veut réduire à néant les arguments de Calvin, qu’il trouve monstrueux, et il affronte ouvertement la lutte. C’est au pupille du duc de Somerset, c’est au roi d’Angleterre lui-même, au jeune Edouard VI qu’il dédie la préface et la traduction de sa Bible latine.

Avec la hardiesse, la violence même, d’un protestant irréductible qui veut libérer sa conscience

1 F. Buisson. Tome Ir Page ;

le réformateur libéral

üt qui ne consent pas à l'escamotage pieux de la liberté religieuse, non plus qu'à l'étouffement des principes les plus sacrés de la Réforme, Oaslellion dénonce Tétât des Eglises calvinistes ;

«D’où peuvent venir ces controverses ans quelles pendant des siècles on n’a pas réussi à mettre fin et qui tendent invariablement à verser le sang des petits ? Uniquement de ce fait que personne ne vent douter de sa propre opinion et qn7 il n’y a personne qui ne condamne les autres» Nous sommes jaloux, nous calomnions et non seulement nous rendons le mal pour le mal, mais souvent nous rendons le mai pour le bien. Et si quelqu’un diffère avec nous sur un point de doctrine, si petit qu'il soit, nous le condamnons et nous le poursuivons par la parole et par nos écrits, jusqu’au fin fond de la terre, en quelque coin qu’il se trouve, et c’est par le feu et F épée que nous tuons les pauvres gens, sans vouloir entendre leur défense. Cela ne nous empêche pas de dire qu’il ne nous est pas permis de tuer quelqu’un. Et ce disant, nous le livrons à Pilate. Et si Pilate refuse de le condamner, nous disons : « Pilate n’est pas un ami de l’empereur ! >> Mais ce qui est le plus effrayant, c’est que nous crions et proclamons que nous agissons, de la sorte, par amour et sur V ordre du Christ, Nous affublons le loup dévorant, de la peau d’une paisible brebis ï . , , , C’est par zèle que nous serons sanguinaires, oui, par zèle pour le Christ qui a répandu son sang afin que le sang des autres ne fût pas versé ! » 1

«Par zèle de Christ 3 nous arracherons l’ivraie, lequel, a-

1 Traduit du hollandais. Van Ketteren, * * (Des hérétiques) Le traducteur hollandais (1620 environ), dans son Avertissement au lecteur, dit quril sous les yeux, un exemplaire allemand; o*est sur ce texte aüemapd qu’il a fait sa traduction et c’est cette traduction que je traduis moimême.

* Traité des hérétiques, etc. page 95. Cité par F. Buisson.

SÉBASTIEN CÀSTELLIQN

fin que le blé ne fût arraché, a commandé F ivraie être laissée jusque© à la moisson ! Par zèle de Christ, nous persécuterons les autres, lui qui a commandé que si on nous frappe sur la joue dextre, nous présentions la semestre l Par zèle de Christ, nous ferons mal aux autres, lui qui a commandé que nous rendions le bien pour le mal. *

Et plus loin ;

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