‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 37 sur 110 · LES LIBERTINS · texte numérisé non relu

LES LIBERTINS

BERTRELtBB

fautes ; une autre avec un bouquet sur l'oreille ; des jeunes gens avaient été surpris dans une hôtellerie : les hôtelleries n'étaient permises qu’aux étrangers, surveillés de près par les aubergistes* Le voyageur, en y arrivant, devait être dépouillé de son épée ; il ne pouvait sortir après souper, ni boire autre chose que le vin rouge du pays ; il était tenu de faire sa prière avant le repas ; s'il y manquait l'aubergiste était responsable. On citait devant le Consistoire des filles qui s’étaient exercées à patiner, un priseur qui, au prêche, avait offert du tabac à son voisin, un créancier et un débiteur qui avaient réglé leur petite affaire en sortant du temple, une femme qui avait regardé le prédicateur avec un peu trop d'attention,»1 «Un notable ayant qualifié Calvin de méchant homme fut promené dans la ville, tête nue, en chemise, la torche à la main». %

Cette théocratie consistoriale n’était pas du goût de tous et un grand nombre de Genevois ne se pliaient qu’en regimbant à cette discipline inquisitoriale. On les désignait sous le nom de libertins. Mais Calvin ne supportait pas leur rébellion et le Consistoire punissait les coupables* Résister aux ordres du dictateur religieux de Genève, c'était résister aux ordres de Dieu*

Un jour Calvin interdit la sainte Cène à Ph* Ber-

1 Genève et sce poètes, Marc Monnier, page 77*

1 Histoire de la Réfami&tiûn, par N. Lamarche, page 63.

thelier. 1 2 Mais celui-ci, indigné de ce qu’il considérait comme un abus de pouvoir, proclamait sa volonté d’y participer. Le petit Conseil, ému du scandale qui allait éclater, insinua timidement que si Bertlielier <$ se sentait assez net en sa conscience et capable de recevoir la Cène, on laissât à sa charge de le faire ou non.» Mais Calvin ne pouvait pas accepter une semblable défaite. Il se rend au Conseil et déclare « qu’il mourrait plutôt que d’endurer cela contre sa conscience. » Et, dans une lettre à Viret, il laisse déborder sa rancœur : « Si Dieu, écrit-il, permet à Satan iV écraser sous un tel despotisme la liberté de mon ministère, c'en est fait de moi l 3.

Tout Calvin est dans cette parole. Despotes, op- <Llvin presseras, tyrans, ouvriers de Satan, tous ceux qui osent vivre ou agir, penser ou croire, adorer ou com- sp» ministère

REVEN¬ DIQUE LA LIBERTÉ DE

munler, en dehors de la volonté de Calvin! Que deviendrait la liberté de son ministère si les autres gardaient la liberté de croire ce qu’ils croient vrai, ou de faire ce qu’ils estiment juste % Une atteinte semblable à son droit de régenter, de dominer, de commander, au nom de Dieu, serait une intolérablepppression. Mais si chacun avait le droit de penser librement, de croire ou de ne pas croire, de prier

1 Le petit fila d3un des plus purs héros de la Libération de G-enève : PHILIBERT BeRTHELIER.

2 Registre du Coûacil, voir âmÉdie Rouet, page IV.

3 Sesvet et Cal vih, par A. Dlde, page 231.

LA RÉFORME CALVINISTE A L'ŒUVRE

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