‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 39 sur 110 · CALVIN · texte numérisé non relu

CALVIN

C est de Trie qui donne l’adresse de l’imprimeur, mais il s’abstient de dire de qui il la tient : «Je ne vous mande pas les indices par lesquels nous avons

entendu que c’est . , Arnollet mais nous

avons toute certitude sur ce point.»

du Le « gros volume » (Restitution chrétienne} et les autres écrits de l’auteur qui constituent la plus indéniable preuve, sous laquelle l’Inquisition doit accabler Servet, « c’est de Monsieur Calvin» que de Trie les a obtenus. Cependant, il faut noter que si Monsieur Calvin «désire que de tels blasphèmes exécrables» soient «réprimés, il a fait quelques difficultés : «Mais, écrit naïvement de Trie, j’ai tant importuné Monsieur Calvin, lui exposant les reproches de légèreté qui m’en pourraient advenir s’il ne m’aidait, qu’à la fin il s’est accordé à me bailler ce que vous verrez pu 1

Voilà un aveu devant lequel le démenti de Calvin s’écroule. C’est donc pour éviter à de Trie le reproche de légéreté que le Réformateur lui a confié des lettres personnelles et un manuscrit qui doivent faire condamner un homme à mort. Est-il possible d admettre que Calvin ait cédé, pour d’aussi puériles considérations ? 2

] Lettre de Trye, Opéra Calvin I, Page 342.

E La défende qu’easuie Mr Doumergue dans son livre ♦ Caîo*Rnie& aiüi probantes, * page 87, semble ^arrêter à cette solution. « Calvin, écrit-il, se trouvait dans cette situation ; ou bien laisser accuser de mensonge son ami de Trie, ou bien prouver que Sebvet, quoiqu'il en dise, était bien Ser-

ïTest-ce pas plutôt qu’ayant suggéré à de Trie la dénonciation, il est moralement obligé de ls appuyer sur des preuves % Se fait-on pourvoyeur de bourreau pour éviter à un ami le reproche de légèreté 1

«Au reste, continue innocemment de Trie, f espère bien quand le cas se dénouerait à bon escient, par delà, avec le temps, recouvrer de lui (Monsieur Calvin) une rame de papier ou environ qui est ce que le galant a fait imprimer . Mais il me semble qu’à cette heure, vous êtes garni d'assez bons gages. » 1

À Vienne, en effet, on était garni (Passez bons gages et de Trie n’eut pas à obtenir, de la complaisance de Calvin, les autres manuscrits du livre que «le galant» avait fait imprimer.

Les gages reçus constituaient des preuves accablantes.

Maintenant qu’on relise le démenti de Calvin : «Il n’est jà besoin d’insister plus longuement à rembarrer une calomnie si frivole, laquelle tombe bas quand j’aurai dit en un mot qu'il n'en est rien. H

veî-. II se décida pour la seconde alternative, non sans grand peine. » Cette grande peine est peut être une circonstance aggravante, car elle montre que Calvin savait co qu’il faisait. Il consentait à prouver ce que le tribunal devienne voulait établir po&r condamner Servet. Or, c’eat là précisément îe crime. S’il Ta accompli pour éviter à son ami de Trie le reproche de légèreté, Calvin avait de l'amitié une notion bien redoutable.

1 Opp. Calv, VIII : 342.

a Déclaration pour maintenir ia vraie foi (page 54). Voici un autre extrait de sa défense : <Si cela m’était vraiment objecté que j’eusee manifesté pour

LA RÉFORME CALVINISTE À L* ŒUVRE

Page 1