‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 41 sur 110 · À GENEVE · texte numérisé non relu

À GENEVE

se rendit à Genève* Il comptait y rester quelques jours seulement, pour se réfugier ensuite soit en Italie, soit à Bâle* Mais à peine était-il installé dans sa modeste chambre de l'hôtel de la Ko se* que les agents du guet se saisissaient de lui et le jetaient en prison* Il faut lire* dans l'ouvrage que Mr Douai ergue a consacré à Calvin, le récit de cet épisode:

«Le 20 Avril 1543 l, on vint révéler au Consistoire que , par le bon vouloir de Dieu, la peste avait recommencé au logis de la Kose, au Molard. Mais, plus ému certainement fut Calvin quand il apprit que, dans ce même logis, une peste pim dangereuse à ses yeux menaçai* de gagner Genève ;

Servet était là**

Libéré des geôles de l'Inquisition, Servet tombait

ÀliRÈST .VTIOH

dans les geôles du Calvinisme } mais la prison de Vienne était tenue, au dire de Servet lui-même, comme si l'on eût voulu qu'il s'en échappât* Celle de Genève ne devait pas lâcher sa proie. On déclara d'abord que cette arrestation était étrangère au Réformateur génevois, mais la rumeur publique

1 Gaxvtït par Mr- DouMEHauE-Tooie III* page 216.

LÀ RÉFORME CALVINISTE A LOUVRE

ne- se contentait pas des vagues indications dont on essayait de la repaître. Elle précisa son accusation et Calvin dut avouer, sans bonne grâce, qu'il avait ordonné l'arrestation de Servet: «Je ne dissimule point, écrivait-il, que çà a été à mon aveu que Servet a été appréhendé, en cette ville, pour rendre compte de ses maléfices. Que les malveillants et les médisants jargonnent contre moi tout ce qu'ils ^voudront, .» Servet donc, sur l'ordre de Calvin, était «appréhendé à Genève pour rendre compte de ses maléfices , »

On comprendra ce que pouvait signifier pour le Béformateur cette décision, si on rapproche de cette arrestation ce que Calvin, sis mois auparavant, écrivait à Farel : «Si Servet vient à Genève, je ne souffrirai pas, pour peu que j'aie du crédit dans cette cité, qu'il en sorte vivante Calvin n’était pas sans crédit, La mort de Servet était-elle certaine ! Servet semble le pressentir, quand il lui demande s'il ne sait pas bien «que ce n'est point l’état d'un ministre de l'Evangile d'être accusateur criminel ni de poursuivre judiciairement un homme à mort, . »

Y avait-il vraiment préméditation et volonté arrêtée de faire mourir l'hérétique 1 Les partisans de Calvin s'en défendent avec horreur. Calvin lui-même s'élève contre une semblable accusation. Jusqu'à la fin, il affirme son désintéressement absolu, dans la question que pose le cas Servet. Il va même jus-

SÉBASTIEN GÀSTEEXIGN

cju'à dire qu'il n'a «jamais poursuivi contre lui aucune injure particulières,* 1 Comment pourrait-on le soupçonner d'avoir poursuivi un homme à mort , en invoquant des griefs personnels î Tout ce qu'il a fait est uniquement pour sauver «l'honneur de Dieu, » Les injures personnelles de Servet ne l'ont jamais préoccupé, le moins du monde. Bien seul occupe sa. pensée. Or, voici quelques-unes des accusations dressées par Calvin lui-même et par son secrétaire qu'il avait fait porter, comme partie civile pour accuser Servet, 2

«Réquisitoire du 24 mût : Item qu’en lu personne de Monsieur Calvin, ministre de la parole de Dieu en cette Eglise de Genève , Servet a diffamé, par livres imprimés, la doctrine qui s’y prêche, prononçant tontes les injures ©t blasphèmes qu’il est possible d’inventer.

Réquisitoire du 15 août: prononcé contre Michel Servet pour les méchantes calomnies ©t fausses diffamations qu’il a publiées contre les vrais serviteurs de Dieu et notamment contre M? Calvin duquel le dit proposant, Nicolas de la Fontaine est tenu de maintenir T honneur comme son pasteur, s'il veut être tenu pour chrétien.**

Le dessein du dit proposant était louable mais périlleux. Il pouvait certes, pour rester chrétien aux yeux de Calvin, maintenir l'honneur de son pasteur ;

1 Calvin. Déclaration pour maintenir la vraie foi. Page 96,

1 L’ accusateur , au XVlème siècle, devait être mia en prison pour produire fies griefg, Calvin chargea de cet emploi son Secrétaire, Nicolas de la Fontaine.

1 Pièces du proeêa Sebvet,

QUELQUES G Kl EPS CALVINISTES

LA RÉrOBME CALVINISTE À L' ŒUVRE

mais rhisfcoîre a besoin d'autres témoignages, et celui qui se dégage de ces circonstances, loin de maintenir Fhonneur de Calvin, est en contradiction trop flagrante avec ses déclarations, pour qu’ici encore le rôle du Réformateur de Genève ne soit jugé avec sévérité. Calvin donc accusait Servet d’injures et les iutempé, fie calomnies ! Calvin dont «les adversaires ne sont

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