‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 42 sur 110 · RANCES DE · texte numérisé non relu

RANCES DE

langage de jamais que des fripons, des fous, des méchants, des calvin ivrognes, des furieux, des enragés, des bêtes, des taureaux, des ânes, des chiens, des pourceaux » \ Calvin ose accuser quelqu'un d'injure :

4 L'école de V estphalo, selon lai, écrit Bossuet, est une puante étable à pourceaux. La Cène des Luthériens est presque toujours appelée une Cène de cyciopes où on voit une barbarie, digne des Scythes, S'il dit souvent que le diable pousse les papistes, il répète cent et cent fois qu'il a fasciné les Luthériens et qu'il ne peut pas comprendre pourquoi ils s'attaquent à lui plus violemment qu'à tous les autres, si ce n'est que Êsatau, dont ils sont les vils esclaves * les anime d'autant plus contre lui qu'il voit ses travaux plus utiles que les leurs au bien de l'Eglise* Ceux qu'il traite, de oette sorte» sont les premiers et les plus célèbres des Luthériens. Au milieu de ces injures il vante encore sa douceur ; et après avoir rempli son livre de ce qu'on peut s'imaginer non seulement de plus aigre, mais encore de plus atroce, il croit en être quitte en disant qu'il avait été tellement sans fiel lorsqu'il écrivit ces injures que lui- même eu relisant son ouvrage, était demeuré tout étonné que tant de paroles du ms lui fussent échappées sans amertume. C'est, dit -il, l’indignité de la chose qui lui a fourni, toute seule, les injures qu'il a dites ; et il en a supprimé

L Bossuet,

SÉBASTIEN CASTELLÏQN

beaucoup d’autres qui lui venaient à la bouche* Après tout il n'est pas fâché que ces stupides aient enfin senti les piqûres et il espère qu’elles serviront à les guérir.

Il veut bien pourtant avouer qu’il en a dit plus qu’il ne voulait et que ce remède qu’il a appliqué au mal était un peu violent Mais après ce modeste aveu il s’emporte plus que jamais, et tout en disant : t M'entends- tu, chien, m’entendstu bien, frénétique ? m’entends- tu bien, grosse bête ? » il ajoute qu’il est bieu aise que les injures dont on l’accable demeurent sans réponse.»

Mais ee n’est pas seulement un écrivain catholique qui relève ses propos. Voici F opinion d’un protestant :

< Cette violence, au reste, était si naturelle chez lui qu’il s’étonnait de l’impression pénible qu’elle produisait sur ses amis. Dans sa dispute contre Westphal, il le qualifie de fou, de chien enragé, de fils du diable, et il écrit, quelques jours après, à Melchior Wolmar qu’il s’est contenté de défendre sa doctrine sobrie et modeste. ...»

Calvin, d’ailleurs, n’ignorait pas ce qu’avaient de détestable ses violences :

<Je n’ai pas, écrivait- il, à Bucer, de pins grand combat contre mes vices, qui sont très grands et en très grand nombre , que celui que j’ai contre mon impatience ; mes efforts ne sont pas absolument inutiles ; cependant je n’ai pu encore vaincre cette bfM féroces

C’est cet homme dont F impatience est telle qu’il Fappelle lui-même une « bête féroce » qui poursuit Servet pour injures ou pour calomnies ! On se de-

LA RÉFORME CALVINISTE A L1 ŒUVRE

mande avec effarement si c’est de l’inconscience ou si, à certaines heures, la folie (lu pouvoir divin ou l’hypertrophie du moi n’ont pas oblitéré tout inconscience contrôle en cette conscience d’exalté, Calvin* dont ou hypébteo- jeg moindres jugements* quand il s’agit de ses adversaires, constituent d’indéniables calomnies et, souvent même, de redoutables diffamations, Calvin fait poser à Servet cette question : « S'il ne sait pas bien que le crime de calomnie ou fausse accusation et déclaration est un crime capital ? » La fausse accusation, un crime capital % A quoi, Servet, très simplement, répond qu’il n’a jamais accusé personne ni criminellement, ni autrement : «Il ne sait pas si la fausse accusation est un crime capital, mais ce qu’il sait bien, c’est qu’en stricte justice, 1 celui qui accuse à. tort devrait subir la peine qu’il voulait faire subir à celui qu’il accuse* » 3

1 (Test à cette penece Se stricte pistiez mosaïque que se rattachent ces pa rôles de Servet où l’on a voulu voir l'approbation de la mort des hérétiques. Outré, révolté de la liberté dont jouissait son accusateur et de l'impunité de scs accusations, Servet s'écrie : « Je demande que mon faux accusateur soit puni par la peine du Talion et qu’il soit détenu prisonnier, comme moi, jusqu’à ce que la cause soit definie, par mort de lui ou de moi, ou autre peine. » Il y aurait plus que du parti pris à voir dans ce cri d’un homme exaspéré l’approbation de la mort de l’hérétique, Il y a seulement l'application d’une loi énoncée par Calvin lui-même ; un faux accusateur, un magicien doit être r. is à mort. * Calvin est un faux accusateur»; selon sa propre loi, il doit subir la peine qu’il réclame pour les autres. Et Servet pousse cette pensée jusqu’en ses dernières conséquences logiques : «C’est pourquoi comme magicien qu’il est, il doit non seulement être condamné mais il doit être exterminé et déchassé de la ville. * C’est un argument ad hominem.

2 Textuellement ; «L'accusant à tort devrait porter la punition que devait porter celuy qui a, à tort, été accusé. *

SÉBASTIEN CASTE LLION

Si cette simple règle d'équité, qui remonte au code d'IIammourabi \ avait été appliquée dans toute sa rigueur, Nicolas La Fontaine et Calvin eussent été condamnés, dis; fois, à chaque interrogatoire.

Il faut voir le compte-rendu de ces débats pour «ousmura

y saisir, en pleine action, cette volonté d'obtenir la mort de l'hérétique, au moyen des accusations les plus fausses et des diffamations les plus audacieuses. C'est ainsi qu'il accuse très nettement Serve t « d'immoralité et de paillardise», alors que son état physique rend ce reproche simplement odieux. A ce moment, Calvin s'est ouvertement porté accusateur du prisonnier. Il profère contre Servet des accusations qu'il renouvellera après son supplice :

«Tout b monde, écrira -t- il dans son Traité des scandales,

tout h monde sait le mépris superbe que Servet et

Loi lot ont toujours fait de F Evangile comme de vulgaires cyclopes qu Ils étaient» Ils sont tombés à ce degré de démence et de fureur* non seulement de vomir <F exécrables blasphémés contre le Fils de Lieu, mais de se mettre eux- mêmes à 1 égal des chiens et des porcs, quant à la vie de lame. *

Non, tout le monde ne sait pas cela. Tout le monde, au contraire, sait aujourd'hui, comme le savait d'ailleurs Calvin lui-même , que Servet était d'une austérité de mœurs qu'on eut souhaité à ceux dont Calvin couvrait les débordements, lorsque Castel -

1 Boi de Babylone, XXIlètne siècle avant J. C. Promuïgateur de la Loi du Talion : «aîl pour œil, dent pour dent. *

LA BÉJORME CAimmS^E Âïr ŒUVRE

lion les dénonçait, C’est en vain qu’il s’efforce de Convaincre Servet d’immoralité ou de paillardise ; l’aveu du malheureux prisonnier concernant son infirmité physique eût dû arrêter sur les lèvres de Calvin toute accusation nouvelle. Que doit-on penser de sa persistance, même après le supplice, à traiter «de porci> im homme qui n’est plus là pour lui répéter qu’il a «toujours été étudiant la Sainte Ecriture, ayant zèle de vérité et qu’il pense avoir vécu comme un chrétien If »

Tout le monde sait aussi* grâce aux rares exemplaires qui ont échappé aux flammes du bûcher de Champel, que Servet n’a jamais vomi d' exécrables blasphèmes contre le fils de Dieu. Calvin le savait bien, lui aussi* car il avait lu ses livres et il ne pouvait ignorer quelle adoration Servet vouait au prophète de la Galilée, au Christ :

<£ Christ est T âme du inonde* oui, plus que l’âme, car c’est par lui que nous vivons, non pas seulement dans la vie présente mais aussi dans la vie éternelle. La vie présente, il nous ta donnée par sa parole, et la vie éternelle, il nous l’a donnée par sa mort. Il est notre étoile* notre étoile du matin,

«Il est la lumière du monde, la lumière de Bien, la lumière des peuples. L’éclat de sa face illumine T immensité des cieux, La parole du Christ crucifié a soumis lo monde à sa domination par la puissance merveilleuse de son amour et il le soumettra plus encore en conquérant, sans £e fracas des armes f les âmes captives . Le Christ historique est mon unique Maître, Ce Christ a d’abord prêché l’Evangile ; ce n’est que par ses paroles que renseignement apostolique reçoit la plénitude

de son sens, de sa lumière et de sa splendeur . Mais pour

ce qui regarde la discussion scientifique sur Ia personne du Verbe, elle est secondaire et on fera sagement de diriger toutes ses recherches sur la personne historique de -Jésus*

Christ C'est pour lui que je plaide Car tout dépend

de la connaissance que nous avons, non des dieux métaphy* siquesj mais du Christ historique, et si nous no le connaissons pas de cette manière, nous ne connaissons rien» » 1

Calvin a lu les ouvrages de son adversaire \ com- la pquesuite i

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