‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 49 sur 110 · CALVIN · texte numérisé non relu

CALVIN

LA RÉFORME CALVINISTE À 1? ŒUVRE

LES RÉFOEai AT EUES ET 1 RÉFORME

à la bête, La souveraineté de la conscience en matière de foi, et le libre examen, en matière de croyance restaient, malgré Calvin et les Réformateurs, les seuls principes de la Réforme, et ils allaient s'affirmer à nouveau avec une lumineuse netteté et une incroyable audace. Malheureusement les Réformateurs, triomphants dans leur souveraineté spirituelle, n’étaient pas prêts à céder et, fatalement, ils devaient donner au monde ce spectacle attristant et paradoxal de ne pouvoir "tolérer ce que Mr Doumergue lui-même appelle les vrais principes de la Réforme, Est-il exagéré de dire qu’à ce moment les Réformateurs avaient cessé d’être Réformés f

II y a ime flagrante injustice à identifier la 4 Réforme avec la personnalité de tel ou tel Réformateur, A moins d'être inconscient, il est impossible de confondre un mouvement qui a pour fondement unique la liberté de conscience, avec b oeuvré d’oppression d'un homme qui la nie, 1 Auprès de qui Napoléon passe-t-il pour le type parfait du républicain ? Un usurpateur, si audacieux ou si génial

1 < A mon avis, écrit Mr. Guizot* la Réforme a été un grand élan de liberté de resprit humain* un besoin nouveau do penser* de juger librement pour son compte* avec ses seules forces, des faits et des idées que, jusque-là, T Europe recevait ou était tenue de recevoir des mains de Paufcorité, C'est une grande tentative d’affranchissement do la pensée humaine* et* pour appeler les choses par leur nom* une insurrection de l’esprit humain contre le pouvoir absolu dans l’ordre spirituel, t Cité par Ed. GAUJOiriC: Jean- Claude. Cage 72,

qu’il soit, reste un usurpateur, et on n’a pas T habitude d’identifier son usurpation avec les libertés ou les principes qu’il sacrifie à son ambition* — Il n’en est pas du protestantisme comme de FEglise Romaine, lei c’est le Chef, ce sont les conciles, ce sont les autorités ecclésiastiques qui comptent, parce que le catholicisme est une religion d’autorité. Le protestantisme, au contraire, étant une religion de libre examen, c’est l’individu qui compte, et les chefs protestants qui, au cours de Thistoire, ont voulu régenter les consciences protestantes, avaient, par là-même, cessé d'être protestants*

Par quelle tena.ee aberration persiste-t-on à juger du protestantisme par ceuœ-là seuls qui, dans leur exclusivisme autoritaire, en nient précisément les vrais principes ? Calvin et Bèze et Farel n’étaient pas la Réforme au XYIème siècle, À côté de ces chefs infidèles ou inconscients, il y avait des Réformés conscients et fidèles, et Calvin ne devait pas tarder à s’en apercevoir.

«Les cendres de ce malheureux { Serve t) étaient à peine refroidies que Ton se mit à discuter la question du châtiment des hérétiques* Les uns accordaient qu’il faut les réprimer mais non leur infliger la peine capitale. Les autres, sôm prétexte que l’hérésie ne peut jamais être bien démontrée par la parole de Bleu, et qu’il est permis d’avoir, sur tous les points de la foi, l’une ou l’autre opinion, pensaient qu’on devait les abandonner au jugement de Dieu, >> 1

1 Vit» Çâlyini, par Bèïe.

LA RÉFORME CALVINISTE A L* ŒUVRE

L’owwbw béb Dire que V hérésie ne peut pas être démontrée affirmer qu'il est permis de penser librement, voilà certes des prétextes bien audacieux , Ces prétextes, malheureusement pour les Réformateurs de Genève, étaient tout simplement les principes de la Réforme, et il faut croire qu'un certain nombre de protestants les invoquaient car les correspondants de Calvin s'en émeuvent étrangement, et Calvin lui-même se surprend à partager leurs inquiétudes : «J'estime, écrit à Farel le Réformateur de Montbéliard, Pierre Toussaint, j'estime que nous n'avons pas le droit d'intenter une poursuite criminelle pour cause de religion*» Le professeur Rodolphe Gwalther signale avec inquiétude un fait déplorable: «À Zurich, la cause de Servet a déjà trouvé des partisans, parmi les Français et les Italiens, en plus grand nombre que vous ne croyez ! » A Genève même, des imprudents se risquent à dire leurs sentiments. Mais il faut voir comment, sans le régime de la Réforme , sont traités ces Réformés conscients, Mathieu Antoine est mis en prison « pour avoir mal parié de T exécution contre Servet et de la translation de Castellion ; il est arrêté qu'on lui fasse remontrance et qu'il vide la ville, attendu qu'il est un fantastique à peine du fouet et mette les genoux à terre et de crier merci à Dieu et à la justice* » 1 Catherine Cop est condamnée

1 Registre du Petit Conseil, 4 août 1556.

SÉBASTIEN CASTE LLION

pour avoir soutenu que Servet était «martyr de Jésus.» Benjamin, imprimeur, est poursuivi parce qu’il a tenu certains propos tendant à la louange de Servet, et même il a dit que « Servet était homme de bien et que les magistrats Pavaient fait mourir à Pappétit d’un homme. »

Voilà ce qui se disait dans îe peuple, mais le sort qui était réservé aux imprudents tenait les bouches closes, car il ne suffisait pas aux adversaires de Calvin de fuir Genève pour être assurés contre ses poursuites ; lorsqu’ils fuyaient du côté de la France, Mr lè lieutenant envoyait ses informations à Lyon «afin de les faire punir.»1 Mais tous n’étaient pas de petites gens qu’on pouvait censurer à loisir. C’est Calvin lui-même qui nous apprend que le célèbre jurisconsulte Gribaldi 2, de passage en Suisse, semait des propos qui se ramenaient à ceci : «qu’il n’y a pas de pénalité à exercer contre des doctrines erronées, parce que la foi àe chacun est libre . » Aussi, lorsque Griba-ldi vint à Genève, Calvin ne consentit à le voir qu’en la compagnie des ministres, et comme Gribaldi lui tendait la main, ü refusa de la prendre «jusqu’à ce, dit-il, que nous soyons d’accord en la doctrine.» Sur quoi, «sans autre chose, le dit jurisconsulte s’en alla en disant : Adieu, Messieurs ! » Calvin, estimant

1 Registre du Petit Conseil, 4 Juin 1562.

2 Gribaldi demeurait à Fadoue, mais il venait en Suisse chaque année.

LA RÉFORME CALVINISTE Â L* ŒUVRE

que Gribaldi lui avait manqué de respect, le fit citer devant le Conseil, Gribaldi dut comparaître mais, refusant d'entrer dans des discussions théologiques, il soutint simplement que c’était «un excès de rigueur et une injustice de ne pouvoir tolérer dans cette ville quelqu’un «qui ne fût pas d'accord en la doctrine,»

Le 28 octobre, un médecin italien écrivait de Bâle à Bullinger \ alors qu’il ignorait encore le supplice de Servet :

g Plût à Dieu que Servet n'eût pas de partisans ici et ailleurs, surtout parmi ceux qui veulent passer pour les plus lettrés et les plus distingués, JTen ai entendu quelques-uns traitant notre excellent Calvin comme un bourreau ! » 1

Un bourreau ! Nous sommes loin de l’inscription du monument expiatoire dressé par les Calvinistes à Genève, et ce XYIème siècle, qui passe pour avoir partagé V erreur de Calvin, entendait des appréciations empreintes de quelque sévérité, la réponse de Calvin, effrayé par ce flot montant de désapprobation qu’il sentait l’envelopper de toutes parts, résolut d’écrire ime défense vigoureuse de la sentence de mort qu’il avait inspirée, afin de réduire ses adversaires au silence et d’éclairer les ignorants : Bullinger l’y avait très nettement encouragé. Le livre, hâtivement écrit, parut quelques

1 Opp. Calvini ÏW 649, 2 Ibidem, XIV 658.

mois après le supplice. Il portait im titre qni eu indiquait nettement la tendance : Déclaration pour maintenir la vraie foi que tiennent tous les chrétiens de la Trinité des personnes, en un seul Dieu, par Jean Calvin, et, en sous-titre: Contre les erreurs

détestables de Michel Servet, Espagnol. Ou il est aussi montré quHl est licite de punir les hérétiques et gué à bon droit ce méchant a été exécuté, par justice, en la ville de Genève , >>

L’ouvrage paraissait le 24 février, Io54. BTo us

LA RÉFORME CALVINISTE A L’ŒUVRE

analyserons en détail cet ouvrage, en étudiant la réponse qu’y fit Oastellion. Qu’il nous suffise pour T instant de noter ici son apparition.

Calvin en attendait un grand effet. Mais les lettres qu’il reçoit ne tardent pas à le détromper. Son livre n’avait convaincu personne. On continue à blâmer la sentence de Genève et la mort de Servet* Nicolas Musculusj de Strasbourg, lui écrit : <& Grâce à Dieu, nous aimons mieux sauver les âmes .... que de les livrer au licteur.» Le chancelier Nicolas Zurkinden est plus catégorique :

«Je vous avouerai librement que je suis, moi aussi, de ceux qui, par ignorance ou par timidité, voudraient restreindre le plus possible T usage du glaive pour la répression des adversaires de la foi, même de ceux dont l’erreur est volontaire .... J’aimerais mieux verser mon sang que d’être souillé de celui d’un homme qui n’aurait pas, de la manière la plus absolue, mérité le supplice .... Je n’aime pas ces lots dont le tranchant s’aiguise pour quelques coupables isolés, et s’émousse dès qu’ils sont nombreux. . . . =>

Et, en post-scriptum, Zurkinden ajoutait ces lignes, qui sont un véritable coup de massue :

«Je ne vois pas que vous puissiez obtenir aucune faveur auprès des hommes d’esprit rassis, en entreprenant, le premier de tous de défendre , exprof eseof cette thèse odieuse à presque tvus, 1 autant que je puis le reconnaître par les premiers jugements que je recueille.»

Calvin s’émeut de ces critiques qui semblent

1 Kapproûhez ces paroles de rinseriptioa de Mr Doumebour sur le monument Servet.

se multiplier, car il écrit au seul qui lui ait paru équitable, à son aîter ego , à Bullinger : «Tous, du moins, vous me jugez avec équité ; d’autres m’attaquent durement, me reprochant d’être un professeur de cruauté, de poursuivre de ma plume un homme qui est mort de ma main. ... Ce qu’il y a de bon, c’est que je vous ad pour complice de ma faute, si faute il y a, puisque vous avez été l’inspirateur et r instigateur de la publication. Tenez -vous donc prêt, s’il le faut, au combat.»1

Et pourtant, ce n’étaient là que de petites escarmouches. Personne n’osait braver ouvertement Calvin. Les partisans de la liberté de conscience, en face de sa formidable assurance, se prenaient à douter de leurs certitudes spirituelles. D’autres hésitaient à entrer en lice. Le chancelier Zurkinden ne veut pas «provoquer de querelle et offenser quelqu’un »:

«J’aime mieux rester muet, écrit-il à Calvin, aussi longtemps du moins que ma conscience me le permettra. ♦. . je ne descendrai dans l’arène que si ma conscience m’y force.

Znrkinden ne descendit pas dans l’arène. Mais un champion autrement ardent allait y descendre. Un champion qui n’avait pas attendu la mort de Servet pour dire son sentiment.

Calvin allait trouver devant lui un adversaire a sa taille.

1 Lettre du 27 février 1554. 2 Opp. Calvuti, 15—10.

LES PRINCIPES DE LA RÉFORME LIBÉRALE

À peine r cuivrage de Calvin était-il en circulation que paraissait] un livre intitulé : « Traité des hérétiques, à savoir si on doit les persécuter et comme on se doit conduire avec eux, selon l'avis, opinion et sentence de plusieurs auteurs tant anciens que modernes : grandement nécessaire en ces temps de troubles et très utile à tous et principalement aux princes et magistrats pour connaître quel est leur office , en une chose tant difficile et périlleuse, 1>>

le traité des La préoccupation de Fauteur était évidente. Tan- HÉRLTjQïnss ^ qUsà, Genève, Calvin se hâtait de démontrer que le magistrat a le devoir de mettre son glaive au service de la foi orthodoxe, à Bâle, on se hâtait de démontrer que la foi est libre.

Une préface, signée Martin Bellie, 2 indiquait

1Lt édition latine parut à Bâle en mare 1554, L’édition française parut en février, à Rouen, Une réimpression de cette édition, fort rare, vient de paraître, précédée d’une notice sur Pauteur, par B, Choisy 1 On a vu dans ce pseudonyme fantaisiste la traduction latine francisée de «Guerre à 1a guerre, *

(Tailleurs, avec une grande netteté, l'esprit du livre,

L!émoi est considérable dans le camp des Calvinistes, Calvin écrit immédiatement 1 * 3 à son « complice Bullinger» pour le mettre en garde et l'inciter à Faction :

«On vient d'imprimer clandestinement à Bâle, sous de faux noms, un livre dans lequel Caste liion et Curione prétendent démontrer qu'il ne faut pas réprimer par le glaive les hérétiques, >>

Calvin a reconnu sans peine son vieil adversaire libéral et, plein de crainte pour Favenir, le Réformateur fait des vœux pour que cette doctrine ne se répande pas*

Il faut croire que Bullinger avait une certaine influence sur les autorités de Bâle car, le lendemain, Théodore de Bèze lui écrit à son tour :

«Je vous prie, cher Père, s'il faut supporter ce que cet impie a vomi dans sa préface, que nous reste- t-il d’intact dans la religion chrétienne ? À ses yeux, la doctrine sur la mission du Christ, sur la Trinité, sur la Cène, sur le baptême, sur la justification, le libre arbitre ou l’état des âmes après îa mort, est inutile ; ou, tout au moins, elle n’est pas indis- ; pensable au salut. 2

Rapprochez, je vous prie, de cette préface blasphématoire ( 1 épître de Castellion en tête de sa Bible : vous y saisirez un seul et même esprit. » a

1 Le 2S ni ara: l’édition française c’avait pas encore paru.

3 Mr Ménégoz appellerait cela du fidêi#me,

3 C est blasphémer pour le* Réformateurs que de tolérer l’héréaie.

LES FftlNCIPES DE LA RÉFORME LIBÉRALE

la préface de C’est, en effet, Castellion qui a pris l'initiative

OÀ S T E LL IO N

de cette publication et la préface est de lui. Selon F usage du temps, il la dédie à un «très illustre prince et Seigneur :

«Si toi, o prince très illustre, avais prédit à tes sujets que tu viendrais à eus, en quelque temps incertain, et leur eusses commandé que tous se préparassent vêtements blancs, et qu’ ainsi vêtus de blanc, ils vinssent au-devant de toi, en quelconque temps, que tu viendrais, — que ferais-tu si après cela, venant à eux, tu trouvais qu’ils n’eussent tenu compte de s’apprêter robe blanche, mais que, ce pendant, ils fussent en débat seulement de ta personne, en sorte que les uns disent que tu es en France, les autres que tu es allé en Espagne, les autres que tu viendras à cheval, les autres en chariot, les autres en grande pompe, les autres sans suite ou train ? Cela te plairai tûl ?

Maïs encore, que dirais -tu s’ils se débattaient entre eux, non seulement de paroles, mais aussi à grands coups de poings et de glaive, et que les uns vinssent à navrer ou occir les autres, qui ne s’ accorderaient avec eux ? — «Il viendra à cheval !» dirait l’un. — «Non, mais sur un chariot !» dirait l’autre. — «Tu as menti.» — «Mais toi 1» — «Tiens, tu auras ce coup de poing. » — ' «Et foi ce coup de poignard au travers du corps.»

ô prince, aurais-tu en estime tels citoyens ? Que serait-ce si cependant quelques-uns d’entre eux faisaient leur devoir, suivant - ton commandement de s’apprêter robe blanche , et que les autres, pour cela, vinssent à les affliger ou mettre à mort ? Ne détruirais- tu pas malheureusement ces méchants-là ? Mais que serait -ce encore si ces homicides- là disaient qu’ils auraient fait cela, en ton nom et par tes commandements, combien que tu l’eusses auparavant étroitement défendu ? Ne jugerais- tu pas que ce fait serait trop grief et énorme, outrageux et digne d’être puni sans miséricorde ?»

La question est posée avec humour et avec clarté.

«Or, continue Castellion, je te prie, très illustre prince,» d'entendre bénignement pourquoi je dis ces choses.

Christ est prince de ce monde, lequel en quittant 1 lu terre, a prédit aux hommes qu'il viendrait à un jour et heure incertains ; il a commandé qu’ils se préparassent robe blanche pour sa venue, c'est-à-dire qu’ils vécussent ensemble chrétiennement, aimablement, et sans aucuns débats, ni contentions, s’ entre-aimant l'un l'autre. Or maintenant, considérons, je te prie, comment nous faisons bien notre office.

Combien y en a-t-il qui soient curieux de se préparer Dette robe blanche ? Qui est celui qui s'efforce avec toute sollicitude de vivre en ce monde, saintement, justement, et religieusement ? . . . . On ne se soucie de rien moins. La vraie crainte de Dieu, et la charité est mise au bas, et du tout refroidie ; notre vie se passe en noises, en contentions, et toutes sortes de péchés» On discute, non pas de voie par laquelle on puisse aller à Christ {qui est de corriger notre vie), mais de l'état et office de Christ, à savoir où il est maintenant, ce qu'il fait, comment il est assis à la dextre dn Père, comment il est un avec le Père, Item de la trinité, de la prédestination, du franc arbitre, de Dieu, des anges, de l'état des âmes après cette vie. et autres semblables choses : lesquelles ne sont grandement necessaires d'être connues, pour acquérir salut par foi et ne peuvent être connues si, premièrement., nous n’avons le cœur net, en tant que voir ces choses , c’est voir Dieu* lequel ne peut être vu sinon d’un cœur pur et net , suivant ce qui est écrit : «Bienheureux sont ceux qui ont le cœur net car ils verront Dieu. >> Lesquelles choses aussi, encore qu’elles fussent entendues* ne rendent point l'homme meilleur (comme ainsi soit que Saint Paul a dit: Si j'entendais tous mystères et secrets et je n’aie charité, je ne suis rien)»£

1 Textuellement : < se départant de la terre ► . . . *

2 C est bien décidément le fidéisme : le salut par la foi, indépendamment des eryyaçteeav Castellion est le père des fidéiatea.

LES PRINCIPES DE LA REFORME LIBÉRALE

LE * FIDÉISME»

OAÈTELLtON

l’orgueil SPI¬ RITUEL* CRÉA¬ TEUR UE FANATISME

loi se marque d'une façon très nette la distinction entre les croyances et la foi. C'est le grand principe protestant qui est mis en lumière, La foi personnelle et vivante est la base unique du salut et cette foi n’est pas nécessairement liée aux croyances calvinistes. L’âme peut parvenir à la vraie vie j à la communion avec Dieu, tout en professant des croyances peu orthodoxes.

Mr Ménégoz, le moderne défenseur delà doctrine du fidéisme, que d'aucuns croient nouvelle, alors qu’elle remonte à l'Evangile, n’a fait, sans le savoir* qu'être l'écho de ce précurseur qu'était Castellion, au sein de la Réforme.

«Le s hommes, poursuit le hardi pamphlétaire, les hommes étant enflés de cette science, ou plutôt de cette fausse opinion

de science, «méprisent» 1 hautainement les autres ; et

s’ensuit, tantôt après, cet orgueil, cruauté et persécution ; en sorte que nul ne veut plus endurer T autre, s’il est discordant en quelque chose avee lui, comme s* il n'y avait pas aujourd'hui quasi autant d7 opinions que d'hommes*

Toutefois il n'y a aucune secte, laquelle ne condamne toutes les autres et ne veuille régner toute seule . De là viennent bannissements, exils, liens, emprisonnements, brûlements, gibets, et cette misérable rage de supplices et de tourments qu’on exerce journellement, à cause de quelques opinions déplaisantes aux grands, et mêmemeni de choses inconnues* >>

On ne saurait marquer, avec plus de finesse et de pénétration, les causes psychologiques et sociales

1 Textuellement : «despriaent. . . . au prie d’eux. *

SÉBASTIEN CABTELLION

de cette affreuse doctrine de l’église catholique et de Calvin, que Mr Doumergue attribue si généreusement à tout le XVIèrne siècle :

«Et, poursuit Castellion, s'il y a quelqu'un qui s'efforce de s'apprêter cette robe blanche, c'est-à-dire de vivre saintement et justement, 1 tous les autres s'élèvent d'un consentement contre lui. Mêmement, s’il est discordant avec eux en quelque chose, ils T accusent et prononcent hérétique et lui mettent sus faussement crimes horribles et auxquels il ne pensa jamais, puis le eharbonnent (le noircissent) et défigurent tellement par leurs calomnies envers le commun peuple j que les hommes estiment grand péché de l'ouïr seulement parler. JDo là vient cette rage cruelle et hrptade à ey^rfw cruauté, en sorte qu'on en voit d'aucuns être tellement enflammes par telles calomnies, qu’ils sont comme enragés et forcenés, s’ils voient quelqu’un de ceux qu’on fait mourir, être premièrement étranglé, et non pas rôti, tout vif, à petit feu.*

Et maintenant l'indignation dit chrétien conscient qui n’arrive pas à comprendre le crime uni à la piété :

<s Et combien que ces choses soient très cruelles, toutefois i ils commettent encore un autre péché plus horrible t c'est qu’ils couvrent toutes ces choses, sous la robe de Christ, et protestent qu'en ces choses Us servent à sa volonté , comme ainsi soit, que Satan ne pourrait. *. , penser chose plus répugnante à la nature et volonté de Christ, »

1 Cette image de la robe blanche T symbole du salut par l' offert moral fit la. culture de F être intime, à l’image du Maître, est restée longtemps le signe de reconnaissance des nouveau! conspirateurs : il y avait presque une franc-maçonnerie de la Robe blanche.

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