‹ Sébastien Castellion et la réforme calvinisteChapitre 50 sur 110 · NE JUGEZ PAS · texte numérisé non relu

NE JUGEZ PAS

C’est en effet, pour Oastellion, un péché plus horrible j car en cachant de tels crimes «sous la robe du Christ» on risque d’éloigner de sa religion d’amour tous ceux qui les condamnent et cette préoccupation donne au réquisitoire passionné de Castellion son vrai caractère. Ce n’est pas un incrédule qui demande le respect des convictions : c’est un croyant, Le scepticisme, «ce mol oreiller si doux à une tête bien faite» peut incliner un Montaigne ou un Rabelais à une large tolérance, Castellion, lui , s’y sent poussé par sa conviction de chrétien, soucieux des droits de la conscience de tous , et c’est là un fait nouveaUj dans l’histoire des idées, La libre croyance s’affirme et, dès ses premiers pas, se montre tolérante. C’est à la conscience que Casteilion regarde :

«Il faut, écrit -il. que chacun s’examine soi-même, épluche et sonde diligemment sa conscience, et pèse à bon escient toutes ses pensées, ses paroles et ses faits, puis il verra et se connaîtra facilement être tel, qu’il ne peut tirer hors le fétu de l’œil de son frère qu’il n’ait premièrement tiré la poutre de son œil.»

qv1 est-ce Pénétrant au sein de la question, l’auteur se de-

hérétique niande ce qu’est un hérétique. Il se défend de tenir pour hérétiques tous ceux qu’on accuse d’hérésie. C’est l’accusation à la mode et il suffit qu’elle pèse sur un homme pour qu’il «soit incontinent mis à mort. . . . avant même que sa cause soit vraiment connue.» C’est là, certes, une procédure commode

SÉBASTIEN CASTELLIGN

et rapide, mais il y a là deux grands dangers. Le premier, c'est qu’on ne considère comme hérétique quelqu’un qui ne Test pas : par exemple, le Christ, qui a été mis à mort, pour hérésie et blasphème. L’autre danger réside dans ce fait que celui qui est « vraiment hérétique, risque de subir une peine, hors de proportion, avec son erreur et les exigences de la discipline chrétienne,» Et Î1 montre que la discipline chrétienne se ramène à ce verset biblique : «Evite l’hérétique, après une ou deux remontrances h» Mais ici, il faut suivre, dans le texte, la pensée de Castellion :

«Il n'y a presque aucune secte (qui sont aujourd’hui sans nombre) laquelle n'ait les autres pour hérétiques en sorte que si, en cette cité ou région, tu es estimé vrai, fidèle, en la prochaine, tu seras estimé hérétique.

Tellement, que si quelqu'un aujourd'hui veut vivre, il lui est nécessaire d'avoir autant de fois et religions qu'il est de cités ou de sectes ; tout ainsi que celui qui va, par pays, a besoin de changer sa monnaie de jour en jour: car celle qui est ici bonne, autre part n'aura aucun cours,»

La comparaison est spirituelle et judicieuse, Castellion fait une exception cependant pour «la monnaie d’or» qui est bonne partout Cette monnaie, dans sa pensée, est la foi en V Evangile du Christ, mais elle a «jusque s à présent diverses marques et figures» parce que les hommes «sont en discord, en-

>IONNATE

d'or

Ep. à Tite III.

LES PRINCIPES DE LA RÉFORME LIBÉRALE

treeux», au sujet de «la Cène, du baptême et d’antres telles choses, » Mais comme il n'appartient à personne de décider qui a raison ou tort, il n'y a qu'une attitude à adopter et elle est parfaitement conforme à l'esprit de l'Evangile : «Supportonsnous V un Vautre et ne condamnons incontinent la foi de personne, & Aussi bien qui dira ce qu’est un hérétique? Castelüon s'est essayé à résoudre le problème, mais, ne trouvant pas d'autorité suffisante pour tracer, entre la vérité et T erreur, une ligne de démarcation qu'on ne pût contester, il est arrivé à une conclusion qui vaut d’être relevée, dans ses termes ingénus, car ils en disent plus long que la plus experte analyse :

«Certainement, après avoir souvent cherché que c’est d’un Jiérétique, je n'en trouve autre chose, smon que nous estimons hérétiques tous ceux qui ne S'accordent avec nous , en notre opinion,*

N ? eût-il écrit que ces quelques lignes, OastelMon mériterait d’être honoré par nous, comme un homme de haute sagesse ; on ne saurait montrer, avec plus de finesse et dans un raccourci plus heureux, toute la vanité de ces pompeuses excommunications qui se targuaient de l'autorité divine. D'un trait, il crève toutes ces vanités pharisaïques qui, semblables à des bonshommes en baudruche, s’écroulent, lamentables et vides.

Après avoir cherché no us -même ce qu'est un

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