INDIGNATION DE CALVIN
LA DÉFENSE D^TTN LIBKE CROYANT
Secondement il, affirme rien n’êtro mis en lumière par ce chien-là qui ne soit accordant à la doctrine reçue à- Wittenherg - * . , Les deux épîtres ont volé en Paris et sont aussi épars, par les autres villes de France, afin que l’approbation de Philippe ébranle les légers esprits et ignorants . , . * » Après avoir dénoncé à l’ami commun cet «esprit ainsi traître», et des répugnants éloges dont il flatte ce chien», Calvin écrit à Mélanchton : «J’avoue qu’en lisant, il y a six mois, une lettre de votre compagnon Hubert Languet, j’ai été blessé de la manière peu amicale et même injurieuse dont il racontait que vous parlez de ma doctrine* Son dessein était de flatter Castellion et d’appuyer de votre suffrage les délires de cet homme, la pire des pestes gui soit aujourd'hui* >> Cette lettre donne une idée des sentiments que Calvin nourrissait à l’égard du « traître » qui lui préférait Castellion* 1 La haine de Calvin, on le voit, loin de désarmer, s’accroissait de tous les témoignages de sympathie qu’on donnait à son adversaire, Une autre lettre devait mettre le comble à son
1 Or cet Hubert Languet est celui dont le livre : La puissance légitime du Prince sur h peuple et du peuple sur les princes, est le plue riche et le plus surprenant exposé des idées politiques libérales du XVT^me siècle, M. Doumeegue est mal venu de le citer, eu compagnie de Calvin, à qui il tient à attribuer les libertés modernes* Si elles sont sorties, comme il T affirme, en partie tout au moins, du livre d’HüBERT Languet, il faut cesser de rattacher sa pensée à 1 5 esprit de Calvin* C’est à celle de CasteuJûn qu’elle se rattache*
ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES
exaspération* Elle était écrite par im de ses amis, le jurisconsulte Baudouin* Elle avait trait à ^éternelle question qui divisait le protestantisme au temps de la Kéforme. C'était une réponse à une lettre de Calvin où le Béformateur de Genève rappelait que Mélanchton avait approuvé la mort de Michel Servet,
«Mélanchton 1 lui écrit Baudouin, je l'ai vu au colloque de Worms, en 1557, Je n'ai pas à raconter ce qu'il m’a dit. Mais ce qu'ü a répondu à ton envoyé au sujet des troubles qui commençaient en France ? beaucoup le savent qui étaient là, . . . 1 On entendit de bons conseils. Ils plurent aux honnêtes gens ; tu as pu en avoir connaissance par ton libraire qui était présent. Enfin, c'est dans cette réunion, que l'on donna en quelque sorte le signal de la protestation contre ton intempérance,
«C'est dans cette même assemblée, tu le sais, que Mélanchton écrivit à Castellion une lettre très affectueuse, où il lui donnait à entendre qu'il partageait son opinion, je ne sais laquelle, sur la prédestination et le libre arbitre. Par là, tn as pu savoir d'abord combien il condamnait ton acharnement à poursuivre cet homme ; ensuite combien il était loin d'approuver, même alors, tous tes
1 Loi avait,i| dit, cômme Ca&tellion, que son livre ne pouvait qu*ouvrir la porte à la persécution universelle ?
LETTRÉ DE BAUUOIN
LA. DÉFENSE! D’UN LIBRE CROYANT
paradoxes. Est-ce donc de la droiture de traiter Gasiellion comme un second Satan et en même temps d'adorer MélaneJiton comme un ange f Remarque bien que. ... je n’ai jamais vu ni entendu Castellion (pour que tu ne répètes pas que c’est sa cause que je plaide}. Je n’ai même jamais correspondu avec lui ( quoique , suivant ta coutume tu affirmes ce mensonge f que j’ai contracté avec lui l’alliance la plus étroite). Je n’ai même pas lu ce qu’il a écrit sur cette question (car tu l’as lait supprimer d’autorité). Et ce que tu as écrit tobmême sur ce dogme de la fatalité, je ne le trouvé pas clair, 1 » On. se représente l’état d’esprit de Calvin recevant une pareille lettre. Certes, il savait par les rapports de ses correspondants, qu’elle était l’écho du sentiment d’un grand nombre, mais si ses amis de la veille lui écrivaient de la sorte, il fallait décidément que le mal fût grand. Il était impossible, cette fois, de compromettre de semblables adversaires dans un complot politique. Calvin ne pouvait pas les décréter tous d’hérésie. D’autre part, il ne pouvait tolérer de semblables propos et ü fallait, de toute nécessité, couper court à ces bruits qui allaient, se répandant dans les pays delà Réforme. A nouveau, la nécessité s’impose de vaincre. Mais Castellion se tient sur la réserve; il faut donc le forcer à sortir de sa «tanière.»
1 Respoaaio altéra B ai. d fini ad Calvuïüm ; 1562. Page 109,
BT LES PROCÉDÉS CALVINISTES
C’est alors qu’il exhume de ses tiroirs le mauus- L’ATTiWE crit communiqué par Théodore de Bèze, quelques DE CALTIN mois avant, et auquel il semblait tout d’abord si peu désireux de répondre. 1 Ce manuscrit était-il de Castellion? Bien n’était moins sûr, puisqu’il n’avait pas réussi à éclaircir le mystère de son origine. Mais c’était là un détail. Quand on agit pour la. bonne cause, tous les moyens sont bons, et Calvin écrit un nouveau traité appelé : «les Calomnies d’un brouîUon[o\i d’un vaurien : nébulo), qui, par haine et envie, s’efforce d’aggraver la doctrine de Jean Calvin , concernant la mystérieuse prescience de Dieu». 2 Le titre donne déjà le ton de l’ouvrage.
C’est, par envie et par haine, que ce brouillon s’attaque à la doctrine calviniste. Les derniers mots de l’ouvrage en sont le digne couronnement: «Que Dieu t’écrase Satan. » Et, après cette formule, qui donne la mesure de sa charité chrétienne, le pieux Eéformateur ajoute dévotieusement :
Amen. Mais ce ne sont là que des enfantillages.
Calvin n’en est pas à quelques injures près. II en vient à des accusations d’un caractère pénible.
Il reproche à Castellion d’avoir oublié l’hospitalité qu’il reçut jadis dans sa maison de Strasbourg.
Il l’accuse de traiter, en bouffon et en impie, les
1 Voir page 327.
Calïinmiæ iiebuîotiiB oujufidam, quibua cdio et mvidia gravare eonatus «st doctrinam J+ Calvent. . , . etc.
LA BÉFEXSE D'TJR LIBRE CEO Y ART
choses religieuses. Il risque des insinuations diffamatoires concernant sa jeunesse ; il va même jusqu'à l’accuser de vol» Cette fois c’en était trop» Castellion écrit sa réponse. Elle est intitulée ; << La gaffe ou défense contre Fauteur du livre intitulé : Calomnies d'un brouillon1».
la dépense be On n’a jamais traduit que de rares extraits de castellion j)^ense^ ^ t Buisson lui-même n’en donne
que deux ou trois pages» Or, c’est précisément dans cette Défense que Ton touche de plus près à l’âme même de Castellion. Il y a mis toute sa douloureuse surprise, toute sa tristesse de voir un homme comme Calvin le poursuivre avec cet acharnement, mais on y sent aussi palpiter toute sa foi* Sa h elle et sereine dignité fait un contraste profond avec la violence de son adversaire qui semble avoir perdu toute mesure* Le lecteur impartial comprendra, devant un document semblable, ce qu’a pu souffrir Castellion, devant le triomphe d’un tel «Calvinisme^ et il comprendra* mieux que par nue savante dissertation, Fabîme qui s’était nécessairement creusé entre le farouche fanatique de Genève et le libre croyant évangélique de Bâle* Jusqu’à maintenant c’étaient deux méthodes qui s’étaient heurtées \
1 Hurpugo (la gaffe} sive defensio ad autorem Libri oui titulue est: ealumniæ tiebulonie. *
ET LES PKOCÉDÉS CALVINISTES
maintenant ce sont deux morales, bientôt ce seront deux religions.
(Test à Calvin que Oastellion dédie sa Défense,
Nombreuses sont les accusations que tu m’as adressées dans les multiples écrits que tu as publiés . J’aurais dû répondre, et j'aurais pu le faire longuement ; cependant j’ai hésité. J’ai hésité pour deux raisons : la première, c’est que je craignais que ma réponse (si modérée qu’elle puisse être) ne t’irritât au lieu de te convaincre ; la deuxième, c’est que j’estimais de mon devoir de supporter patiemment et en silence tes malédictions. Mais* comme tu persistes à me poursuivre sans relâche et que ma patience a des bornes, j’ai pensé qu’il était nécessaire de relever tes accusations afin que les hommes qui ont cm à la valeur de ton témoignage, sachent qu’en cette matière, tout au moins, tu as pu te tromper. Afin de ne pas exciter ta colère, je ferai en sorte que tes écrits ne souffrent pas par ma faute. C’est sans enthousiasme que je te suis sur ee terrain et que j’en viens à ce genre de polémique. Combien il m’eut été plus doux de discuter avec toi en toute fraternité et dans l’esprit du Christ, et non à la façon des païens, avec des injures qui ne peuvent que porter un grand préjudice à Féglise. Mais puisque, par toi ou tes amis, mon rêve de vie paisible est impossible, je pense qu’il n’est pas contraire à mon devoir de chrétien de répondre avec modération à tes attaques passionnées. J’en viens donc au fait. Tu me prends violemment à partie dans plusieurs de tes ouvrages et tu me nommes expressément dans deux libelles dont l’un, écrit en français, porte ee titre i «Réponse à certaines calomnies et blasphèmes. . . . £ etc., et l’autre écrit, en latin, est intitulé ; «Calomnies d’un certain brouillon, etc ^ Dans le premier, tu me désignes par mon nom : «Celui qui a composé cet écrit, soit Castellîon, ou quelque semblable, » Dans le second, tu évites de me nommer, mais tu te sers de telles circonlocutions que le moins perspicace
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LÀ DÉFENSE D'UN LIBRE CROYANT
de tous les lecteurs doit me reconnaître aussi sûrement que si tu me nommais* Dans Fun et Fautre, tu me prends à partie au sujet de la prédestination et de la prescience mystérieuse de Dieu* Tu affirmes que c'est par haine que je combats tes idées et par envie que je les aggrave. Chemin faisant, tu me couvres d'injures et de diffamations, me reprochant des crimes qui tombent sous le coup du glaive civil.
Je répondrai par ordre à toutes tes accusations et, divisant ma défense en trois parties, j'en poursuivrai méthodiquement la discussion. Je traiterai d'abord des écrits que tu m’attribues ; en second lieu, de tes injures ; en troisième lieu, de mes crimes.
Et d'abord, en ee qui concerne les manuscrits, tu me fais tort en m'attribuant des choses qui me sent étrangères. Cette publication en langue française contre laquelle tu as protesté en me nommant, est si pen de moi que, jusqu'à maintenant, je ne Fai pas encore vue* Il en est de même pour le manuscrit contre lequel, l'année dernière, tu as publié ce libelle latin que tu intitules : « Brève réponse aux calomnies d'un certain brouillon * . * . etc >>♦ Si vraiment, en taisant mon nom dans cette seconde brochure, tu as voulu t'excuser de ce fait que tu m'avais attribué sans preuve cet écrit, je te demande pourquoi tu m'as nommé, alors que tu n'étais pas fixé et que tu n'avais rien pour légitimer ton hypothèse. Voulais-tu me rendre odieux î Ce n’était pas d'un homme bien franc* Accordais- tu quelque valeur à ton hypothèse ? C'était une conviction bien périlleuse.
Oui ou non, as -tu vu que tu m’attribuais faussement ces articles ? Je ne puis le deviner, mais, ou bien tu m’accuses alors que tu sais que c'est faux, et c'est là un acte de fourberie, ou bien tu n'étais pas fixé, et c'est pour le moins téméraire. C’est un dilemme* Dans l'un et l’autre cas, ton attitude n'est pas belle, car tout cela est faux* Je ne suis pas l'auteur de ces articles et je ne les ai nullement envoyés à Paris pour y être imprimés* Si leur divulgation est criminelle, c'est toi que l'on doit accuser, car c'est toi qui les as fait connaître,
ET LES PROCÉDÉS CÀLVÏSTISTES
et c’est toi qui t’es créé par là tant de chagrin- Voilà pour les écrits.
Tu es très fécond en invectives. C’est de F abondance du des injures cœur que ta bouche parle. Dans ton libelle latin tu m’appelles successivement blasphémateur, calomniateur, esprit malfaisant, chien aboyeur, être d’ignorance et de bestialité rempli d’impudence, imposteur, corrupteur impie des lettres sacrées, bouffon qui se moque de Dieu, contempteur de toute religion, impudent personnage, chien impur, être d’impiété et obscène, à l’esprit tortueux et perverti, vagabond, mauvais sujet. 1 Huit fois tu m’appelles vaurien 2 (c’est ainsi que j’interprète nebulo) et ces aménités, tu réussis à les développer avec complaisance dans un pauvre petit livre de deux feuilles d’imprimerie- Ton livre s’intitule : $Les calomnies d? un vaurien * et la dernière phrase est celle-ci ; «Que Dieu t’écrase, Satan.»
Ce qui se trouve entre ces deux extrêmes est du même style.
Voilà, certes, un homme dont le sérieux apostolique s’impose.
Voilà, certes n un réel exemple de douceur chrétienne. Malheur au peuple que tu conduis, s’il s’inspire de ta pensée, et s’il est vrai que les disciples ressemblent au maître. Pour moi cependant tes injures et d’autres plus graves encore (si tant est qu’on puisse en trouver) ne m’émeuvent nullement. Je me crois capable de les supporter et je rends grâce au Christ qui me fortifie, car je me souviens de cette prédiction: « Heureux serez- vous lorsqu’à cause de moi, on dira de vous faussement toute sorte de mal, réjouissez -vous et soyez dans l’allégresse. »
L Je demande la permission de donner ici. en médaillon, F appréciation de M. Doubler que au sujet de la façon dont Calvin polémique: < Voilà bien, ccrit-il, notre étonnant Réformateur, aussi impassible devant les entraînements de ses amis que devant les injures de scs adversaires. Avec calme , avec fermeté, sans se laisser surexciter par des malheurs sans nom et sans nombre, il affirme également le droit de la liberté et le droit de l'autorité,* (Discours de jVL Doumergue, Calvin et les libertés moderne?, page 31),
2 Nebulo* Le mot nébulo signifie vaurien, mauvais sujet, polisson, fourbe.
C'est ainsi que Font interprété les traducteurs hollandais ; Deugniet :
* vaurien* *
LA DÉFENSE b'uN LIBRE CROYANT
Et ici la pensée s’élève et se fait à son tour prophétique. »
g Mais rien n’est si soigneusement caché qu’à la fin on ne le découvre. Le Christ n’a pas toujours été pendu entre les deux larrons* Un jour, la vérité crucifiée ressuscitera* Et toi, Calvin, tu rendras compte à Dieu des injures dont tu as couvert quelqu’un, pour lequel aussi Christ est mort* Est- ce que vraiment tu n’as pas de honte ? Est-ce que les paroles du Christ ne mettent en ton âme aucun trouble ! û Celui qui se mettra en colère contre son frère sans cause, sera passible du jugement ; celui qui appellera son frère, mauvais sujet, sera jeté dans les ténèbres du dehors, Celui qui l’appellera insensé sera jeté dans la gehenne ardente!»
La pensée s'aiguisant va devenir cinglante et Calvin en ressentira évidemment les cruelles atteintes:
«Aucun trouble vraiment, en ton esprit, après ce libelle, alors que tu as écrit jadis : La vie du chrétien ? Ce livre contient des paroles si saintes, si pieuses, que je me suis laissé dire par un ami qu’on devrait te demander comment il est possible qu’un même écrivain ait écrit ces deux livres : La vie du chrétien et Les calomnies Lun vaurien * De toute évidence, on pourrait répondre que tu as écrit le premier selon l’esprit de Dieu et le second selon toi- même. Dans celui-là tu as servi la vérité, dans celui-ci ta haine, ou si tu aimes mieux, dans l’un tu as dépeint le vrai chrétien, dans l’autre c’est toi que tu as dépeint*
Tu te persuades peut-être que ce n’est pas sans cause que tu m’as couvert d’injures : mais Dieu jugera entre nous, et il jugera de ces calomnies autrement que les calomniateurs eux-mêmes qui, dans leurs invectives, se donnent F air de s’y livrer par zèle*
Ou bien serait- ce que tu ne me considères pas comme
ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES
ton frère ? C’est bien, tu verras toi -même de qui tu peux être fi ls. Moi ? je crois être fils de Dieu, par la grâce du Christ. Un fils bien indigne, certes, mais en Christ est ma dignité. Et si tu nies ce que j 'affirme, c'est devant Dieu que ma conscience, dont il n'ignore rien, te confondra. » En vérité, qui donc es- tu, toi qui juges le serviteur d'autrui ? Qu'il se tienne debout ou qu'il tombe, c'est l'affaire de son Maître ? *> 1
Voilà certes de fières paroles. On y sent vibrer Pâme huguenote dans ce qu’elle a d'indompté et d'irréductible. Conscience et Dieu de l'Evangile : tout le protestantisme est dans cette attitude : «Qui donc es -tu, toi qui juges le serviteur d'autrui^» Le chrétien n’a d’autre loi que celle du Christ et de son Dieu. Castellion s'y soumettait avec une joie intense, avec une foi victorieuse de toutes les haines, avec un enthousiasme religieux qui trouvait même un aliment dans toutes les poursuites dont il était l'objet. Mais, serviteur du Christ, il refusait d'être celui de Calvin. M. Doumergue a raison d’écrire : 2
<eA la liberté, il faut une limitation comme au torrent des eaux et aux tempêtes do l'air, un© loi qui la contienne, qui la préserve et en fasse circuler les effluves vivifiants. . . . Or, si la loi de ma, liberté c'est la volante (T un autre homme , roi ou prêtre, c'est V absolutisme et la servitude. Si la loi de ma liberté, c'est ma volonté propre dam une autonomie absolue, c'est la licence et l'anarchie. ïi y a une lai aussi incompatible avec la servitude qu'avec la licence, la loi qui
1 Epîfcre aux; Romaine, XIV, 4.
2 Calvin : Lee libertés, modernes, page 45.
LA DÉFENSE D’UN LIBRE CROYANT
n’est pas dams un autre, maïs qui est en moi ; la loi qui est en moi mais qui n’est pas moi ; la loi qui ne m'est pas imposée et à laquelle je suis obligé; la loi imprescriptible, éternelle, universelle, kt bi de morale qui réside en Dieu et dans ma conscience, qui est une pensée de Dieu cr moi. »
On ne saurait mieux dire et Castellion, dans toute rétendue de ses ouvrages, n’a jamais émis une autre doctrine ; mais il est bizarre que M. Doumergue attribue ces idées à Calvin, qui n’a jamais soupçonné le respect qu’il devait à cette pensée de Dieu dam l'homme , à ce témoignage émouvant de l'Esprit vivant dans ia conscience de ses adversaires* La loi de la liberté calviniste c’était uniquement la volonté de Calvin ; c'est lui qui juge, qui taxe d'hérésie et qui condamne, oubliant qu'il ne lui appartient pas de juger «le serviteur. . d'un Antre». W y a-t-il pas quelque parti pris redoutable et comme un défi jeté à la réalité d'écrire que Calvin a été le premier à « vo uloir combiner la liberté individuelle et égale pour tous, avec une loi morale stricte , imposée par elle-même » ? Les faits écrivent autrement l'histoire. Revenons aux faits : Castellion passe à l'examen des crimes dont l'accuse Calvin.
Je ne mettrai pas au nombre de ces crimes, T accusation d’être un hérétique, un disciple ou un frère de Servet, ou autre chose semblable. Lors qu'en effet, tu profères ouvertement de telles allégations, il est évident que c'est plutôt dans la catégorie des calomnies ou des injures gratuites qu’il faut les classer, plutôt que dans la catégorie des accusations criminelles ou des reproches sérieux. Car c’est devenu, aujourd’hui.
et les procédés calvinistes
une coutume parmi vous, d'appeler hérétiques ceux qui diffèrent* en un point quelconque, de votre doctrine. . * *
Mais je répondrai au sujet des crimes que tu m’attribues sérieusement» Tu m'accuses de vol, de perfidie, d'inhumanité, de blasphème et d'impiété. Je m’en voudrais de me défendre de crimes semblables, soit devant Dieu qui connaît mon innocence, soit devant ceux qui, me connaissant, ont depuis longtemps jugé la valeur de tes accusations. Tu ne trouverais pas parmi eux un homme, assez hostile à ma personne et assez dévoué à la tienne, pour reprendre sans rougir tes
diffamations Blais pour ceux qui ne te connaissent pas
et qui ne me connaissent pas, il est nécessaire de me justifier.
Ton libelle ayant porté au loin tes accusations, tu les as volontairement semées sur toute la terre, La simple équité exige que là où l’accusateur est entendu, l’accusé puisse se faire entendre, sans quoi la cause ne peut pas être jugée.
« Examinons tTaboïd ^accusation que tu portes DU V0L contre moi à la page 104 de tou livre :
«Je te le demande, écris- tu, lorsqu'il y a quelques années tu t’ étais armé d'une gaffe pour voler le bois qui flottait sur le Rhin, afin de chauffer ta maison, n'est-ce pas ta propre volonté qui t’a poussé à ce vol ?
Et si cela seul suffit à ta juste condamnation que, le sachant et le voulant, tu te sois approprié, par un gain honteux et scélérat, le bien d'un autre, pourquoi te plaindrai s-tu d'une nécessité qui, à tout le moins, t'absout ? >> 1
1 La traduction que M. Buisson fait de ce court passage, laisse supposer un p. alternative qui ne se légitime pas devant le teste et semble mémo lui ôter toute sa force et un peu de sa signification. H écrit: * Est- ce la fatalité ou ta libre volonté qui te poussait ?.♦.<* Et il ajoute : «Tu auras beau parler de la fatalité î il est constant — et cela suffit pour ta juste condamnation — que, le sachant et le voulant, tu te fais ou détriment d’autrui un gain honteux et criminel*. Tome I. P. 249. Defensio. Page 347:
«an non te propria voluntaa ad furandum impulerit
LA DÉFENSE D’UN LIBRE CROYANT