PROCÉDÉS
CALVtKLSTÉS
1 S. Cast. Defendo page 352.
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LA DÉFENSE D’UN LIBRE CROYANT
à sort adversaire «les tartines» qu’il a mangées dans sa. maison :
<< Comme je nr éprouve aucune joie à calomnier, écris- tu, je tiendrai secrètes tes infâmies : cependant qu7 il me soit permis d'attester brièvement devant Dieu, que je t’ai nourri dans ma maison et que je n’ai jamais vu d’être plus orgueilleux * plus perfide et plus dénué d’humanité. Ceux qui ne te connaissent pas comme un imposteur , un cynique adonné à F impudence, un bouffon qui fait profession d’aboyer contre faute piété, te jugent avec injustice . * . etc. » 1
Castellion relève tontes les accusations de Calvin, et les résume en notes brèves ;
accusations i>e «Tu m’accuses, an substance, d’orgueil, de perfidie, d’inhucalvin manité, d’ingratitude, de tromperie, d’impudence, de scurri* lité, de blasphème et enfin d’impiété. Il n’entrait pas dans ma. pensée de répondre à ce flot d’injures. J’y voyais une manifestation de ton état d’âme et une intempérance caractéristique. Mais la gravité de tes accusations m’oblige à te réponaeoument^ de dre brièvement sur chacune d’elles. En premier lieu, pour aborcastellion der problème général, dis -moi, quand donc m’as- tu connu tel que tu me dépeins ? Est-ce lorsque «tu m’entretenais» chez toi ou longtemps après ? Si tu me connaissais déjà, je te le demande, comment as-tu pu me confier, dans la suite, la direction do ton Collège 7 Et pourquoi as-tu insisté, toi et deux de tes éminents amis, pour vaincre ma résistance ? Comment as-tu pu placer à la tête d’une institution où l’on doit faire l’éducation des jeunes, un homme que tu connaissais comme un scélérat, et cela dans cette ville que tu appelles toi- même, dans tes livres, la ville sainte ?
De plus, je te le demande, pourquoi, après une période d’ac-
1 Brcvis responsio par J. Calvin* P- 114,
ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES
tivité de trois ans, m'as- tu donné un témoignage écrit et signé de ta main, véritable certificat de vie irréprochable ? Car ce témoignage , je Fai cherché pour la circonstance et je Fai encore dans ma maison. -Je n’y attachais, hier encore, aucune importance, mon innocence me suffisait. Mais après F apparition de ton pamphlet, j’ai été très aise de le retrouver. Je Fai montré à beaucoup de personnes et à certains personnages éminents.
Ai-je besoin de te rappeler que dans ce certificat tu déclares que nous différons seulement sur deux points de doctrine (le Cantique des Cantiques et la descente aux enfers) ? 1
Et Castellion cite ici deux extraits de la pièce que LE CERTIFICAT nous avons déjà citée, au moment où il quittait Ge~ 1)K LAIAL* nève 2.
Voilà ce que solennellement tu déclarais à cette époque.
J’ai chez moi l’original de cette pièce. En vérité, si déjà à ce moment tu me connaissais tel que tu me dépeins, tu avoueras qu’il est difficile d’accorder à ton témoignage la moindre valeur. Mais si tu ne me connaissais pas, alors que cependant tu m’avais reçu dans ta maison et que tu m’avais confié la direction de ton Collège pendant 3 ans (je me sers de tes paroles) tu donnes toi- meme la mesure de ta perspicacité, puisque tu n’avais pas vu encore que j’étais un imposteur, un être adonné à F impudence cynique, un bouffon qui fait profession d’aboyer contre toute piété. Quand on a si peu de jugement, on a la pudeur de se taire.
Je n’insiste pas sur ce fait que, s’il en est ainsi, s’il est vrai que tu ne me connaissais pas encore, il est de toute évidence que tes paroles sont mensongères ; car tu écris de telle sorte que tous tes lecteurs seront assurés que tu m’as connu tel que tu me dénonces, alors que j’habitais ta maison .... et c’est
1 S, Càst. Defcnsio page 354.
2 Voir pages 65 et 66.
LA DÉFENSE B’ïJIï LIBRE CROYANT
là un procédé douteux. Mais j’ai hâte de répondre aux accm nations précises que tu portes contre moi et, prêt à avouer avec une absolue sincérité, celles qui sont fondées, je tiens à m’élever formeEement et nettement contre ceEes qui sont fausses. de i/oruueil premier lieu et en ce qui concerne cet orgueil dont tu par¬
les avec passion, je reconnais que je me suis montré, non pas certes, aussi superbe que tu me supposes dans ton libelle de haine, mais je confesse que j’ai manqué d’humilité et je le regrette, et j’en rougis de honte. Lorsque j’étudiais les lettres et les langues anciennes, j’avoue que je dépassais un peu les bornes, dans mes enthousiasmes juvéniles : je donnais à mes études classiques une place plus grande qu’à la culture de mon âme. Et afin que tu puisses te convaincre que je ne veux pas excuser mes péchés je tiens à confesser devant toi et devant tous ceux qui me liront, malgré toute la confusion que j’en éprouve, un fait que tu ignores sur ement^ sans quoi, dans le zèle pieux que tu mets à me flétrir, tu te serais hâté de le dévoiler toîmême. Mais je déteste franchement mon attitude et je voudrais qu’elle fût détestée par tout le monde, 1
Et ici Gastellion raconte cet épisode que nous avons relevé, lors de son séjour à Lyon : 2 cédant aux suggestions de ses amis et à la coutume un peu fanfaronne des jeunes humanistes qu’enthousiasmait la Renaissance ? il avait substitué au nom trop prosaïque de sou père, le nom plus poétique de Castalion, comme s’il eût été un fils de la nymphe Castalie, déesse des Muses. Castelliou peut amèrement se frapper la poitrine pour ce péché d’orgueil, qui lui parait être une petite trahison de l’humilité de
1 S. Càst. Defenaio 356.
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ses origines, mais nous n'amvons pas à le détester comme lui, surtout si nous plaçons ce fait minuscule à côté de l'incommensurable orgueil spirituel de celui qui osait l'accuser d’orgueil, Oet aveu même est une preuve manifeste de l'infinie humilité du grand initiateur de Bâle pour qui l’adoption d'un pseudonyme ronflant était la source de si grands regrets. Celui qui le dénonçait avec tant de véhémence a-t-il jamais exprimé le moindre regret d'avoir adopté des pseudonymes non moins ronflants qui lui donnaient un faux air de noblesse ? 1 Mais Castellion dont l’âme est affinée par la douleur, la méditation et la prière, s'émeut des moindres manquements aux ordres du Maître, doux et humble de cœur.
Il en est de même* ajoute-t-il* en ce qui concerne les farces des fl aïs ande jeunesse et les insipides plaisanteries auxquelles tu fais TEBtBS allusion. Ici encore je reconnais que j’ai péché : j’ai pêché contre le réglement de ls apôtre qui interdit même les innocentes facéties, et je prie Dieu pour qu’il me pardonne et que ce pardon que je sens habiter en moi s’achève par son fils, Jésus Christ, notre Sauveur, Ces deux péchés, je les confesse et je prendrai soin que tes reproches me soient un profit moral
Peut-on plus simplement et plus humblement confesser ses torts? Ces pénibles aveux, faits publiquement à un adversaire tel que Calvin, peuvent paraître un peu puérils. Ils ne r étaient pas à
1 Calvin signait, par exemple, certaines lettres Charles d’Esfé ville, ■ Page 357.