DIFFAMATION ] CALVINISME
ation, d'un éloge enthousiaste de Calvin qui avait eu l’audace de goûter la littérature plaisante* Mais alors, pourquoi, puisqu’il Faim ait tant et qu’il s’y livrait avec délices, p oui1 quoi en faisait-il un crime à Castellion qui, eu matière religieuse, ne s’y est jamais livré ? 1
Jamais Castellion n’a ri de tous les principes de la piété , il n’avait donc pas l’occasion de s’en amuser avec délices . Calvin, en lui supposant des sentiments qu’il n’a pas y trouve matière à calomnie, et M. Doumexgue, en attribuant à Calvin ce que celui-ci reprochait à Castellion, y trouve matière à éloge. Ce serait burlesque si ce n’était pas attristant.
«Fai parlé de ce que je reconnais : tout le reste est faux. Mais examinons un peu tes paroles : «Comme je n' éprouve aucune joie à calomnier, dis- tu, je tiendrai secrètes tes infamies ! >> 2 3 Que dis -tu ? Tu n’éprouves aucune joie à calomnier, et en disant cela, tu me diffames ? Je ne reviens pas sur ce fait que ton petit livre n’est fait que de calomnies et qu'il est impossible d’y voir autre chose qu'un tissu de mensonges* Quelles sont donc mes infamies ? Tu désires les tenir cachées ? Pourquoi donc nv accuses -tu de vol ? Pourquoi me diffames- tu de la sorte ? Pour que les lecteurs qui t’accordent quelque véracité se figurent qu'il n’est pas un crime, si grand soit-il, qu’ils ne puissent m'attribuer . Quel crime aurais- je pu commettre, en vérité, qui soit assez abominable pour légitimer les exprès-
1 Voici f accusation précise à laquelle Castellion répondait- «Tu*
(dit Calvin) tu omnia pie ta ti a principe ridendo, suivi ter te oblectas*. (G&iummce nebulonia, page 119),
3 Plagîta ; débordement, licences, débauches* actions honteuses, flétris¬
sures*
ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES
sions que tu emploies à mon égard ? Est- ce ainsi que tu tiens cachés des péchés d’un autre ?» Ne vois -tu pas qu’il eût été moins cruel d’énumérer ouvertement les infâmies que tu me prêtes, plutôt que de laisser le champ libre à l'imagination de ceux qu’allèchent tes réticences de rhéteur, en te contentant d’éveiller en leur âme les plus atroces suspicions ? Que diras tu si j’affirme que cette attitude d’accusateur démontre que tu ne peux alléguer contre moi aucun crime ? A qui feras- tu croire qu’ayant ramassé une fausse accusation de vol* tu te tairais sur des fautes dont tu serais certain ? Si tu avais le moindre fait certain à me reprocher, te serais-tu risqué à produire des choses incertaines ?
Mais, qu’est- ce que je lis sous ta plume ? g Lors que je t’ai nourri dans ma maison 1 » En vérité, ceux qui ne savent rien de l’épisode auquel tu fais allusion, concluront que tu m’as nourri chez toi gratuitement, et lorsqu’ils liront que tu m’accuses de perfidie et que tu soutiens cette accusation en faisant appel au témoignage de Dieu, que pourront-ils penser ? Sinon que je suis quelque Judas Iscariotï Car qui donc pourrait croire que tu me traites ainsi, si tu n’es pas absolument sûr de mes crimes et si tu n’es pas en état de prouver tes accusations par d’irréfutables témoignages ? Eh bien, il vaut la peine de montrer ici comment tu m’as nourri et en quoi consiste cette perfidie.
J’ai demeuré sept jours, huit au plus, dans ta maison. 1
Et CasteUion raconte ici l’épisode de Strasbourg que nous avons rapporté en son temps 2. Il rappelle à Calvin r arrivée de Mme du Verger et de son filSj il dit comment, sur la demande de Calvin, ü dut céder sa chambre an domestique de cette dame :
1 Page 360.
2 Voir page 27-
LA DÉFENSE D'UÎT LIBUE CROYANT
« Alors, dit Castel lion en toute humilité, je cédai ma chambre, je soldai les dépenses faites pour ma pension3- et après être resté sept jours dans ta maison, c’est de bonne grâce que je Fai quittée, #
Mais ces détails ne suffisent pas à OastelLion : U veut confronter les faits avec les accusations de Calvin pour donner la mesure de sa franchise* Calvin atteste devant Dieu que Payant «nourri dans sa maison, il sait qu’il n’y a pas d’être plus perfide et plus dénué d’humanité. >> Castellion alors rappelle en lignes brèves comment le domestique de Calvin étant malade, il s’installa à son chevet et le soigna jusqu’à sa mort. Il avait, cette fois, mangé le pain de Calvin : est-ce à cette occasion que Calvin découvrit en lui l’être le plus perfide et le plus dénué d’humanité qu’il ait jamais connu ? La même anc al vin contre née, Calvin étant à Itatisbonne, la peste envahit la maison de Calvin* Et Castellion rappelle ici les faits que nous avons déjà racontés 1 2 et il n’a pas de peine, par le simple exposé de faits indéniables, à montrer qu’il fut là encore, comme toujours, prêt à affronter les plus redoutables périls pour soigner ses jeunes camarades, dont quelques-uns furent emportés par la terrible épidémie. Très simplement, avec la sécheresse et l’impitoyable précision d’un procès verbal, Castellion énumère ces faits et il rappelle à Calvin
1 PtcLiD îam tibi pro visita polvi, page 360
2 Page 28.
ET LES PROCÉDÉS CALVINISTES
les sentiments qu'il lui exprima à son retour de Batisbonne, sa reconnaissance et ses regrets d’avoir cédé à une inconnue la place qu'il occupait dans sa maison :
Ainsi, ajoute-t-il, de quelque côté que je cherche mon ingratitude à ton égard, je il’ arrive pas à la découvrir r à moins toutefois que tu n’interprètes comme une ingratitude le fait que je ne puis pas souscrire à ton interprétation de T Ecriture.
Mais non : tes paroles ont une autre portée. La divergence des opinions qui nous sépare ne peut être interprétée ni comme une ingratitude, ni comme une perfidie. Ce n’est pas une raison suffisante pour que des hommes se vouent une haine mortelle, surtout s’ils se réclament du Christ.
Et pourtant lorsque tu dis que tous ceux qui ne voient pas de limfobtuéb eu moi un imsposteur, un être adonné à l’impudence cynique, un bouffon qui fait profession d’aboyer contre toute espèce de piété, ne me jugent pas sainement, tu fais injure non seulement à Dieu, dont tu condamnes ainsi le serviteur et à celui que tu accuses faussement, mais en même temps à l’ Université et à la Hépublique de Bâle. En effet, si l’on en croit ton jugement, les magistrats sont, ou bien atteints d’une incroyable cécité, puisqu’ils n’ont pas encore découvert en moi l’être que tu dénonces, ou bien, il sont coupables d’une criminelle indifférence si, me connaissant, ils me supportent encore.
O homme, toi qui juges les autres, prends garde de ne pas te condamner toi- même. Prends garde de ne pas t’attribuer une autorité qui n’appartient qu’à Dieu1.
Castellion reprend ensuite, en détail, quelques griefs de Calvin, l'accusant de s'attirer des élèves par l'exposé d'idées libérales qui mettent tout en
1 Püge 3S2.
LA DÉPENSE D’üN LIBRE CROYANT
confusion et déprécient les arts et les sciences. II en profite pour exposer ses idées sur la science qui doit aller de pair avec la piété : «car, dit-il, les savants impies deviennent vite des pédants, tandis que les savants qui ont de la piété restent humbles.* Il répond à une accusation concernant le mépris dans lequel Calvin lui reproche de tenir la théologie, et il n'a pas de peine à montrer que c'est précisément le reproche contraire qu'on pourrait lui faire. Th. de Bèze n'est-il pas allé jusqu'à l'accuser d'avoir soutenu que les chrétiens ne devaient lire que la Bible ? A quoi Castellion répond qu'il n'a jamais pu dire une chose semblable, puisque, en dehors de la Bible, il lit une quantité énorme d'autres livres et même qu'il en a traduit beaucoup. Toutefois il reconnaît que la lecture des Saintes Ecritures lui parait si nécessaire que, par rapport aux autres sciences, c’est à la science religieuse qu'il accorde le plus de prix.
bb LA cûnfé- Puis, passant à la conférence contradictoire qu'il
rekce pxtbltqtje a eue avec son collègue Borrhée, au sujet de la prédestination, 1 Castellion répond à Calvin qui lui reprochait de n'avoir pas voulu profiter de l'occasion qu'on lui offrait de déblatérer contre la religion 2 :
1 Voir page 334.
a Ce reproche semblerait bien établir l3 espoir que fondaient Ica ad ver* sairea de Castellion sur cette conférence contradictoire: V interruption trop hâtive, qui montra le danger â Castellion et le décida a se taire, dut occasionner quelque irritation à ceux qui cherche ient 1! occasion de le perdre.
ET LES PEQCÉDÉS CALVINISTES
Ici' encore, en ce qui concerne cette conférence, ton libelle est mensonger* Jamais personne ne m’a. concédé la liberté de déblatérer : la seule liberté qui me soit chère est de dire humblement mon avis* Je n’ai aucune raison de rougir de ce qui s’est passé : j’en prends à témoin tous ceux qui assistaient à cette conférence* Il convient, me semble- t-ÎJ, de leur accorder plus de crédit qu’à toi, car tu ne sais les choses que par ouï' dire, tandis qu’ils ont vu, eux, de leurs propres yeux. Mais la passion t’égare et ton jugement s’en ressent* De toute évidence, tu as au sujet de cette conférence des idées aussi arrêtées qu’en ce qui concerne la gaffe*
Passons aux autres accusations : Tu affirmes que j’éprouve le l’impiété une grande joie à me moquer de tous les principes de la piété, et un peu plus loin, tu ajoutes que tout ce qui émane de moi jette un véritable ridicule sur 3a religion* Voilà donc pourquoi tu m’accuses d’impiété* Eh bien, si je suis vraiment tel et si tu es digne de quelque créance, je consens à subir toutes sortes de tourmenta mourir d’une mort ignominieuse, j’accepte qu’on publie ma honte aux quatre coins du monde et, tel un monstre abhorré, je demande l’anéantissement total de mon être*
Mais, en vérité, je ne suis pas tel i et j’en atteste ce qui précisément émane de moi et l’influence que j’exerce, soit par mes écrits, soit par l’austérité de ma vie* Mes écrits existent encore* L’austérité de ma vie est connue d’une foule de gens.
Est-ce à dire que je me flatte d’être sans péché ? Hélas, non, et je m’en humilie, mais ce dont tu m’accuses est faux et s’il était vrai que je sois un impie, je m’offrir aie moi- même à tous tes châtiments*
Tous peuvent juger de mes écrits et je ne redoute la sentence de personne si on me juge sans haine. De l’austérité de ma vie, tous ceux qui m’ont connu, depuis mon adolescence, peuvent en témoigner, et si besoin est, je tiens à ta disposition des témoignages innombrables* Mais tout cela est- il bien nécessaire ? Ton témoignage à toi et celui des tiens que j’ai cité plus haut, ne suffit-il pas ? Après t’avoir quitté, j’ai vécu à Bâle et ici je puis prendre à témoin la ville entière, tout entière* Mais
LA BÉFENSE D’UN LIBRE CROYANT
l’impénitence