AUX CATHOLI¬ QUES UT AUX ÉVANGÉLIQUES
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Les chrétiens du XVIème siècle n’étaient pas habitués à entendre de telles paroles. Ces appréciations si sages, cet appel si simple et si discret à l’Evangile d’amour, au respect des consciences et à la loi libre, resteront, dans Fhistoire religieuse de cette époque troublée, comme un des rares échos d’une Révélation lointaine, que tous prétendaient défendre et que tous déchiraient. Mais, s’élevant au-dessus de cette triste lutte qui mettait la France à feu et à sang, OasteUion aborde le grand problème qui se pose :
Je veux maintenant essayer, lorsque tous deux êtes, par la même cause, venus en grande angoisse, s’il serait possible de vous retirer finalement de votre opiniâtrisc et vous faire un peu ouvrir les yeux .... 1 Pourquoi vouloir, en effet, forcer la conscience de son prochain ? . . ■ .
Si vous dites que vous le faites par commandement de Dieu, je vous demande où c’est qu’il a commandé, car en toute la Bible je n’en trouve pas un seul mot, voire en la loi de Moïse, laquelle est autrement assez rigoureuse, vu qu’elle vient jusque à commander, en quelque endroit, de meurtrir et massacrer hommes et bêtes et villes des idolâtres, toutefois il ne s’en trouve un seul mot qu’on doive contraindre les consciences. >>
Afin de mieux convaincre, Castellion qui redoute qu’en France où il veut être lu, on ne le suive paa sur le terrain biblique — adopte un ton familier et
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plaisant qui, par sa bonhomie, fera naître un sourire et rendra l’esprit plus accessible à l’idée :
« Or, considérez en quel état vous mettez los pauvres gens* Voilà un homme qui fait conscience d’aller à la messe ou d'aller ouïr un sermon du prédisant qu’il tient pour hérétique, ou d’aider soit par argent, soit de son corps et armes, à une église qu’il ne tient pour catholique et vous lui dites que, s’il ne le fait, il sera banni ou déshérité ou honteusement mis à mort* Que voulez- vous qu'il fasse ? Baillez -lui conseil, car il est en angoisse extrême comme une lèche de pain que l’on rôtit à la pointe d’un couteau, laquelle si elle s’avance, elle se brûle, et si elle recule, elle se pique* Ainsi ce pauvre homme, s’il fait ce que vous voulez, il se damne, faisant contre sa conscience ; sin on il perd biens ou vie, chose pesante à toute créature* Que lui conseillez-vous ici, au moins vous, enseigneurs et inquisiteurs de la foi, tant anciens que nouveaux, qui poussez les princes à ce faire ?* * * *
Ce sont, dites -vous, des opiniâtres qui repoussent la vérité* Même alors qu’y ferait-on ? La leur voulez- vous faire recevoir par force ? Si un malade ne pouvait manger une bonne viande que vous lui bailleriez, la lui voudriez -vous fourrer au gosier par force ? >>
Castellion. ne s’arrête pas à cette autorité douteuse des tyranneaux de son temps : ii y eut, en d’autres temps, aux temps bibliques, des actes de violence* Mais il n'a pas le fétichisme de la lettre sacrée et il montre qu'au -dessus de toute lettre, il y a l'Esprit* Or l'Esprit s'est révélé en Christ, de qui nous ue pouvons apprendre que c< débonnaireté et humilité*^ L’Esprit d'ailleurs n'a jamais cessé de parler. Il porte encore en nous son témoignage et
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c’est par ce témoignage intérieur que nous pouvons juger de la Bible elle-même. Bile contient des faits qui sont condamnables et que nous condamnons* Il y aurait une véritable inconscience à alléguer pour règle les faits et gestes de tels ou tels « saints personnages, soit que l5 Ecriture nommément les approuve, soit qu’elle les raconte sans en faire jugement, » Ainsi donc, la conscience et la loi d’amour révélée par le Christ dominent l’histoire et c’est le Christ d’amour qui doit régner dans le cœur. Quels sont d’ailleurs les fruits de la contrainte de conscience 1
ljjs fruits « Vous voulez faire des chrétiens par force et, par ainsi, de la honorer Dieu ; en quoi, vous vous abusez grandement car contrainte de ceja se pouvait ou devait faire, Christ aurait été le beau
CONSCIENCE . . „ c , . t
premier qui r aurait tait et enseigné.
«Je dis ceci tout constamment et sans aucun doute, car je m'en rapporte à T expérience qui ne m'en laissera mentir.
«Gens contraints à la religion chrétienne, soit peuple, soit personne particulière, ne sont jamais bons chrétiens,
«Ceux qui regardent ainsi au nombre, et pour cela, contraignent les gens, ressemblent à un fol qui, moyennant un grand tonneau et un peu de vin dedans, le remplit tout d'eau pour en avoir davantage, en quoi faisant, tant s'en faut qu3ü accroisse son vin, que même il gâte ce qu’il avait de bon. Par quoi il ne se faut pas ébahir si, aujourd'hui, le vin de chrétien est tant soit potit et faible, puisqu'on y mêle tant d'eau.
« Vous ne pouvez pas dire que ceux que vous contraignez, croient vraiment do tout leur cœur ; s'ils avaient la liberté, ils diraient ; Jo crois de tout mon cœur que vous êtes des droits tyrans et que ce à quoi vous me contraignez ne vaut
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rien, comme le vin est mauvais quand on force les gens à le boire- Vous faites comme autrefois vos devanciers, quand ils prirent Bourgogne et contraignaient les Bourguignons de dire : Vive Je Roi* Les Bourguignons les haïssaient d’autant plus. Ainsi vos chrétiens feintifs et hypocrites,
«Voyez- vous, catholiques, à quoi vous a servi la persécution contre Luther ? Vous vous êtes rendus suspects; les gens ont voulu s'enquêter que c’était, dont la chose a été tellement brassée que, pour un que vous avez brûlé, il en est venu cent, de sorte qu’il y en a aujourd’hui plus de milliers qu’il n’y en avait alors de dizaines, tellement que, comme vous voyez, ils vous osent déjà faire la guerre*
« Pareillement vous, Evangéliques, quand par ci-devant vous combattiez des armes spirituelles que vous aviez apprises et prises de Christ et de ses apôtres, Dieu vous bénissait et fortifiait. Mais depuis que vous avez empoigné les charnelles, il vous va tout au rebours : les gens, au lieu de s’avancer* se reculent* Ce n’est pas cas de fortune, mais une providence et volonté de Dieu, lequel, communément, de telles causes, fait sortir tels effets ». 1
Ce qui frappe, dans la pensée de Castellion, c'est cette idée de la justice immanente qui se fait si aiguë les jours de crise, dans la conscience des peuples* I! n’est pas le Jérémie des temps antiques qui prédisait, avec des accents de colère, la ruine de Jérusalem. C'est le prophète attristé qui regarde l'avenir et s'émeut des ruines qu'il pressent. Àh! que voilà un beau projet de se livrer à une lutte fratricide et quelle victoire si on arrive, par le succès des
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