DU LIBRE ARBITRE
Ou latin. Le ekctioiie, Fin du dialogue II.
SÉBASTIEN CASTE LLION
consacre de longues pages d’ingénieuse critique biblique. Il tient aussi à ce qu’on ne croie pas qu’il entend par libre arbitre le pouvoir de vouloir sans raison. La libre volonté n’est pas une volonté folle. 11 est de toute évidence qu’elle ne se détermine que sur des motifs d’ordre rationnel ou sentimental. Mais au lieu d’être liée à une décision fatale, la volonté garde le pouvoir, en se portant d’un côté ou de l’autre, de faire pencher le plateau. Dieu a voulu l’homme libre, afin qu’il ne fût pas, comme l’animal, l’esclave de ses instincts. C’est cette liberté qui constitue le premier bien de l’homme. C’est la sauvegarde de sa souveraineté spirituelle et de ses responsabilités morales. L’homme est libre, parce que fils de Dieu, et Dieu l’a d’autant plus aimé qu’il n’a lié sa liberté par aucune contrainte. Il semble qu’il ne soit pas nécessaire d’insister ici pour établir une doctrine qui est, dans son sens profond, admise par tous. Mais au XVIe siècle, le serf arbitre, le déterminisme calviniste, la prédestination augnstinienne jouissaient d’une trop grande influence, pour que Oastellion n’insistât pas dans l’exposé de sa doctrine. Et il esquisse une véritable philosophie de la liberté qui se greffe tout naturellement sur sa notion de Dieu et de l’homme. Par F hérédité qui pèse sur lui et l’habitude néfaste du mal, l’homme semble avoir tué en lui son libre arbitre. Il est l’esclave du péché. Mais
LÀ CBITIQUE rnj CALVINISME
le Christ, dont il semble décidément que Calvin oublie trop la mission rédemptrice, est venu pour vivifier à nouveau les âmes.
Frédéric - — Ce Christ ne change pas dans F âme ce qui est encore vivant; il nous donne la force d’en user. S’il y a quelque chose d'imparfait, il le perfectionne; de souillé, il le purifie. ... de sorte que, par l'influence de son esprit, l’homme est régénéré et c'est un homme nouveau J. . . Mais il ne modifie pas le témoignage des sens ou de la raison, pas plus, d’ailleurs, qu’il ne transforme les opérations de la mémoire K . . C'est au moyen des sens, de la raison et de la mémoire que Dieu a donnés à l'homme, que le Christ entreprend son œuvre de régénération, mais tout cela est vrai aussi de la volonté. Si le Christ ne trouve point de volonté dans F homme et qu’il veuille le guérir, il doit nécessairement créer en lui cette volonté qui lui manque. Mais si l'homme a une volonté, c’est d’elle que le Christ se sert. Mauvaise ? Il la rend bonne. Bonne ? Ï1 se contente de l'éclairer. C’est ainsi qu’il suggère à Paul une conception plus saine de la vraie religion, et quand il lui a montré le bien suprême, alors il fortifie sa volonté
et lui donne le pouvoir de l’accomplir 1 2 3 Tout don parfait
et toute grâce excellente viennent de Dieu 4 . . . , Dieu, ou un de ses messagers montre ce qu'est le bien, afin qu'on le désire. Et comme il parle de l'abondance de son coeur, il y a, dans ses suggestions, une puissance intérieure qui exalte et enthousiasme : c'est V Esprit vivant qui, plus que les paroles humaines, émeut l'âme de l'homme. Les disciples à Emmaus avaient bien senti cette puissance mystérieuse, quand ils disaient : « Ntest-ce pas que notre cœur brûlait d’une flamme
1 Du latin page 186, Edition de Gouda De liber, arb.
2 Page 1 St5 — 487.
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4 Page 188.
LE «PROCESSUS ï- DTJ SALUT
SÉBASTIEN CÀSTEIXtON
divine, tandis qu’il marchait avec nous ? >> On peut voir la mémo puissance dans les arguments de Pierre, le jour où il convertit au Christ plus de 5000 personnes. Ce n’est pas son éloquence qui a produit ce résultat, car son discours est franchement mauvais. Si un autre homme que Pierre l’avait prononcé, ses paroles n’auraient pas eu plus d’effet que le verbe sonore d’un histrion. Mais il portait en lui un Esprit divin qui, tel un flambeau sacré, mettait au cœur de tous des flammes d’enthousiasme, . , , Il y a des gens tout brûlants d’amour pour eus -mêmes ou pour leurs richesses, ou pour l’objet de leurs plaisirs qui s’élèvent contre cet Esprit divin et le combattent, , , . ils aimeraient mieux se laisser rompre que de fléchir ! ♦ , , , Eh, bien î c’est pêcher contre le S* Esprit que de s’élever volontairement et sciemment contre une vérité évidente, manifeste, connue et démontrée. SU en est qui se figurent que cette révolte contre V Esprit Saint est V effet d’un décret ou la volonté de Dieu, qu'ils servent un tel Dieu* Pour moi j’ai appris à connaître un Dieu qui , étant bon par essence, ne peut vouloir que le bien , pour lui- meme et pour les autres, de façon manifeste, ou dans le secret de ses mystérieux desseins.
Louis — Je t’accorde ce que tu viens de dire. Mais il est une chose que je voudrais savoir. Que peut-on répondre à ceux qui t’accusent d’attribuer trop de valeur à la volonté humaine ? Ne te semble-t-ü pas que l’homme est en partie sauvé par son propre mérite et qu’il risque de s’enorgueillir, tout en diminuant la grâce et la gloire du Christ ? 1
C'était là au XYlVc siècle la grande accusation ; c’est celle que Calvin et Théodore de Bèze ne cessent de faire à Castellion. Le dialogue va se faire plus âprej on y sent gronder la révolte inté-
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LA CRITIQTTB DU CALVINISME
rieure d’un homme qu’on n’a jamais cessé de poursuivre du reproche de pélagianisme, mais Castellion sait rester maître de lui.
Feebébic — Dieu eat Plus grand d’avoir voulu l’homme libre que s’il 1 avait voulu semblable aux animaux. La gloire du Christ s’impose avec plus d’éclat s’il renouvelle entièrement l’homme. Il est autrement glorieux, pour le Christ, de rendre à l’homme sa vraie nature, que d’avoir à faire à un vase d’argile qui nécessairement se plie aux désirs du potier. Certes, il J a des hommes qui s’enorgueillissent des dons de Dieu, mais il ne faut pas tomber dans l’excès contraire
et les mer - Si nous accordons quelque valeur aux témoi¬
gnages de la raison, aux exemples qui s’imposent et aux expériences journalières, nous pouvons aisément constater
que ce sont précisément les partisans du serf-arbitre qui s’adonnent à l’orgueil, et c’est très naturel : ne prétendentils pas etro élus et ne se croient-ils pas irrévocablement destinés à la vie ! Qui donc, parmi les prédestinations se croit voué à la perdition? N’ayant aucune raison de craindre pour
leur salut, ils s’élèvent en dominateurs 1 Les prédes-
tinatîens condamnent leurs adversaires avec un tel dédain, que leur attitude seule suffit à prouver le libre arbitre, alors meme que leurs lèvres le nient. On pourrait même se demander si leur désir de condamner les autres ne leurfait pasoublier le conseil du Maître: «Ne jugez pas, si vous ne voulez pas être jugés.» Au reste, rien no sert de les exhorter aux bonnes œuvres! C’est comme si tu exhortais un fils de roi à devenir un fils de roi. Ils sont élus, ils no sauraient périr ! Us sont sauvés par leur doctrine ! Les bonnes œuvres du Christ sont devenues leur propriété, leur apanage. Ils n’ont pas de volonté libre et pour rien au monde, ils ne voudraient être sauvés par
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VOLONTÉ ET GBÂCE
SÉBASTIEN CASTEIXIQN
leurs œuvres I Je 11e connais personne que soit* plus qu’eux, fermés aux exhortations d’une saine piété.
N’est- ce pas avec délices qu’ils se livrent aux calomnies les plus manifestes î On pourrait en dire long à ee sujet, mais quoique je sois abondamment documente, je préféré me taire. Une seule chose cependant doit être relevée, car c est une impudente affirmation. Us vont partout, proclamant que nous croyons être sauvés par nos œuvres et notre volonté personnelle. Qui donc ne nous aurait en horreur \ après une telle accusation, si elle était fondée ? Mais jamais nous n avons dit ou cru une semblable chose. Le jour de Dieu établira notre bon droit avec une aveuglante clarté. \ oici ce que nous affirmons et témoignons; c'est gratuitement et par la grâce de Di&a, Sans aucun mérite de noire part , que nous sommes sauvés. Il n’ est pas en notre pouvoir d’acquérir le salut par nous mimes, mais il est en notre pouvoir de le perdre et cela facilement ! Le premier homme a été placé dans le jardin d’Eden, sans qu’il Tait le moins du monde mérité : mais c’est par mite de sa désobéissance qu’il en a été chassé. Avec l’apôtre Paul, nous disons: «Si vous vivez selon la chair vous êtes destinés à la mort, mais si, par l’esprit, vous tues les œuvres de la chair, vous êtes destinés à la vie. Celui qui sème pour la chair, moissonnera la corruption.» Là-dessus ils se livrent à de bruyantes manifestations, ils proclament que nous cherchons le saint par nos propres mérites 1 Qu’ils s’en prennent alors à l’Ecriture sainte qui déborde d’affirmations semblables, « Ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des deux, mais ceux qui font la volonté de mon Père.», ,. «Mes frères, ce sont ceux qui font la Volonté de mon Père /» Que signifient cas paroles ? Est-ce là attribuer à l’homme le mérite du salut ? Pas le moins du monde! C’est entendu: le salut ne dépend
1 L’accusation de pélagianisme était une des plus graves qu’on pût proférer contre un homme, car elle apparaissait comme la négation de l’œuvre de Rédemption.
LA QBÏTIQ.UE Dlî CALVINISME
m de celui qui veut, ni de celui qui court: c'eat Dieu qui fait miséricorde, mais encore faut-il vouloir et courir,»1
Suit alors l'examen de quelques récits de l’antique Israël tendant à établir que c'est Dieu qui donne aux hommes la force d'affronter la lutte, mais que îa victoire n'est donnée qu’à ceux qui, volontairement, l'affrontent,
. , , . « Le paysan, continue Frédéric, ne peut moissonner que s'il laboure et ensemence sa terre. Est -ce à dire que c'est sa volonté ou son mérite qui font croître le blé ï Tous ees biens ne sont-ils pas un don de cet Etre de bonté qu'est Dieu ? 2 Comment l'homme pourrait-il se glorifier, alors que c'est de Dieu qu'il a reçu non seulement tous les biens qu'il possède, mais encore tous ses dons personnels , , , . J’ai partagé, je l’avoue, il y a bien longtemps l’erreur des prédestinatiens, , , , et je ne crains pas d’avouer ce péché, j'avais à ce moment quelques bouffées d'orgueil, mais depuis lors j'ai appris bien des choses et en considérant F orgueil auquel j'avais pu me laisser aller dans la doctrine du serf-arbitre et la modestie que m’inspire ma conviction actuelle, je tiens plus encore ma conviction pour vraie. Et, pour résumer ma pensée, j'affirme que tous ceux qui sont sauvés, le sont par une disposition providentielle et gratuite de Dieu, sans que leur mérite y soit pour quelque chose. Mais ceux qui se perdent, se perdent uniquement parce qu'ils refusent d'obéir aux commandements de Dieu, Cela seul, à mon sens, est la cause première et dernière de la perdition de F homme, »
Ces quelques extraits permettent de se faire une idée du souci qui hantait Casfcellion. Persuadé
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2 Bonus hoc est Deua, Ce&fc la définition que donne la Théologie gertnanique*
l'oftjmtsme
spirituel
que la doctrine calviniste est une cause de désespérance et de pessimisme noir, il la transforme en un optimisme rayonnant qui fait du Christ le grand libérateur spirituel. Le Christ galiléen reprend ici toute sa valeur de messager divin et de médecin des âmes. Dieu se dégage de ce particularisme étroit qui T étouffait ? et des responsabilités compromettantes qui semblaient en faire le complice de toutes les violations du droit des consciences et de toutes les laideurs humaines; c'est l’homme qui est responsable du mal et Dieu, par ses messagers et ses prophètes, persiste, à tout jamais, dans ses sollicitations de Père, respectueux de la liberté qu'il a donnée à ses enfants, mais désireux, quand même et toujours, de les voir se décider pour la vie. Et sa recherche incessante, et ses sollicitations, et ses appels, et son activité féconde dans l'âmé humaine, et ses commandements moraux et les avertissements sérieux qu'il donne à ses enfants, deviennent, dès lors, des réalités spirituelles qui répondent à ses sentiments étemels. Il est un Dieu d’Àmour et de Pardon et nous y reconnaissons le Dieu de l’Evangile. C’est une religion de paix et de liberté, d'énergie humaine et de volonté triomphante, un stoïcisme chrétien, exempt de fatalisme et tout imprégné d'amour, une religion d'espoir et de joie, capable de mettre quelque lumière au sein des existences les plus
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tristes. Et cette religion, fille de l’Evangile, est bien aussi fille de la Béforme,
La justification par la foi reste la grande idée DE ^ k>i centrale. Mais autant le dogmatisme farouche de Calvin la dénature, autant la pensée de Castellion l'éclaire et la précise. La foi n'est plus l’adhésion à tel ou tel dogme. Castellion distingue entre la croyance et la foi. La croyance peut flotter dans l’esprit, s’y implanter même, sans transformer l’être intime et sans émouvoir la volonté. A l’abri des plus belles croyances, peuvent se développer les plus pernicieuses inclinations, les ambitions les plus folles, les pharisianismes les plus coupables, les orgueils les plus effrénés. La foi an contraire transforme l’être intime. L’homme mauvais, ouvrant son cœur à la foi, peut se renouveler radicalement.
Sa nature mauvaise s’abolit, le vieil homme disparaît et le nouveau s’affirme, se développe, et s’épanouit, «comme une fleur divine sur un tas de fumier, » La foi étant un acte de confiance, d’abandon, un don absolu de son être tout entier, ce n’est plus l’homme mauvais, le Fils d’Adam qui vit en nous, c’est l’homme renouvelé, l’homme du Christ. La foi devient, dès lors, vraiment salutaire et comme personne ne peut se renouveler pour nous, la foi devient en notre âme une force
de régénération, d'autant plus puissante et féconde qu'elle est plus intime, plus sincère et plus personnelle. Ce sont ces idées que Castellion développe dans son quatrième dialogue, mais ici il ne s'arrête pas longtemps à des discussions théoriques. Il a compris que le protestantisme ne réside pas dans la rectitude des croyances, mais dans la fidélité à FEvangile, et dans la nouvelle naissance. Le protestantisme, dans sa pensée, s'identifie à la religion du prophète de la Galilée, et cet homme, que Calvin et Théodore de Bèze s'étaient attachés à nous montrer sous l'aspect d'un orgueilleux irréductible et d'un libertin, va nous dire ce qu'est la foi active d'un libre croyant. Il ne s'agit plus d'adhérer à des formules, à une Somme quelconque de doctrines expurgées, à un Symbole plug ou moins apostolique ; il s'agit d'acquérir, au contact de la pensée du Maître et de l'Esprit de Dieu, une foi qni renouvelle l'individu et le place à nouveau dans ie plan providentiel du Dieu d'Àmour. La grande question pour Castellion, est de faire de la religion non pas une adhésion à des doctrines ou une participation à des rites, mais une vie , une vie vécue sous l'inspiration directe du Christ, en pleine humanité, dans une consécration de toutes les heures à la volonté du Père.
Calvin s'hypnotisait dans la pensée du salut éternel qui n'est qu'une forme supérieure de Fégo-
LA CRITIQUE BtJ CALVINISME
ïsme matérialiste, CasteUion se préoccupe avant tout de la vérité, de la justice et de la pureté, c’està-dire de la vie en Dieu. Deux obstacles se dressent en face de l’homme qui veut réaliser la vie à laquelle Dieu le destine : c’est d’abord sou être physique, mais e’est smtout sa volonté mauvaise. Qu’il ne désespère pas cependant. Bien n’est perdu puisque Dieu lui reste et que le Christ peut le conduire. La foi va lui permettre de se libérer de sa chair et de vaincre sa volonté mauvaise. Mais il faut citer ici les belles pages qu’il consacre à cette lutte nécessaire. Le mysticisme évangélique n’a jamais atteint cette profondeur, dans les froides dissertations des Réformateurs de Genève. L’intellectualisme calviniste ne tient pas une minute devant cette indomptable et farouche résolution de dompter en soi les bêtes fauves de la chair et de se consacrer uniquement à la volonté de Dieu.
Fbédébic - - Croîs-moi, Louis, crois-moi, si tu veux vraiment servir le Dieu de vérité, il te faut renoncer à ton amour-propre, que dis- je ? Il faut que tu apprennes à te haïr toi-même ? 1
Louis — Me haïr moi- même, Frédéric ? Ce n’est pas une bagatelle. Et j’avoue que je n’en vois guère 3e moyen, car j’ai pour moi un amour extrême,
Frédéric — Oui certes, e’est une entreprise bien difficile, et elle semble au-dessus des forces humaines. Mais iciÿ il faut se souvenir que Dieu est une Kéalïté vivante. . . .
1 Du ] a tin do fidè ; page 210, Edition de Gouda.
pe IA maiteke Les choses qui nous sont impossibles ne le sont pas à Dieu.
PE soi Quand on Fa pour soutien, on ne doit jamais désespérer. . . . 1 La chair, vois-tu, Louis, est comme une femme de mauvaise vie qui se farde et se pare et qui, par ses coquetteries et ses pièges, sollicite l’homme et le jette dans la révolte contre Dieu. C’est la chair qui fait qu’il persévère dans le péché, c’est elle qui entraîne son âme vers la mort spirituelle. L’homme qui ne sait past s’adonne à ses délices et s’en délecte. Mais F homme qui sait , comprend que la chair est son ennemie mortelle et que le salaire du pêché, c’est îa mort. Si donc tu désires vivre, persuade-toi que tu n’as pas de plus redoutable ennemi que toi- même, c’est-à-dire ta chair, tes appétits et tes désirs égoïstes ! . . . . û Ensuite agis de tout ton pouvoir, fais ce que tu peux. Dieu fera le reste. ... 3 N’invoque pas de prétexte et ne dis pas qu’il est difficile de vouloir. Si quelqu’un te donnait de l’argent pour renoncer à un plaisir, tu le ferais et tu ne voudrais pas y renoncer par amour de la vérité ? Si quelqu’un te menaçait d’un geste de violence, tu te dominerais, et tu ne saurais te dominer en considération seulement du mal que tu fais à ton âme ? Tu V abstiens de commettre une vilenie parce que ton domestique est présent et tu hésiterais à fen abstenir lorsque Dieu te regarde ? Craindrais- tu moins la présence de Dieu que la présence de ton valet ? Et si tu t’abstiens, par crainte d’une répression humaine, n’est-ce pas que tu estimos plus les hommes 7 Pourquoi la crainte de Dieu ne te garderait- elle pas aussi bien que la crainte des hommes ? Tu trompes quoiqu’un par un mensonge ! Si les hommes pouvaient te voir, tu cesserais de le faire. Dieu seul te voit ? Tu récidives ! Ne fy trompe pas , celui qui fait plus par amour ou crainte des hommes que par amour ou crainte de Dieu , celui-là croit moins à Dieu qu'aux hommes /
Lotus — Oh î mon ami, ma conscience me crie que tout
1 Page 217.
3 De fide, page 218.
LA CRITIQUE DU CALVINISME
ce que tu dis est vrai, mais je me sens envahi par une indicible tristesse.
Frédéric — Te sentais- tu triste, lorsque nous parlions de la prédestination ou du libre arbitre ?
Louis Nullement,
Frédéric — Jo le crois, Louis ; c'est que la science n'apporte
avec elle aucun trouble - Elle laisse intact le vieil homme
et tu pourrais connaître tous les mystères et servir le démon. Mais en discutant du renoncement à soi-même, la chair comprend qu'il faudra qu'elle cède* Elle ressemble à ces
gueuses fardées et parées, dont nous parlions tout à l'heure
Elle voit que l'homme veut îa dompter et la vaincre et elle îo harcèle de nouveaux désirs* * * . De là vient la tristesse. . * * Mais cette tristesse est la tristesse de la croix* Ce n'est pas sans raison que l’Evangile dit : $Que celui qui veut me suivre prenne sa Croix et me suive. Si quelqu'un vient à moi, et qu'il ne se haïsse soi-même, il ne peut être mon disciple !* . . . . 1 C’est pourquoi Louis, tourne ta haine contre toi-même, car tu es ton propre ennemi ! C'est toi que tu dois haïr et non les autres, car les autres ne peuvent tuer ton âme...,. Si quelqu'un te dévoile un défaut de ton être intime, réjouis -toi clans l'Esprit et récompense généreusement 3e messager* 2 Ecoute, si quelqu'un devenait ton esclave , il devrait renoncer à soi-même, il devrait abolir en lui son indépendance et son libre arbitre. Du jour où daterait son esclavage, il devrait renoncer à ses préférences et se soumettre à ta volonté. Souvent il lui faudrait veiller, lorsqu’il voudrait dormir. Maintes fois, il devrait sortir, alors qu'il aurait résolu de rester, travailler alors qu'il était décidé à se distraire. Bref, il perdrait si bien l'usage de sa volonté, que lorsqu'on lui demanderait ce qu’il veut faire, (s'il était conscient de son état), il devrait répondre ; ce qui plaît à mon maîtrer puisque je me suis fait sa propriété. Eh bien, mon cher Louis, c'est de cette façon