ÉPILOGUE
portes, sur des labiés vieillottes, luisaient des poteries vernissées.
— C'est Soulargue, fameux pour sa céramique. Je n'ai pas vu la Grèce; pourtant ceci la rappelle à mon intuition.
Elle disait vrai. Ce hameau peu fréquenté, si ce n'est par des enfants criards et des octogénaires fripées aux yeux bruns qu'elles levaient ironiquement vers les étrangers^ cette réunion de quelques feux semblait une bourgade perdue de l'xVttique, une réminiscence des temps pi'odigieux où l'art se mêlait à la plèbe, sortait riant de m^ains calleuses et de cerveaux dont le besoin ne déformait pas l'harmonie.
Le dîner fut gai, au bout d'une longue table de ferme, auprès d'un grand feu clair de sarments où cuisaient de traditionnelles goumandises. Par l'exaltation de la course, pour une fois l'ardeur de Paul et celle d'Henriette coïncidaient. Ils échangèrent des plaisanteries; Yalère les épiait de son œil froid, sans qu'on pût deviner s'il avait ou non des soupçons.
La soirée était douce et calme. Une admirable lune transmuait la vallée d'oliviers en poussière de diamanls. Paul, la fenêtre ouverte, goûtait la béatitude de vivre, se sentait fort, capable de belles œuvres. A l'horizon de ses rêves, Coquilet et Marianne unis, son père, sa' mère, Ourlac — et Tinconnue...
On frappa si doucement à la porte qu'il crut d'abord
à une illusion. Mais une forme blanche apparut. C'était elle, nue sous le léger lainage que supportait son sac de cycliste et qui gardait les plis de compression. Deux petites mules de bourre de soie blanche gantaient son pied de naïade.
— Chuuuutî Yalère dort au-dessous, ne l'oublie pas... Nous faisons une très grande folie...
D'abord, ils savourèrent le silence, la nuit, la lune. Puis ils se chuchotèrent des monosyllabes chargés de souvenirs : Fontainebleau... la mare... le laboratoire... les points ardents dejeur amour; et la grande clarté éparse dans la nature illuminait, rajeunissait leurs cœurs dissemblables, un moment unis.
Le lit était étroit. Avec un rire muet, ils se blottirent l'un contre l'autre. Tout à coup, du bruit... ô terreur! Ils suspendent leurs haleines. La porte du bas s'entr'ouvre... un chuchotement de voix... Yalère a voulu, lui aussi, goûter cette nuit sublime, apaiser ses nerfs toujours surexcités en dépit de ses froides apparences.
Et les amants rassurés voient, avec une ironie mélancolique, ce nocturne mari trompé, ce (( cocu de la lune ;•, cheminer à travers les arbustes, ombre rigide, que l'astre grandit, prolonge ta l'horizon, comme le remords qu'ils devraient avoir, si leurs chairs ne s'accolaient pas, si leurs bouches ne se fondaient point dans un baiser si frais qu'une aube...