ÉPILOGUE
qui ne vient pas trop tard, car celui qu'on célèbre ainsi justement renferme dans son esprit, que surexcite la gloire, assez de puissance inventive pour étonner à nouveau le monde.
— Sois ferme, mon vieux cœar, songe Gouvès, retenant ses larmes, tandis que les applaudissements, comme une bourrasque, font trembler la salle. Répète-toi que tout ceci n'est qu'illusion. La vérité, lointaine et éparse, est au chevet des malheureux dont tu feras la soutïrance moins rude, la détresse moins implacable. N'est-ce pas, avant tout, de prolon- (jer r espoir, que les hommes remercient les hommes?
Gaudulle, dont on attendait le discours avec impatience, se leva au milieu d'un silence absolu. Il raconta la vie du savant, depuis les débuts jusqu'à Montpellier, ensuite à Paris ; arrivant à la grosse atïaire, à la scélératesse de Mercier, il ne cita aucun nom, fut bref de détails, mais positif et dur. Sa voix grasse, robuste, scandée de gestes rares, portait jusqu'aux bouts de la salle et tous les yeux étaient tournés vers lui, tandis qu'au nom de la science et de la justice, dans un large mouvement oratoire, il remerciait Marianne tremblante d'avoir soutenu son père à travers tous les obstacles, de l'avoir, nouvelle Antigone, guidé vers le Panthéon des vivants.
— Où suis-je? songeait la jeune lille. Au centre de la honte ou de la récompense? Était-il permis, Sei-
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gneur, de livrer mon corps pour sauver une Ame dont mon âme n'était qu'une parcelle, de m'immoler à un devoir si précieux?
Elle plaignait sincèrement Jérôme, qui avait écoulé, livide, le discours d'un homme qu'il haïssait, qui lui avait volé son bonheur. Voyant son frère à quelques places de là, aimable et souriant, elle le méprisait de n'avoir pas rempli son rôle d'homme et de défenseur du foyer.
Gouvès debout tenait d'une main frémissante le papier qui contenait ses remerciements et dont les feuillets brûlaient ses doigts noueux. Après un long regard, d'une acuité noire, sur cette assemblée d'hommes, image de la foule pensante qui transmet la science à travers les âges, il lut son discours sans un arrêt, d'une voix inoubliable, relevée par une pointe d'accent lorsque l'émotion l'oppressait :
« Messieurs,
G L'immense honneur que vous me faites, et dont je suis confus, s'adresse surtout à la science française. C'est elle qui m'a nourri, formé, par la lecture, la tradition ; la Tradition, grand mot dont la beauté se révèle lentement, à mesure que marchent les siècles, et que l'immortel esprit humain monnaye ses richesses en efforts mortels.
(' La vie d'un homme idéal suffirait à remplir son