CHAPITRE
Quant aux pièces non datées, le classement de Jombert est très-problématique et souvent peu justifié, en ce qui concerne les planches gravées par Le C4lerc dans ses commencements. Ainsi Ton ne peut admettre que la jolie suite des Mathurins (J., 48) soit antérieure à la Robe et aux Armes ; comparée à ces deux pièces, la suite des Mathurins serait un chef-d'œuvre. Aussi la croyons-nous très-postérieure à 1654, année qui est indiquée par Jombert comme étant celle de sa publication. Il en est de même à Tégard de plusieurs autres pièces, parmi lesquelles nous proposons de ranger le Profil de Metz, malgré sa date de 1650. Sans doute, cette date est gravée sur la pièce, et Ton ne peut en lire une autre ; mais est-elle exacte? c'est ce dont il est permis de douter. Ne peut-on pas admettre que cette date de 1650 soit celle du dessin, et qu'elle aura été reproduite sur la planche par une inadvertance du jeune artiste ? Les quatre derniers vers de L. Mangin, qu'on lit dans la mai^e, viennent à l'appui de cette conjecture. L'auteur, s'adressant à la ville de Metz, s'exprime ainsi :
Estime le repos que la France te donne Et comme vn membre sain dans ce robuste corps Ployé au gré de ton Roy connoissant que tu dors A l'ombre des Lauriers que sa Valeur moissonne.
Ce roi, dont la valeur moissonne des lauriers^ n'est autre que Louis XIV qui avait douze ans en 1650, et ne fut déclaré majeur que le 13 septembre 1651. Qu'on suppose Thyperbole poussée aux plus extrêmes limites, on ne saurait admettre qu'elle puisse aller jusqu'à parier de la valeur guerrière d*un enfant
de douze ans, encore sous la tutelle officielle de sa mère et qui ne conduisait que des soldats en métal. Au contraire, en 1655 ou 1656, date qu'on peut assigner à la gravure du Profil^ Louis XIV avait dixsept ou dix-huit ans ; on le conduisait aux armées, et, bien qu'il ne commandât pas en personne , Thyperbole est admissible.
En résumé, si la date de 1650 est bien celle de la gravure du Profil ^ ce qui parait invraisemblable, il en résulterait que, dans sa vie d'artiste, Sébastien Le Clerc aurait eu des faiblesses, des inégalités tout à fait inexplicables. On doit plutôt supposer une erreur de millésime, erreur assez fréquente, même chez les adultes, plutôt que d'admettre que le jeune artiste se soit montré , dans des pièces datées de 1655, aussi inférieur à ce qu'il était cinq années auparavant.
Une autre explication peut être proposée. La Robe de N. S. n'est pas de 1655 ; elle est antérieure de plusieurs années, et cette date a été ajoutée à la planche à l'occasion d'un pèlerinage qui se faisait
à Trêves. Alors la date de 1650 du Profil serait exacte, celle de la Robe serait fausse , et l'excessive précocité de Le Clerc serait pleinement justifiée. Mais, dans cette hypothèse, il resterait à expliquer la date de 1654 des Écrans ronds et les quatre vers de L. Mangin qui ne concordent pas avec )a date de 1650. Toutefois, et sous le mérite de ces observations, nous adopterons, dans la suite de notre travail, l'ordre proposé par Jombert, malgré ses erreurs éNÎdentes. Dans l'impossibilité où l'on se trouve de proposer un