‹ sebastien le clercChapitre 12 sur 193 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

BERT, Catalogue de Vœuvre de Le Clerc^ p. 2 et 3, et les notes.)

Un autre exemple presqu'incroyable de l'étonnante précocité de Le Clerc, est rapporté par l'abbé de Vallemont. « Son père, dit-il, lui apprit à dessiner de fort bonne heure, et M. Le Clerc fit sous lui de si grands progrès dans le dessin, qu'il en faisait lui-même des leçons à l'âge de dix ou douze ans, ce qui se trouve attesté par des personnes de considération qui, dans ses commencements, avaient été ses élèves ».

A l'attestation de l'abbé de Vallemont, on peut joindre celle du véridique Mariette, qui ajoute ce curieux détail : « A dix ou douze ans, il s'attachait déjà à dessiner et montrait à plusieurs dames de Metz. Il était si faible et si fluet que, l'hiver, il avait des engelures à ne pouvoir marcher, et que celles qui voulaient l'avoi]^ dans ce temps étaient obligées d'envoyer un valet pour l'emporter entre ses bras ». {AbecedariOy t. III, p. 100.)

Jombert (n9 6) place parmi les premiers ouvrages de Le Clerc la Chapelle de Sainte-Catherine , à Stockholm^ appelée, mal à propos, par les marchands d'estampes, le Tombeau du roi de Portugal. Ce serait plutôt celui de Charles-Gustave, roi de Suède.

Cette planche, aussi médiocre que rare, aurait été, suivant Jombert, gravée à Metz en 1654, pour entrer dans la collection des monuments de Suède, connue sous le titre Sueda antiqua et Hodierna^ 3 vol. in-fol., où il y a 353 planches.

Jombcrt reconnaît que cette planche a*a pas été employée pour cet ouvrage, mais qu*eUe a été copiée par Perelle pour former la 25^ planche du recueil *. Elle est, dit-il, restée nombre d'années dans le cabinet de M. Le Clerc, qui Ta fait enfin effacer pour y graver Y Apothéose d'Isis, en 1693 (n« 236). On ne s'explique pas comment Perelle aurait pu copier une planche gravée à Metz en 1654 et dont les épreuves n'étaient pas dans le commerce. Mais la vérité est rétablie par un simple changement de dates et par les explications suivantes de Mariette (Abecedorto, t III, p. 109).

Voici ce qu'il dit dans deux notes différentes: « Ce n'est point le tombeau du roi de Portugal, mais bien la vue de l'église Sainte-Catherine à Stockholm, et cette planche n'a point été gravée par Le Clerc à MetZj mais pendant les premières années de son arrivée à Paris, à peu près dans le temps qu'il. grava les Gonds d'Angleterre (J., n*79). Elle est du moins dans la même manière. Il la fit pour la suite des vues du royaume de Suède, qu'on avait entrepris de faire graver à Paris* , et soit que M. Le Clerc ne

> Sohant Heinecken, U IV, p. iSI, Tonvrage inUtalé Siteeta cm* tiqua et Hcdiema aurait été publié en 1704. G*est une erreur. Le premier volume parut en 4693 et le dernier en 4714 (Brunet, art. Sueeia), Heinecken ajoute que cet ouvrage contient deux pièoee de Le Clerc qui ne se trouvent pas dans tous les exemplaires* C'est encore une erreur. Le Clerc n'a gravé pour cet ouvrage qu'une seule pièce. Elle ne s'y trouve jamais. Elle a été remplacée par «ne copie de Perelle, ainsi que l'expliqua Mariette.

* « Pour l'ouvrage intitulé : Sueeia aniiqua etHodiema^ publié en 4693, mais commencé longtemps auparavant. »»Voy. Brunet, art. Sueeia.

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se fût pas accommodé avec ceux qui étaient chargés de ce soin, soit que ceux-ci ne fussent pas contents du travail de Le Clerc, la planche resta entre ses mains. On la fit recommencer sur le même dessin par Perelle, et ce fut cette planche qui fut agréée et portée en Suède.

» La planche de Perelle n'est donc pas une copie. Il s'en faut bien que celle de Le Clerc soit de ses belles choses ; à tout prendre, elle me parait cependant préférable à celle de Perelle ; car, quoique celle-ci soit plus proprement gravée, l'autre est moins maniérée ; Perelle n'ayant pu s'empêcher de remettre les fabriques, les terrasses et les ornements dans sa manière. A cela près, tout est entièrement conforme. L'idée et la disposition générale du peu de figures qui sont sur le devant est presque la môme.

» Il est pourtant vrai que Perelle a beaucoup alourdi et grossi toutes les parties du dessin, suivant sa coutume. Quoi qu'il en soit, il est certain que la planche en question resta à M. Le Clerc , et que, ne sachant qu'en faire, elle servit pendant longtemps à ramasser les ordures qu'on balayait dans son cabinet. Enfin le sujet de V Apothéose d'his s'étant présenté à graver, il fit repolir cette planche pour y graver ce beau sujet (J. , 236), ^'est ce qui fait que les épreuves de cette vue sont si rares, et que les deux qu'on connaît à Paris, chez M. d'Ozenbray (l'œuvre qu'a M. d'Ozenbray vient de chez M. Thuret, il le lui a vendu 4,800 livres), et chez M. d' Argenville , peuvent passer pour uni-

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ques'. La planche, avec le blanc qui est autour, a 8 p. de long sur 12 p. 10 lignes de travers. Ce qui est gravé dans la bordure a 7 p. 9 1., 12 p. 6 lignes de travers. »

Cette rectification faite, nous revenons aux travaux réellement exécutés à Metz en 1654, et pendant les années suivantes.

Toutes les planches de cette époque ont été tirées à Metz, jusqu'en 1665, par l'éditeur Claude Bouchard, ami du père de notre artiste. Les épreuves en sont extrêmement rares, et l'on peut constater, par celles qui sont venues jusqu'à nous, que ces tirages n'ont pas été également soignés. Lorsque le tirage est bon, sans empâtement ou sans sécheresse, les épreuves sont très-remarquables, et l'on s'étonne à bon droit qu'un jeune homme de dix-sept ou dixhuit ans, au plus, ait pu produire un ouvrage aussi distingué que la suite de Tableaux de rinsiitution des Mathurins (Jombert, n9 18).

Cette suite de onze pièces, dont l'invention et l'exécution appartiennent à Le Clerc, eut un succès prodigieux attesté par l'usure des planches. Néanmoins les épreuves en sont extrêmement rares. L'exemplaire du cabinet des estampes à Paris, laisse à désirer. Celui de Vienne, au contraire, est d'une incomparable beauté. Les épreuves que nous avons sous les yeux, fort belles aussi, montrent que l'artiste

I L'épreuve de d'Argenville est i Vienne ; une autre (peut-être celle de Thurel) fait partie de la riche collection de M. le Président de Baudicour.

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