CHAPITRE VI
Nous ne pouvons mieux terminer ce travail qu'en reproduisant l'opinion du savant Mariette sur le talent de Le Clerc. Il n'y a rien à ajouter à l'appréciation d'un tel juge : « Sans autre guide que lui seul il » (Le Clerc) avait fait insensiblement de tels progrès
> dans la gravure que lorsqu'il vint à Paris, l'illustre » Le Brun, premier peintre du roi, lui conseilla de » s'y attacher uniquement. Il suivit son avis, sans » pourtant négliger l'étude des mathématiques. Ainsi » l'on vit alternativement sortir de son cabinet les » merveilleux ouvrages de sa main et diverses pro^ » ductions d'esprit qui marquaient l'étendue de son )» génie dans les sciences.
» Ce qu'il gravait avait cela de singulier qu'il en » était l'inventeur, talent rare parmi les graveurs ; car
> si l'on excepte ce qu'il a exécuté d'après Le Brun, » dans le temps qu'il travaillait pour le roi, il n'a » presque jamais gravé que sur ses propres dessins; » il les imaginait sans peine, sans pourtant se laisser » entraîner à une trop gi*ande impétuosité de génie.
» Il était sage et réglé dans ses compositions, et, » quoique le petit, qui était le genre qu'il avait em- » brassé, l'engageât souvent à introduire dans un » même sujet une multitude innombrable de figures, » il n'en était ni moins exact, ni moins con*ect; il » faisait des études séparées pour chaque figure ; il » en variait les attitudes et les drapait avec beaucoup » de goût et de génie ; il ornait son sujet de fonds » agréables, tantôt de paysage, tantôt d'architecture, » où les règles de la perspective, qu'il possédait par- » faitement, étaient scrupuleusement observées ; enfin
T^ il prenait, pour le plus petit morceau, les mêmes D précautions que le peintre le plus jaloux de sa 1^ réputation aurait eues pour un grand tableau. Il ^ n'était pas moins curieux de l'exécution de la gra- » vure que du dessin ; il terminait ses planches avec » un soin infini, ce qui fait qu'elles plaisent si fort ]» dès la première vue. Sa pointe et son burin sont )» d'une netteté merveilleuse ; son génie, naturelle- 9 ment mécanique, lui avait aussi fait imaginer une 1» nouvelle façon de donner l'eau-forte à ses plan- » ches.
» Tant d'attentions lui devaient emporter beau- » coup de temps ; mais l'amour du travail, et son » extrême assiduité, suppléaient à tout, et l'on n'a )» presque point vu de graveur produire un aussi ]> grand nombre d'ouvrages de différents genres. )» Rien ne pouvait arracher celui-ci de son cabinet ; » la compagnie des personnes savantes^ qui se fai- » saient un plaisir de le venir visiter, ne lui faisait » pas même abandonner son ouvrage, et c'était dans » ces conversations savantes qu'il faisait consister 1^ son unique plaisir. Toute sa vie a été une suite )» uniforme des mômes exercices qu'il a continués » dans un âge fort avancé. Il ne laissait pas de s'oc- » cuper encore, quoique savue fût considérablement » diminuée.
i> Peu de graveurs ont eu l'avantage de jouir, pen- }» dant leur vie, d'une aussi grande réputation, et de » voir rechercher leurs ouvrages avec autant d*em- D pressement, même par les nations étrangères.
» Il savait une infinité de sciences qu'il avait ap-