CHAPITRE VI
» prises de lui-même. Il s'était fait une si grande ha-. » bitude du .travail, que le chagrin qu'il prit, lorsque » la faiblesse de sa vue lui ôta les moyens de pou- ]» voir le continuer, est une des principales causes ]> de sa mort. Pouvu qu'il fût* dans son cabinet, qui » était d'une propreté singulière et qui était orné de ]» quantités de machines, de mécaniques, et d'autres
]> curiosités de mathématiques^ il était content. D'une » douceur dans les manières qui charmait, n'ayant n jamais eu d'autres liaisons qu'avec les gens de » mérite, rangé à son devoir, plus qu'aucun autre ; ]> n'ayant jamais connu d'autres divertissement que 9 ceux qu'il goûtait dans son cabinet ; d'un travail » si continuel que M"™* Le C4lerc m'a dit que, lors- » qu'il se levait, ce qui ordinairement était de cinq à » six heures, il se mettait au travail jusqu'à midi ; » et après le diner, depuis deux heures jusqu'à six; » et qu'alors, après avoir posé le modèle dans la salle » des Gobelins, il revenait sur les sept heures sou- » per, ce qu'il n'avait pas plutôt fait qu'il allait écrire » dans son cabinet jusqu'à onze heures ou minuit. » M°>« Le Clerc m'a ajouté que cela n'était pas » arrivé pour une fois, mais que tous les jours » étaient de même, et que, depuis qu'elle était avec » lui, elle n'a presque pas vu de jour où il se fût » dérangé de cette règle de conduite qu'il s'était » prescrite. »
Ces détails, qui font connaître tout l'homme, sont pleins d'intérêt. Il y a peu d'artistes sur lesquels les contemporains aient fourni des renseignements aussi précis et aussi exacts. Dans un autre passage
de son AbecedariOy Mariette, parlant de la mort de Le Clerc, ajoute ce qui suit : e II a été regretté de )> tous les honnêtes gens, et lorsque je dis sa mort p à M. l'Électeur de Cologne, il me répondit qu'il en i> était bien mortifié, et que la première messe qu'il ]» dirait, il la dirait pour le repos de son âme ; que » c'était un des plus grands hommes qu'il ait connus )» en France, et qu'il avait eu un plaisir singulier à I» l'entretenir et à voir toutes les différentes curiosités » de son cabinet. i>
 ce jugement du meilleur critique en fait d'art, on peut joindre deux autres : celui d'un contemporain de Le Clerc, et celui d'un académicien dont les jugements font autorité. — Florent Le Comte, a parlé de notre artiste dans le troisième volume du Cabinet des singularités^ imprimé en 1700, quatorze ans avant la mort de Le Clerc. On y lit à la page 235, de la seconde partie : a Toutes les pièces de ce graveur (Le Clerc), dont je n'entreprends point de faire l'éloge présentement, sont recherchées par sa manière aussi savante dans ses compositions d'histoire, que libre et vague dans ses paysages, ce qui est présentement du goût de ceux qui dessinent et de ceux à qui Callot à su plaire. — Dans un autre passage du
même volume (2« part., p. 19) Florent Le Comte
rappelle qu'un graveur en bois, Vincent Le Sueuri a copié plusieurs gravures et dessins de Le Clerc. Il fait de ces copies, que nous avons vues, un éloge auquel nous ne pouvons nous associer ; lorsqu'il dit que Le Sueur a été pour Le Clerc ce qu'Edouard Ecman a été pour Callot. Nous reconnaissons que