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naient ils auraient fait monter sur la scène des hommes
semblables à ceux qu'ils voyaient agir*. » Tout au contraire et sans songer à la diversité des temps^ des lieux, des mœurs, ils nous ont donné en spectacle des histoires qui ne nous conviennent pas et sont allés consulter Aristote sur la composition d'une pièce française. Par suite, il n'y a rien dans leurs ouvrages qui soit approprié à l'intelligence, à l'instruction, au profit de leur auditoire. « Ils n'ont jamais soupçonné que le théâtre dût être la véritable école de la
vie et un amusement utile pour toutes les conditions
Pour sentir combien leur art est faible et borné, rapprochez-le en idée de la multitude des caractères, de l'énergie des passions et de la foule des individus qui restent à peindre'. » Les premiers coupables ont été les poètes du xvi° siècle et leurs continuateurs, les Jodelle et les Garnier, les Mairet et les Rotrou. Par leur faute, notre théâtre n'a jamais appartenu à notre sol; c'est un bel arbre de la Grèce transplanté et dégénéré dans nos climats ^ Ils ont fait acte de maladroits et serviles imitateurs, empruntant aux Grecs jusqu'aux chœurs de leurs tragédies, si bien que leur malencontreuse imitation était propre à faire regretter nos mystères du Moyen Age, « bien plus intéressants pour la nation. » Et par malheur, « nos grands maîtres ont suivi le même plan... on aperçoit chez eux la même coupe, le même ton de dialogue, la même marche, les mêmes dénouements et, à leur exemple, beaucoup plus de parole que d'action. Ils ont été copistes comme leurs prédécesseurs. Ils ont su écrire, peindre^ intéresser, mais ils n'ont point déployé une verve originale, ils ont composé avec leurs bibliothèques,
et non dans le livre ouvert du monde, goût bizarre et
bien étrange de dénaturer un ancien théâtre, au lieu d'en construire un neuf relatif à la nation devant laquelle on "parle*. »
De cette origine étrangère procède la funeste distinction des genres qui a achevé de ruiner l'utilité morale de notre art dramatique, en lui créant, sur la foi des Anciens, des obligations arbitraires, au rebours de sa seule obligation