‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 112 sur 521 · Nouvel Examen de la tragédie française, p · texte numérisé non relu

Nouvel Examen de la tragédie française, p

amoureuse et fîère^ le jeune prince malheureux et cl)cri ne font que changer do place comme à une table de jeu; ils étaient à gauche, le poète, par un coup étonnant de génie, les met à droite; ils avaient un casque, il leur donne un turban; ils respiraient à Rome, il les transporte en Perse; et, à l'aide des lampions et du soufdeur, cette sérieuse caricature passe comme si elle n'était pas étrangement risible*.» Un de ces personnages de tragédie était plus que les autres en possession de faire rire Crébiilon fils, celui-là même qui n'avait jamais lu les œuvres de son père et se gaussait si joyeusement avec Mercier de la Melpomène française. « Le rôle du capitaine des gardes, tantôt traître, tantôt fidèle, selon la fantaisie du poète, le faisait surtout pâmer de joie. 11 s'informait exactement de celui qui le jouait. C'était son acteur favori pour le plaisir facétieux qu'il lui causait. Aujourd'hui janissaire, le lendemain déposant Tarquin le Superbe, cheville ouvrière de tous les dénouements, il avait renversé plus de trônes au bout de l'année qu'il n'avait de gardes à sa suite; il tuait les tyrans trois fois la semaine avec une précision admirable. Crébiilon aimait tout en lui, sa démarche, son attitude, sa (ierté obéissante ; 'tantôt royaliste, tantôt républicain, il suivait tous les ordres avec une indifférence philosophique qui n'ôtait rien au tranchant de son sabre \ »

Même uniformité dans les péripéties que dans les personnages. ;< Une révolution subite, un peuple qui s'émeut en un clin d'œil, une armée qui sort de dessous terre sont les seuls poids qui emportent la balance des événements. Elle flotte incertaine jusqu'au cinquième acte qui avertit que le dénouement approche. Alors le poète fait briller le poignard ou la coupe empoisonnée ^ »

Le langage est tout à l'avenant. « J'entends incessamment une muse compassée, jusque dans le désordre effréné des passions ; la cadence, l'hémistiche et la rime ne lâchent

point prise Au lieu de ces mots simples, entrecoupés,

qui peignent les transports tumultueux,, je reçois une tirade à périodes qui me fait dire : « Oh I comme cela est bien

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