‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 114 sur 521 · Nouvel Examen, lOS · texte numérisé non relu

Nouvel Examen, lOS

3. Voir Mézières, Introduction à la Dramaturgie de Hambourg (trad»" Suckau , Paris, Didier, 1869, p. xxiii.

4. V. G. Bapst, Essai sur l'histoire du Théâtre, Paris, Hachette, 1893.

sans des raisons fort réfléchies sur lesquelles Corneille s'est amplement expliqué, et, après tout, ce resserrement a valu à nos grands tragiques bien des beautés propres à racheter ce qu'il a eu de conséquences excessives. Reconnaissons-le toutefois, Mercier ne se pique en cette affaire ni de critique historique, ni d'érudition explicative. Responsables d'absurdités manifestes, ces deux fameuses unités sont devenues par surcroît des règles quasi-sacramentelles, les objets d'une aveugle superstition, et on n'en compte plus les méfaits. Voilà, ou jamais, le cas de s'insurger.

A toutes ces causes qui ont brouillé la tragédie française avec le naturel et la vérité, ajoutez la nécessité d'écrire en vers. En prenant à partie les unités de lieu et de temps, Mercier s'était déjà rencontré avec Lamotte*. Comme lui encore, il pense qu'on n'attache au vers que le mérite de la difficulté vaincue. Le poète perd beaucoup de temps qui pourrait être employé plus utilement. La manière dont Lamotte s'était, avant lui, exprimé à ce sujet, mérite d'être rappelée ici; et, comme on le verra, pensant tous deux de même, ils sont fort suspects de n'avoir pas été désintéressés dans leur éloignement pour la forme rimée qui leur a inspiré bien des préventions de Béotien. Voici ce qu'en pense Lamotte : « Je demande pardon à mes confrères si j'expose ici la manière humiliante dont nous travaillons la plupart. Nous pensons vaguement à la matière que nous voulons traiter; nous y tendons notre esprit pour appeler les idées. S'il s'offre quelque chose de raisonnable, nous tâchons de découvrir aux environs de notre pensée quelques rimes qui nous fassent entrevoir un sens aise à lier avec ce que nous avons déjà dans l'esprit. S'il ne s'en présente que d'éloignées, nous les rejetons bien vite en désespérant de les assujettir à nos vues. S'il s'en présente une plus heureuse, elle devient une espèce de bout rimé qu'il faut remplir. Nous marchons ainsi de tâtonnement en tâtonnement pour trouver notre compte; et l'on peut dire que le hasard des rimes détermine une grande partie du sens que nous employons'. » Vraiment, à cet aveu ingénu de ses disgrâces poétiques, ne semble-t-il pas que les poètes dignes de ce

1. Voir discours sur les Macchabées. Lamotte, Œuvres complètes, 1754, t. IV.

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