‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 116 sur 521 · Du Théâtre, Ép. dédie, ix, x · texte numérisé non relu

Du Théâtre, Ép. dédie, ix, x

3. Du Théâtre, p. 28. « J'entends fort bien Corneille, mais, il faut l'avouer, il est devenu pour nous un auteur presque étranger. Nous aimons le poli, et la massue d'Hercule est noueuse. Corneille enfin devait naître en Angleterre. » Préface de Jenneval.

de la vraie tragédie, celle qui doit rtrc, ciiez une nation libre, comme une tribune, aux harangues, laite pour éclairer les citoyens sur leurs véritables intérêts, exciter en eux l'enthousiasme des vertus nationales, imprimer à l'opinion des commotions profondes. Mais, dans une société comme la nôtre, la tragédie, on ne le conçoit que trop, ne pouvait fournir sa carrière naturelle : il en a été d'elle comme de l'art oratoire que le pouvoir absolu a réduit à l'inanition.

Il est si difficile néanmoins de mentir complètement à sa destinée que, sous les travestissements mêmes et les entraves qu'on lui inflige, notre tragédie garde un esprit républicain et parfois régicide qui forme le plus étrange contraste avec les maximes politiques dont nous sommes nourris : il y est constamment question de tyrans à poignarder ou à détrôner, et l'Antiquité garde un tel prestige que les censeurs n'y trouvent rien à redire'. Bien mieux encore, il faut l'avouer, tout infidèle que soit cette tribune aux harangues à l'esprit véritable de son institution, l'instinct du spectateur l'emporte, il interprète à son gré même ce qu'on ne lui dit pas et fait son profit des passages les plus inofïensifs. « C'est ainsi que le public se venge en certaines occasions; il n'écoute plus les vers que pour saisir ceux dont il peut détourner le sens et le rendre applicable à ses anathèmes. » 11 entre en rumeur à propos de « tel hémistiche de Corneille qui, depuis cent quarante ans, portait une physionomie innocente. Telle pauvre pièce est applaudie pour quatre vers commentés avec des applaudissements d'un quart d'heure. Le poète alors se croit un grand homme. On ne songe point à lui, on traduit ses vers plats en sentiments énergiques. Cela est poussé si loin qu'à certaines époques il faut cesser toute tragédie, parce que le public, ne cherchant que des allusions, en trouve d'inaperçues, et, dans tous les coins de l'ouvrage, il fait dire bon gré mal gré à la plus vieille tragédie et dont les héros sont en Mauritanie l'histoire du temps présent'. »

Mais c'est une trop faible compensation à l'ennui et à la fausseté du genre. Pour quelques hardiesses qui s'y glissent ou qu'on y suppose à plaisir^ quelle place démesurée y tient l'amour ou ce qu'on appelle de ce nom, un sentiment

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