‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 118 sur 521 · B. de N., I · texte numérisé non relu

B. de N., I

2. Oa trouve dans Rousseau un passage fort curieux sur le même sujet : « 11 y a beaucoup de discours, peu d'action sur la scène française : peut-être est-ce qu'en effet le Français parle encore plus qu'il n'agit, ou, du moins, qu'il donne un bien plus grand prix à ce qu'on dit qu'à

ce qu'on fait Racine et Corneille, avec tout leur génie, ne sont

eux-mêmes que des parleurs... Communément tout se passe en beaux dialogues bien agencés, bien ronflants, oîi l'on voit d'abord que le premier soin de chaque interlocuteur est toujours celui de briller. Presque tout s'énonce en maximes générales. Quelque agités qu'ils puissent être, ils songent toujours plus au public qu'à eux-mêmes :

une sentence leur coûte moins qu'un sentiment Tout cela vient de

ce que le Français ne cherche point sur la scène le naturel et l'illusion et n'y veut que de l'esprit et des pensées; il fait cas de l'agrément et non de l'imitation et ne se soucie pas d'être séduit pourvu qu'on l'amuse... Sur la scène comme dans le monde on a beau écouter ce qui se dit, on n'apprend rien de ce qui se fait : et qu'a-t-on besoin de l'apprendre. Sitùt qu'un homme a parlé, s'informe-t-on de sa conduite?... L'honnête homme d'ici n'est point celui qui fait de bonnes actions, mais celui qui dit de belles choses. » N. H., 2' partie, 1. XVII. Au nom de Corneille, et de Racine surtout, mille protestations seraient prêtes à jaillir presque contre tous les termes de ce jugement. Mais quel fidèle tableau de la tragédie comme le xviii<* siècle l'avait faite!

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