‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 121 sur 521 · T. de /'. ni · texte numérisé non relu

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il GÙt, par quelque mérite propre, le secret de plaire? Ou, en d'autres termes, si la comédie toile que l'avait constituée Molière et qu'elle répondait au goût de son temps, la comédie qui tirait de l'iiumanité moins un décalque rigoureux qu'un libre extrait, avait, par ce moyen, jeté un si illustre éclat et fait une si prodigieuse fortune, n'est-ce pas parce qu'elle était susceptible de beautés singulières, quoique différentes de celles que concevait Mercier? La comédie classique partageait le destin de la tragédie : épuisée par plusieurs générations d'imitateurs, c'était fort bien fait de la supplanter au profit d'un art nouveau; il était peu équitable, en revanche, et peu sensé de méconnaître le juste sujet qu'elle avait eu de plaire dans sa fleur et de le nier, simplement parce que soi-même on était d'un goût différent.

Mais Mercier ne raisonnait pas avec ses haines : sourd à la poésie tragique parce qu'elle n'était pas prêcheuse, il ne pouvait savoir gré au genre comique de faire rire, ni lui passer les moyens en faveur du but, lorsqu'avant tout c'est ce but même qui l'irritait. La comédie se propose de faire rire : le bel emploi! Cela veut dire qu'elle flatte l'orgueil de l'homme en livrant à sa malignité les ridicules de ses semblables. Quel profit moral en tirons-nous? Quel intérêt y a-t-il à fronder des fautes vénielles, de menus écarts? « Que dirait-on d'un médecin qui, au chevet du lit d'un malade dévoré d'une fièvre dangereuse, au lieu de lui prescrire des remèdes peut-être violents mais salutaires, s'amuserait à lui dicter une recette pour la fraîcheur de son teint? Tant qu'il restera un vice sur la terre, comment osera-t-on songer à purger les ridicules?' » D'ailleurs ce qu'on appelle le ridicule comprend souvent des infractions fort raisonnables aux mesquines tyrannies de la mode*. Bon pour les gens du monde, ces êtres faux et dégénérés, d'adorer une si misérable souveraine. L'homme vertueux qui la dédaigne est, pour cette raison, quelquefois couvert de ridicules que le vicieux sait éviter : on commettra donc cette impiété de le livrer aux risées du parterre? Mais l'auteur comique lui-

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