‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 122 sur 521 · Du Théâtre, p · texte numérisé non relu

Du Théâtre, p

2. Témoin celle qui condamne les femmes « à l'ignorance et à toutes les petitesses qui l'accompagnent ». Cette « opinion barbare », Molière, dans un de ses plus fameux ouvrages, a eu le tort pourtant de la (' renforcer ». B. de N., n, 279.

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même, s'il a le souci de son intérêt véritable, ne perdra pas son temps à de si grêles sottises : à les décrire il risque de rétrécir son génie, de rapetisser sa manière. Partant, s'il tient à faire rire, il s'expose à un danger bien plus grave, celui d'égayer aux dépens de ce qui doit exciter l'horreur, aux dépens du vice. Le rire alors deviendrait sacrilège'. Que serait-ce enfin si on l'excitait contre la vertu elle-même? Terrible responsabilité que Molière a trop encourue!

Mercier traite Molière avec beaucoup plus d'égards que Racine. « Tous nos auteurs de théâtre, il le déclare, ont composé avec leur bibliothèque au lieu d'ouvrir le livre du monde dont notre grand comique a seul déchiffré quelques pages'. » Il le tient donc pour leur maître à tous. « Vu du côté du génie, c'est certainement le premier des dramatisles, eu ce qu'il est original et naïf, et l'on compte au premier coup d'oeil les rares écrivains doués de ce talent suprême... Peintre fidèle et franc, il a caché l'art que les autres montrent trop. Il eût été à souhaiter qu'à son exemple on eût envisagé l'art dans une imitation fidèle et précise de la nature. Il la voyait^ il la sentait, il la poursuivait et, plein delà chaleur qu'elle inspire, il travaillait sur des caractères vivants et non sur des livres, de là la ressemblance frappante de ses personnages avec les hommmes que nous connaissons'. » Oui, en vérité, en dépit de ses griefs contre l'ancien théâtre, le génie de Molière l'emporte sur sa prévention. Malgré les types empruntés à Plante qu'il lui a reprochés, malgré ses « jeunes filles emprisonnées, ses vieillards qu'on vole et qu'on bâtonne impunément, » ses «valets en familiarité avec leur maître, » ses« soubrettes confidentes des mystères les plus cachés, » tout ce monde de fantaisie que le poète — Mercier aime à le croire — ne remettrait plus sur la scène, s'il revenait à la vie; malgré tout cela, le génie de Molière trouve grâce devant l'impitoyable critique; chez lui, derrière les masques de théâtre, il consent à reconnaître des hommes. Mais ce qu'il ne lui passe pas, c'est d'avoir alarmé les mœurs. « Molière a rendu la friponnerie agréable et réjouissante, et comme ses fripons sont des drôles pleins d'esprit, on est presque disposé à les ab-

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