Nouvel Examen
qui vaut bien les ris que vous me demandez. Il naît, celuilà, quand un trait est habilement saisi, quand l'auteur est naïf, vrai et qu'il répète l'accent de la nature'. )^ Ce sourire est signe de sympathie, de jouissance intime, souvent il est voisin de l'émotion. A la bonne heure, que le poète brigue ce genre d'approbation, mais qu'il abandonne « à la farce ces ris tumultueux qui appartiennent à la populace et qui devraient faire dire à un auteur sensé, comme à Périclès : « Mes amis, n'ai-je point lâché une sottise"? » Ceci est chez Mercier un trait de nature : il a l'ironie en horreur, elle heurte en lui un instinct irrésistible, la sympathie consciencieuse et attentive ^ Il ne peut se mettre en tête qu'on aille au théâtre avec le dessein prémédité de rire et il trouve arbitraire, absurde qu'on inflige au poète une si misérable exigence. Demandez au spectacle de vous présenter une image instructive de la vie réelle : si la pièce est bonne elle vous fera passer, comme la vie elle-même, par des sensations mixtes, tantôt l'émotion, tantôt la jore, et c'est à cela que vous reconnaîtrez qu'elle est bonne.
Dans cette puérile excitation à l'hilarité, il se trouve, d'ailleurs, que les comiques du xviii" siècle échouent généralement, et Mercier en donne des raisons bien fines. On rit moins qu'au temps de Louis XIV % parce qu'on a plus de connaissances, qu'on raisonne davantage ; on a lu, voyagé, observé des mœurs différentes, on s'est frotté aux autres nations, et les contrastes ont frappé moins, on n'a plus autant abondé dans son propre sens, on a compris qu'il y avait,