‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 126 sur 521 · Du Théâtre · texte numérisé non relu

Du Théâtre

2. Ibid., 68. Mercier ne proteste pas moins contre la coutume bruyante des applaudissements qui nuit à l'illusion. Le suffrage flatteur est celui de l'assistant pénétré de ce qu'il voit au point qu'il oublie d'applaudir. T. de P., m, 25.

3. C'est bien à la seule ironie qu'il en veut. Une gaieté où elle n'entrerait pour rien aurait licence, il y consent ailleurs, de s'épancher au delà du sourire. Écoutez plutôt Yllomme de fer : « Je fis rétablir dans une place publique la statue que Lycurgue avait dressée au Rire. Quoi de plus iuuoccûtque le rire ingénu de l'homme de bien? » (A la suite de VAn 2440, éd°° de 1786, m, 271).

4. « Ces particuliers qui veulent rire vous demandent d'un air triste et d'un ton sépulcral des comédies comme celles de Molière, mais Molière lui-même reviendrait qu'il ne les ferait pas rire. On le joue, ce Molière, tous les vendredis, secondé des meilleurs acteurs, et personne n'y va. » Du Th., 67.

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en dehors des coutumes du terroir natal, l)ien des manières diverses de voir, de sentir, de juger, que les bizarreries apparentes avaient leur raison d'être, et on n'en a plus ri. « Hemarquoz que l'on rit cent fois plus dans un collège, dans une communauté, dans un couvent, dans une maisou asservie à des règles fixes. Et pourquoi? Parce que dès qu'on s'écarte un tant soit peu de l'uniformité, l'infraction marque et le ridicule naît. Dans une petite ville, il y a lieu à des rapports plus fréquents, plus vifs et plus plaisants que dans une grande; les nuances frappent là bien autrement, parce que tout est circonscrit, uniforme, et que l'on veille les uns sur les autres. Il est un ton général dans les opinions, dans les usages, dans les vêtements même, qu'on ne saurait enfreindre. Mais à Paris, l'homme est trop noyé dans la foule pour avoir une physionomie qui tranche; le ridicule devient imperceptible. Chacun vivant à son gré et les mœurs étant prodigieusement mêlées, il n'y a point d'état et de caractère qui ne porte son excuse avec soi*. »

Dès lors, réduits toujours par le préjugé de leur état à n'explorer que la superficie de nos mœurs, en quête de ridicules à peindre, et celle-ci n'en manifestant plus guère, les poètes comiques ont du se contenter du peu qu'ils trouvaient^ ils ont imité le ton des conversations, le jargon des petits-maîtres, leur inconséquence, leur folle vivacité, leurs bouderies de commande, le persiflage à la mode, le babil des coquettes; de là « cette stérilité qui gagne le bel esprit, comme la perte d'appétit gagne nos jolies femmes »■. On a réussi à produire des dialogues ingénieux et spirituels, mais maniérés et grimaçants, dénués d'intérêts et au surplus d'un exemple dangereux. Car les manies des gens à la mode sont contagieuses. En les jouant sur la scène, croit-on que le parterre s'en moquera? Erreur : on sert leur vanité et on les propose en exemple. En réalité, c'est Tordre de la bourgeoisie qu'on avilit au théâtre. « Pourquoi le marquis, le comte y sont-ils toujours légers, sémillants, et le bourgeois toujours plat et bête? Dans telle pièce l'officier donne des croquignoles au marchand et le parterre composé de boutiquiers n'en rit pas moins de toutes ses forces' Eh! que

1. Nouvel Examen, 146, reproduit dans le T. de P., iv, 173, 174,

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