Du Théâtre
2. « Quel moyen, avait de même écrit Diderot, si le gouvernement en sait user et qu'il soit question de préparer le changement d'une loi ou l'abrogatiou d'un usage ! » De la Poésie dramatique, loc. cit., 369.
SA VIE, SON ŒllVIlE, SON TEMPS 207
l-on après cette simple esquisse? Et osera-t-on encore prétendre qu'il est trop facile, trop à la portée du premier venu? Car c'est là un argument favori des adversaires du genre : pour eux toute difficulté réside dans les règles, et ceux qui en secouent le joug sont suspects de vouloir alléger leur tâche. On invoque à l'appui de cette opinion la médiocrité des premières tentatives- Mais reconnaissons donc que le genre est encore au berceau. Il serait injuste de le juger sur les seuls essais auxquels il a donné lieu : ne s'esl-il point trouvé pour les premières pièces de Molière des détracteurs qui les qualifiaient de bizarres, tout comme on fait pour les productions des modernes novateurs? Dabord il existe déjà des drames plus qu'honorables; mais quand il n'y en aurait pas un seul, où prendrait-on le droit de limiter l'art? « Quand on aurait fait deux cents mauvais drames, cela ne prouverait rien, sinon que ce genre est plus difficile qu'un autre'. » Et pour montrer, en effet, quelles connaissances il suppose, Mercier trace aussitôt un programme effrayant des études préparatoires qui seront nécessaires au poète.
En premier lieu, il va de soi qu'on fermera ses livres et qu'on fréquentera les hommes pour les pénétrer et les comprendre, ce qui est moins aisé qu'il ne semble. « Plus les choses sont à portée de nous, moins nous y faisons d'attention ; elles nous deviendraient plus familières si nous arrêtions les yeux sur ce qui nous environne Ilien de plus
rare qu'un observateur attentif qui replie sa vue sur ses proches et sur ses voisins. On a vu des hommes vivre ensemble plusieurs années sans se connaître et ne point faire attention à des traits caractéristiques qui frappe tout œil étranger. On ne consulte que l'ôcorce et l'intérieur échappe. On examine moins à mesure qu'on croit avoir moins besoin d'observer et quelquefois le premier coup d'œil jeté sur un homme l'a mieux pénétré qu'un an d'expérience". » Voyez, au contraire, un Molière, un Richardson observant et notant les paroles, les traits de nature, les gestes qui décèlent l'homme dans le temps qu'il cesse de se contraindre. Une seule famille que Richardson « observa