Ibid
dans les nuances les plus détaillées des caractères qui la composaient, suffit à lui révéler le secret de toutes les autres ». Ce qui « sert le plus à découvrir le caractère de l'homme, ce sont les petites actions imperceptibles que l'écrivain médiocre n'aperçoit pas et que le génie ramasse scrupuleusement. Un auteur qui n'a qu'un esprit fin Va souvent faux; il imagine au lieu de voir, il suppose au lieu de remarquer et il se trompe' ».
Excellemment aperçu, en vérité, et chez Mercier, ce n'est pas seulement une vue judicieuse de critique, c'est l'instinct, le llair qui parle : le futur auteur du Tableau de Paris dit plus loin quelle joie lui procurent ces observations multipliées dont la grande ville lui fournit une ample provision. Si par malheur l'auteur dramatique, comme nous le verrons, a mal profité de ces leçons, il faut avouer néanmoins que le théoricien parle d'or.
Habile à sonder les autres hommes, que le poète le soit au moins autant à s'interroger lui-même, qu'il démêle en son âme le double moi que Pascal a si bien discerné, ce double moi qui a deux langages opposés, celui de l'instinct et celui de la volonté. L'oreille exercée au soliloque intérieur, il saura com.poser des dialogues. « L'homme, quand il le veut, est un animal qui se connaît bien*. » Mais ce n'est pas tout encore. « Après que l'écrivain aura descendu en lui-même..., lorsqu'il aura établi un juste rapport entre le monde et lui..., qu'il voyage, c'est-à-dire qu'il apprenne à perdre les préjugés qui lui étaient les plus chers, ceux de son pays, ceux de ses livres, qu'il apprenne à estimer ce qui est loin de lui, qu'il contemple les gouvernements, les mœurs, les folies raisonnées de chaque peuple ^.. » Oh! de quoi s'agit-il donc ici? D'aiguiser la pénétration et d'éclaircir l'entendement du poète dramatique. Mais en vérité c'est la méthode même de Descartes pour la destruction des idées fausses et l'assainissement de l'esprit, méthode un peu ambitieuse, on en conviendra, puisque l'écrivain de théâtre, dans l'intérêt de son art, est invité à se munir du même sévère viatique que le philosophe partant pour chercher les sources de la vérité; mais méthode rigoureusement congruente au dessein