Ibid
SA VIE, SON OEIIVUE, son TKMPS 209
do Mercier (jui ne saurait recommander une trop forlo éducation ù l'instituteur des âmes et des mœurs.
Pour ces deux raisons, l'intérêt de multiplier, d'approfondir ses observations, d'une part, et, de l'autre, la i^ravitéde l'olfice social dont il va être revêtu, le candidat poète fera bien d'éviter les salons, où se perdent l'indépendance, le courage des opinions et la sincérité. On subit l'ascendant de maximes et d'idées futiles, on devient complaisant malgré soi, on finit par « grimacer » à l'unisson. Surtout, le ton des salons est réglé par l'esprit, non par le sentiment. L'abus du raisonnement et de la discussion refroidit la plus belle ardeur, on compose avec les bienséances, l'audace et la franchise du génie fléchissent. Par ménagement, par politesse, on se modèle sur les assistants, on s'attiédit à leur contact, le feu sacré s'éteint. Vous avez reconnu ici les mêmes appréhensions, les mômes répugnances exprimées déjà dans l'An 2440 . Or, cela est une déchéance pour l'art du poète qui ne saurait se pratiquer comme un métier. Il ne se passe point d'inspiration et veut dominer son homme. C'est un meurtre de mettre l'imagination à l'étroit, de la contraindre à reployer ses ailes.
Notre futur auteur dramatique est rompu à l'étude de son ministère et il s'est tenu, à vrai dire, en état de grâce pour l'exercer. Qu'il songe à ceux pour qui il doit surtout écrire, qu'il gagne les cœurs de la classe la plus malheureuse et la plus affamée d'encouragement! Les gens de goût se récrient. Briguer la faveur de cette masse inconstante, extrême dans l'éloge autant que dans la satire! C'est aux gens de lettres seuls qu'il appartient de prononcer des jugements bien fondés en critique. On sait ce que Mercier pense de cette prétention. Platon dit que tout homme répond bien quand il est bien interrogé. Le peuple recèle des semences qui n'attendent que le souffle du génie pour être fécondées. Il est peu instruit, mais il sent juste et fort. Les exemples abondent. « Que de fois le parterre a eu plus d'esprit que l'auteur* ! » Sur maint ouvrage, avant qu'on l'ait représenté, combien le sentiment des comédiens est sujet à broncher! « Chaque spectateur juge en homme public et non en simple particulier; il oublie et ses intérêts et ses préju-