‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 138 sur 521 · ôu · texte numérisé non relu

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parterre ne s'y tromperait pas, et ce n'est pas sans quelque injure qu'on épargne à son désintéressement cette épreuve. Soit, mais si, de préférence, on le renvoie sur des images plus consolantes, faut-il reprocher aux écrivains de lui en avoir imposé le goût? et tout leur tort — si tort il y a — ne viendrait-il pas plutôt d'avoir voulu lui complaire?

Le mépris coupable et inintelligent que l'on fait du peuple a pour résultat de l'écarter d'un théâtre qu'on lui rend étranger. On le pousse aux parades éhontées qui se donnent sur les tréteaux des boulevards, ses mœurs s'y corrompent, et on en tire un nouveau prétexte pour le calomnier. Mais une si funeste erreur ne saurait effleurer l'auteur dramatique qui écrira pour l'instruire.

La préparation et la pratique de son art telles que Mercier les lui a tracées supposent une foi implicite. « Il doit surtout avoir une idée haute de la nature humaine, en reconnaître l'excellence et la respecter dans le fond de son âme. Il doit croire que l'homme est né bon. S'il pensait le contraire, de quel droit s'imaginerait-il pouvoir le toucher, le convaincre, le porter au bien ? S'il croyait ne parler qu'à des cœurs endurcis, il devrait briser sa plume et juger son art infructueux ^ » Et c'est en effet l'assise même du système de Mercier. Pourquoi prétend-il réformer de fond en comble tout notre théâtre? Pourquoi le veut- il exact, utile et populaire? Et afin de le rendre tel, pourquoi soumet-il le poète à une si laborieuse initiation? C'est que l'efficacité du moyen se mesure à la certitude du but : à l'une et à l'autre il croit de tout son être, et sa vie entière, l'énergie de sa conscience, son énorme labeur d'écrivain seront employés à confesser cette foi. Au poêle qui abordera cette chaire du théâtre, devenue sacrée, il impose en ces termes les principes fondamentaux de son catéchisme : « Qu'il sache que tous les publicisles ont dit une sottise quand ils ont avancé que l'homme social était autre que l'homme de la nature*... ; que les lois de la société ne doivent pas contredire les lois de la nature, qu'elles en sont la perfection;... que le droit naturel est le droit de l'homme à son

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