‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 141 sur 521 · N. E.de lu Ir. fr.,m · texte numérisé non relu

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ses progrès avec la fausse idée qu'il est monté à un degré de perfection dont il n'est que trop ôloigné^ » D'un mot, d'ailleurs, il met sa critique h l'aise : « Ce n'est point sur la valeur plus ou moins grande du génie que je juge et que j'apprécie les auteurs dramatiques; c'est... sur la morale qui résulte de leurs pièces* ».

C'est donc sans précaution ni remords qu'il prend à partie un Molière, un Racine surtout et un Boileau dont la gloire sert d'argument contre son entreprise, contre la morale dans l'art. Forme et fond, il censure chez les maîtres de l'ancien théâtre français leur soumission aux statuts qui rendaient la scène impropre à son office véritable, et l'esprit même de leurs œuvres, indifférent ou contraire à cet office. Si les griefs que nous lui avons vus contre Molière se tempèrent d'une admiration qu'il ne déguise jamais, en revanche l'antipathie de nature la plus accusée fera de sa critique de Racine un chef-d'œuvre d'injustice. En somme, il lui reproche d'être trop parfait et trop poli : « Je n'aperçois presque jamais en lui les mouvements impétueux de la passion, son délire, ses fureurs; rarement il s'oublie, rarement il a cet abandon, l'éloquence des âmes fortes... » Mercier n'en aime ni la « douleur discrète », ni les « emportements réfléchis », ni les « gémissements cadencés », ni la « bienséance héroïque. » En contrevenant, comme les autres, à l'objet moral du théâtre, Racine lui paraît avoir eu toutes les dispositions naturelles à le rendre frivole et profane. « Mithridate dégrade son beau caractère... dans une intrigue amoureuse... Bérénice et le roi de Comagène font un peu sourire... » Clytemnestre manque de majesté, « elle n'est au fond qu'une très auguste bourgeoise. » Quant à l'inspiration de Phèdre, on n'en conçoit pas de plus odieuse. Racine « a diminué l'horreur naturelle que nous devons avoir du crime. Il intéresse pour Phèdre, peut-être même qu'on l'excuse. » Entraîné par sa prévention, Mercier ne se refuse aucun mot piquant. « Un homme, dit-il, qui mettait tant d'esprit à déguiser ses heureux larcins a rarement volé de ses propres ailes... Il n'a rien au dessus de Pradon que d'écrire mieux que lui Si l'art n'a point fait un pas

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