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depuis lui, c'est à l'imbécile adoration qu'on a pour cet élégant écrivain qu'il faut s'en prendre aujourd'hui. » Bref on a beau le « représenter en France comme le modèle le plus parfait qui existe; je suis de l'avis des étrangers qui le trouvent généralement un peu faible, malgré son goût exquis et ses vers achevés'. » II ne craint pas d'écrire : « Nous pouvons assurer avec une espèce de certitude que dans deux cents ans, il ne restera à Racine que de beaux vers* », et dans sa franchise, il nous avoue qu'il lui préfère Voltaire, ce dont nous nous douterions bien un peu, car la morale philosophique a glissé dans les tragédies de celui-ci plus d'un aphorisme qui rachète ce que le genre a de détestable. Est-il besoin de défendre Racine, d'entreprendre la moindre réfutation de jugements semblables? A quoi bon? Après avoir lu ce chapitre de Mercier, qu'on ouvre le Dictionnaire philosophique de Voltaire, à l'article : Art dramatique. On y verra, évoquée en sa gloire, cette exposition d'/phigénie en Aulide où le philosophe ravi sent une des plus parfaites beautés qu'ait produites la pensée créatrice. Chacun de nous, dans le secret de son imagination, peut ranimer par le souvenir cet enchantement de poésie. Il n'y a rien à objecter à qui ne le sent pas. Et pour Mercier, il n'est intéressant que de montrer comment et pourquoi, dans son zèle de réforme, moins qu'un autre il pouvait comprendre et épargner Racine. Us ne sont pas de la même religion. Est-ce, quand on lutte pour sa foi, qu'on peut rendre une pleine justice au cœur ou au sens de ceux dont on combat l'erreur? Entre Pascal et les Jésuites qui s'étonnera que la mutuelle appréciation manque d'impartialité? Même dans les temps, dans les circonstances, dans les ordres d'idées où règne la tolérance de fait, pour peu que l'on garde de ferveur dans ses propres convictions, pratiquera-t-on bien la tolérance de cœur, le discernement sympathique à l'égard des adversaires? Il est donc superflu de disculper Racine et d'excuser Mercier. Four celui-ci, méconnaître celui-là était, non moins qu'une fatalité de nature, une nécessité déposition. Mais cette inintelligence, en soi inofîensive, on doit vraiment la passer à Mercier, puisqu'elle est un effet inévitable
\. Du Théâtre, 284-288 passim. N. E. de La Ir. fr., 122. 2. N. E. de /air. fr., I2i.
SA VIK, SON (*;UVRi:, SON TEMPS 217
de sa passion pour l'affranchissemenl de l'art. Sur cet art une fois afi'ranchi, quelles que doivent être ses vues propres — et elles sont hautement dignes déconsidération — , toujours restet-il qu'il fait œuvre courageuse, œuvre droite,, quand il réclame l'indépendance du cerveau qui enfante. Au reste, les témérités oîi l'entraîne la polémique, il en a conscience, et ceux qu'elles efîaroucheraient sont dûment avertis : il s'agit, nous avoue-t-il, de détruire des préjugés très funestes ; on doit pardonner à cette préoccupation quelques blasphèmes contre des ouvrages chers à la nation. Comme le disait un évoque, ce qu'il faut redouter le plus, ce ne sont pas les sacrilèges, mais la tiédeur et l'indifférence'.
Envers Boileau, on le conçoit, moins de scrupules encore l'arrêtent. Egalement éloignés de révérer dans le « législateur du Parnasse » un docteur de la vraie foi et de nous débattre en désespérés contre un joug qui n'existe plus, nous pouvons le louer comme il sied, nous piquer à son endroit d'une critique vraiment libérale. Sous le régime qu'elle lui a dû. la littérature française fournit assez de titres à notre admiration pour qu'il en rejaillisse légitimement quelque chose sur ce rigoureux ordonnateur. Mais encore, avant de goûter à l'aise le style d'une prison et d'en honorer l'architecte, faut-il en être sorti. Dans sa généreuse révolte contre la tyrannie de l'autorité en littérature, où Mercier atteindra- 1- il le grand coupable sinon en la personne de celui qui a enserré de bornes tous les champs de culture de l'esprit humain, de celui dont les étroites prescriptions, encore aggravées par la foule des commentateurs, ont amassé sur sa mémoire une haine multipliée par celle qu'ont encourue ces derniers? Contre lui il s'en donne à cœnr joie; ce qu'il en abhorre, ce n'est pas seulement le despotisme qui étouffe, à un siècle de distance, les velléités de rébellion, c'est surtout le crédit, la fortune du genre de conception le plus opposé à celui de Mercier. Boileau n'a que laraison à la bouche; il trace des règles précises, positives, minutieuses; il parle un langage excellent, on n'agarde de le nier, mais quelle âme froide ! « La poésie n'y est ni sentie, ni appréciée; nul élan, nulle verve, nulle