‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 144 sur 521 · Ibid., 6S. .V. E. de ht Tr. fr · texte numérisé non relu

Ibid., 6S. .V. E. de ht Tr. fr

ment pesées dans la sérénité du cabinet. Pas plus que les invectives contre Racine et Boileau, il ne serait équitable de juger en toute rigueur, et selon la lettre, des protestations qui" paraissent tendre à l'anarchie intellectuelle. Par malheur — et cela est aussi vrai de la littérature que de la politique — l'anarchie et la liberté sont sujettes à confondre leur langage, surtout aux heures d'efïervescence. Quand Mercier s'écrie : « Pour faire des découvertes dans un art, il est plus avantageux de n'y entendre rien d'abord et d'y marcher seul que d'être conduit et dirigé par la marche et l'exemple des autres * », il a l'air de vouloir dire que chacun de nous n'a rien à apprendre; quand il proclame que « chacun est juge exact de la manière dont il est affecté », il semble nier que la compétence diffère de l'incompétence. De bonnes raisons, à vrai dire, les partisans de l'autorité n'en sont peut-être pas totalement dénués : elles se tirent, et de la communauté de sentiment entre les têtes pensantes, et des convenances intrinsèques des moyens aux fins dans les œuvres d'art. Mais justement ce que ces raisons auraient de fondé se trouvait compromis, faussé par l'abus. Pour apprécier la légitimité des révoltes de Mercier, qu'on se reporte par la pensée à l'état où la pratique forcée de la tragédie héréditaire avait mis le théâtre français en cette fin du xviir- siècle. Je ne sais si, comme il le prétend, « les méthodes, les règles, les poétiques ont gâté et gâtent tous les jours les esprits les plus inventifs' », et de toutes les questions c'est la plus impossible à décider que celle de savoir s'ils étaient, en efïet^, inventifs, ces esprits dont on met Tavortement au compte des poétiques. En revanche ce qu'il y a de certain, c'est que nombre de génies qui tout de bon le furent ont depuis trouvé leur gloire à en secouer le fardeau. Et Mercier, au fond, ne dit pas autre chose : à rencontre des critiques contemporains, il soutient que dans le domaine de l'invention les voies sont diverses, il veut qu'on y puisse choisir la sienne et il pressent si bien le succès de l'indépendance créatrice qu'à leur tour ceux qui auront réussi comme novateurs seront un jour, dit-il, opposés en obstacle aux esprits originaux et qu'il faudra rompre alors

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