‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 145 sur 521 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

avec leurs œuvres érigées en modèles. Ainsi donc, en travaillant pour l'art moral, il est juste de reconnaître combien — et le mérite n'en est pas mince — Mercier a travaillé pour l'art libre.

Expert à donner le précepte^ cet intrépide réformateur le sera-t-il autant à proposer l'exemple ? Que seront les fruits d'une conception si fort émancipée des formules d'antan, si hautement annonciatrice des libertés modernes? Ils exprimeront, sans doute, en quelque mesure, parfois avec assez de bonheur, ce qu'elle a de sagace, de lumineux et de prophétique, mais ils ne trahiront que trop presque toujours l'action constante et déréglée du vertueux esprit qui l'inspire et qui l'égaré. C'est ici, en vérité, qu'on a fort à faire pour mettre la théorie à couvert du dommage dont la pratique la menace. Pour apprécier, en effet, ce que vaut la vérité au théâtre dans le sens où Mercier l'entend, le meilleur commentaire explicatif, la plus claire illustration du texte, ce sont ses drames ; et ils sont compromettants. On y trouve à la fois l'épreuve et la critique de la doctrine. On y juge de l'importance respective que prennent le vrai et l'utile. De même que la foi morale de Mercier lui a donné ses vues si perçantes et fait porter des coups si justes, de même c'est elle à présent qui le conduit à se méprendre sur la nature et les exigences de l'art dramatique ; c'est elle qui introduit dans sa notion du vrai et de l'utile un vice essentiel, puisque ces ouvrages, qui se proclament vrais pour être utiles, à force de vouloir être utiles cessent trop souvent d'être vrais, et cessent même parfois d'être des pièces de théâtre.

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