‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 151 sur 521 · Jean llennuyer · texte numérisé non relu

Jean llennuyer

français comme le maître même du théâtre, l'initiateur de toule vérité dramatique*. Pour l'ordinaire, c'est à notre pays, non à l'étranger, à la condition moyenne, non à la dignité souveraine, que Mercier emprunte la matière de ses ouvrages. Rien de significatif à cet égard, comme le roi Lear devenu entre ses mains un vieux gentilhomme de France, M. de Lamanon cruellement puni par l'ingratitude de ses filles de l'avancement d'hoirie qu'il leur a consenti*.

Un texte de morale à nous démontrer, voilà pour l'utilité, des personnages et des intérêts de la vie réelle servant à la démonstration, voilà pour la vérité. Théorie et pratique sont bien d'accord. Voyons cependant comment cette utilité et cette vérité se trouveront de leur association.

Au moment où Mercier se livre au turbulent démon qui l'entraîne vers le théâtre, justement ses idées viennent de remporter un succès signalé. Saurin a fait applaudir (mai 1768) son Beverley imité du drame anglais de Moore, le Jouew ' ; et aucun exemple n'éclaire d'un jour plus vif l'opposition des deux théâtres, l'ancien et le nouveau. Il existait déjà un joueur dans notre répertoire : avec quelle souriante ironie, quelle verve légère Regnard en conte les mésaventures, on le sait assez, mais quel coureur de tripots son Valère corrigera-t-il jamais? Les cartes lui sont cruelles, il se désole, puis se console; son bonhomme de père lui fait de la morale, avec discrétion, sans appuyer, en père bien appris, et se laisse désarmer au premier mot; sa fiancée lui échappe, c'est vrai,mais à peine y prend-il garde, dans sahâte de retourner au lansquenet. Et voilà justement un exemple de ce méfait que Mercier ne pardonnait point : exciter le rire

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