Mercure, jauvier 1770, ii
2. \S Avant-Coureur, 15 janvier 1770, p. 44. Même jugement favorable dans le Journal Encyclopédique, 1770, i, 252 et suiy. Mercier a fort bien fait particulièrement d'adoucir les horreurs de la pièce anglaise. Grimm pense, au contraire, que Lillo avait eu le talent de les racheter, mais qu'il ne l'a pas communiqué à son imitateur. Corr. litt., vui, 394.
veu de ma llammedans les bras de l'auteur de mes jours' »? L'est-il que Rosalie, voulant laisser un libre cours à sa colère, s'exprime ainsi : « Donnons quelque essor à ce feu terrible qui fermente dans mon sein" »? Ou qu'elle se rende à elle-même justice en ces termes : « Sa vertu doit céder à mon ascendant. Il est faible, il a commencé par le vol, il finira par le meurtre' »? Il serait facile de multiplier ces citations*. Mercier dira d'excellentes choses sur la nécessité d'écouter beaucoup les autres pour apprendre à composer un dialogue^ mais, en fait, il n'écoute que lui-même. Crébillon fils, qui donna à Jenneval, en qualité de censeur, l'approbation légale, était bien placé pour remontrer à son jeune ami que les discours prêtés à Rosalie ne trahissaient guère chez lui l'expérience personnelle des jolies filles*. Tous les autres, au surplus, vieux et jeunes, hommes et femmes, parlent le même langage, coupé d'apostrophes et trempé d'exclamations larmoyantes; tous débordent d'épithètes sensibles, se prennent à témoin en parlant d'eux-mêmes à la troisième personne, et leur émotion, quand elle éclate, ce qui n'est jamais long, débute par tutoyer l'interlocuteur, quel qu'il soit et de quelque ton aussi qu'ils lui aient parlé jusque là. Sera-ce la peine, en outre, de s'en prendre si aigrement aux tirades tragiques comme contraires aux reparties courtes et promptes des entretiens réels, quand on prête à ses héros les harangues si copieusement emphatiques dont ils nous étourdissent? Mercier, je le répète, par la bouche de chacun d'eux,, a fait monologuer la voix de son propre cœur, de son cœur embrasé d'amour pour le bien, infatigable à exécrer le mal ; et du paroxysme permanent de ce