‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 158 sur 521 · Le Faux Ami, a. 11, se. IV · texte numérisé non relu

Le Faux Ami, a. 11, se. IV

2. Uû journal du temps loua Mercier d'uu mérite qu'il est bleu loin d'avoir eu : u L'auteur a bien suivi la marche de Thumeur dans les cœurs trop sensibles. » Esprit des Journaux, sept. 1772, p. 134.

3. Quelques mots suffiront sur cette pièce. Les deux premiers actes tirent du Faux Ami leur substance, singulièrement appauvrie eucore. Point de suborneur ici, deux époux qui se reconnaissent d'humeur incompatible et ne veulent plus de la vie commune. Sur quoi, leur bon oncle, le bienfaiteur par vocation, celui qui, en souvenir de Prévost, s'appelle le nouveau doyen de Killerine, tire l'enfant du collège, le jette dans les bras de ses parents et opère en une seconde le miracle de leur réconciliation. Après ce bel exploit, fort en peine d'un autre neveu, un prodigue qui en est à vendre ses portraits de famille, le bonhomme va, sous un déguisement, s'assurer si ce dissipateur conserve un reste de sensibilité. 0 joie! le portrait du vertueux oncle est excepté de la négociation. Comment tenir à ce trait et ne point serrer sur son cœur le coquin de neveu? Mercier devait à Sheridan cette merveilleuse invention.

était promis. Chose étrange, en vérité, qu'un écrivain dont le trait dominant était la curiosité l'ait si peu appliquée à l'étude du co'ur humain! C'est bien à tort que, le cherchant sans cesse, disait-il, sous l'habit royal ou sous le manteau de bure', il se vantait de le connaître. De fait il ne s'arrêtait même pas à en considérer les mouvements les plus naturels. Malgré la désignation individuelle qu'il donne à ses personnages, malgré ses recherches de vérité locale et circonstanciée, il ne les fait pas vivre. Loin de suivre en eux le libre cours des sentiments qui devraient s'engendrer, se succéder, se transformer, sous l'action des circonstances, il les roidit du commencement à la fin dans la fixité de la posture qu'il leur a une fois assignée pour le besoin de sa cause. Ce qu'il y a de pis, c'est qu'il ne sent pas combien l'incurie du psychologue en telle matière ôte de ressource au dessein du moraliste.

Il faut en dire autant de deux pièces qui sont restées inédites et dont chacune encore roule sur un thème qu'on ne saurait juger stérile en soi. Lucerval, c'est V Envieux, mais V Envieux sans intérêt personnel, sans autre mobile que le dessein gratuit de nuire. Il a obtenu la main d'une jeune fille, non qu'il s'en soucie, mais elle appartient à une famille de braves gens unis et heureux dont il médite d'empoisonner la félicité. Elle ne l'aime pas, ne l'épousera que pour obéir à son père. Tant mieux, car elle souffrira. Vientil à soupçonner sur de faux indices qu'elle lui garde peutêtre une tendresse secrète, le voilà qui délibère s'il ne rompra pas le mariage et qui ne se résout à passer outre qu'après s'être juré delà bien tourmenter. On démasque pourtant sa vilaine âme, on le repousse au profit de son frère qu'il n'a pas cessé de calomnier, et cette laide marionnette se retire en grinçant des dents. Qui a reconnu les démarches d'un envieux?

Léontine, abandonnée par Melfond, s'efforce en vain de le disputer à la jeune Amélie et, pour se venger, cette Nouvelle Médée essaie alors d'empoisonner sa rivale. Le crime est fort noir. Mais qui est cette Léontine? Pourquoi son amant l'a-t-il quittée? Que lui reproche-t-il ? Et ce furieux désespoir qui arme la meurtrière, n'est-ce pas lui qui l'a

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