Préface de la B. du V
provoqué? Pas un mot de tout cela. Elle est la mauvaise femme, Amélie est Fange, Melfond rend à toutes les deux leur dû, indignation méprisante à lune, tendresse dévote à l'autre; et chacune des personnes de ce trio laisse échapper, comme par la pression d'un ressort, les paroles de son emploi, l'une des apostrophes écumantes, l'autre de tendres plaintes et le troisième de sonores déclamations. Ainsi l'a voulu le décret insondable de l'auteur. Honni soit qui en réclame davantage!
Tirant un si pauvre parti de ce qu'une situation comporte de réellement dramatique, on conçoit que Mercier, dans le choix de ses sujets, ne s'inquiète même pas de savoir s'ils sont ou non appropriés au théâtre. Il fait une pièce sur un texte, comme il ferait un sermon. En présence des communes injustices de la vie, chacun a pu rêver d'une baguette de magicien pour remettre à leur place les choses qui n'y sont pas, donner le bonheur à un infortuné sur qui le sort s'acharne, ou confondre l'arrogance d'un drôle évidemment trop prospère. Au théâtre, si elle s'y risque, cette innocente conception ne se réalise, du moins, qu'après bien des traverses, et l'affaire de l'auteur est de montrer, le plaisir du spectateur est de savoir comment elle en triomphe'. Rien de plus oiseux au sens de Mercier. Il sort tout échauffé de la lectiiie d'un roman anglais traduit par l'abbé Prévost, Miss Sidnri/ liidulph, il y a trouvé une réconfortante histoire de méchanceté punie et de vertu récompensée presque miraculeusement, et, toute crue, il s'empresse de la transporter à la scène pour réjouir les gens de bien. C'est VHalntanl de la Guadeloupe.
Vanglenne, un jeune écervelé, ruiné par cent folies, est jadis parti pour les Antilles. Il y a si bien disparu qu'on le croit mort. Vingt ans après, riche à millions, veuf, sans enfants, il rentre au pays natal, où il ne lui reste pour famille qu'un couple de cousins riches, les époux Dortigny, et une cousine, veuve et pauvre. M'"^ Mirville. Afin d'éprouver leur ca^ur, il prend un habit misérable, se donne pour un malheureux, dénué de tout, et, se présentant, d'ailleurs, sous son vrai nom, tente successivement la pitié des uns et de l'aulre. On devine comment la ruse tourne. Les Dortigny