‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 160 sur 521 · Exemple : Le Roman cVtin jeune homme pauvre · texte numérisé non relu

Exemple : Le Roman cVtin jeune homme pauvre

SA VIE, SOiN œiIVKE, SON TEMPS 233

n'ont pour le fâcheux que de dures paroles, tandis que jyjine Micvillo lui fait l'accueil le plus compatissant. Aussi Vanglenne lui offre-t-il sa fortune et sa main, à la rage des mauvais parents qui, instruits trop tard, ont essaye de racheter leur coûteuse méprise par d'inutiles platitudes.

Ici l'insouciance des moyens est poussée jusqu'à l'affectation. Le spectateur est informé, dès le premier acte, de la vraie condition de Vanglenne; au second, il n'a rien à apprendre quand le héros se présente chez la veuve charitable. De même, la scène où celle-ci ligure ne s'achève pas qu'elle ne soit détrompée, en sorte que tout l'intérêt est épuisé avant le troisième acte, qui ne fait que rendre à chacun selon ses œuvres'. On ne saurait davantage laisser entendre que les assistants n'ont que faire d'égarer Icurcuriosité à la recherciie de ce qui va se passer, on leur en épargne le soin, on s'attache uniquement à caresser leur sensibilité par un si bon exemple de justice distribulive.

Pourtant ce singulier ouvrage est un des mieux venus de tout le théâtre de Mercier, si l'on admet d'abord, bien entendu, que devant une fable aussi candide la critique dramatique perd ses droits. Toutes choses étant exposées d'avance et en quelque sorte sur le même plan, sans attente d'aucun développement ultérieur, il n'y a plus qu'à juger de la valeur des deux tableaux contrastés dont la comparaison forme toute la pièce. Celui de la vertu patiente et secourable donne décidément envie de bâiller. Comment tenir à des phrases de ce genre? « Il n'y a point de honte, ma chère Brigitte, à travailler pour jeter un peu plus d'aisance dans sa maison, surtout lorsqu'on est mère de famille... Non, ma bonne amie, non, point d'excès, conservons le calme que l'infortune ne saurait ô'er aux âmes élevées... Il ne faut jamais rendre outrage pour outrage, ce serait le moyen d'éterniser les inimitiés. La douceur et la puuoiice viennent à bout quelquefois de désarmer la dureté et l'orgueil..., etc.". »

On éprouve quelque pudeur à cet étalage de bons sentiments, on aimerait mieux les deviner aux actes qu'ils inspirent, mais l'auteur n'avait pas cette ressource dans une

1. La maladresse saute aux yeux. Elle est reprochée à l'auteur par les critiques. Ann. Litt., 1786, m, 265. Corr. litt.^ xiv, 37'2.

Page 1