Préface de Molière
bon Chapelle se récrie : ^< De la justice ! Molière vaut mieux que ScaiTon, » On assiste aux bienfaits cachés du grand homme. Une jeune fille vient le solliciter de l'admettre dans sa troupe. 11 apprend qu'elle est de condition honnête, la détourne de son projet et lui vient en aide*. Cependant la vie lui est rendue insupportable parles querelles d'Armande Béjart qu'il aime et de Madeleine dont il est aimé. A travers tant de tracas, il poursuit sa mission glorieuse, il emporte de haute lutte la permission de représenter Tartuffe, dont il joue le rôle en s'emparant du manteau et du chapeau d'un Tartutïe authentique, et surtout, dans ce vaste déploiement d'activité, il nous prodigue des tirades où l'on a la stupéfaction d'entendre Molière philosopher dans le langage de Mercier. Qui se serait avisé de reconnaître l'auteur du Mimnthropek des phrases de ce goût : « Quand je ne voudrais pas écrire, le genre humain m'y forcerait par ses nouvelles extravagances... Il me faut rêver à mon Malade imaginaire, à mon Envieux, à mon Homme de Cour. Oh ! je garde celui-ci pour le dernier. Si la mort ne me surprend point, vous verrez un miroir, messieurs les courtisans! Vous êtes les tléaux de la nation, les vrais auteurs des maux publics ; vous trompez le monarque, vous tendez mille pièges entre son peuple et lui. Il est des choses que l'on pense quelquefois trop fortement pour pouvoir les écrire, et ce sont celles-là qui sont ordinairement perdues pour la postérité, mais j'oserai dire ce qu'on n'a pas encore dit. Les applaudissements publics me vengeront de la colère des offensés. Il faut néanmoins du courage... Du courage, oh! j'en ai. Une voix secrète me dit que j'ai bien fait". »
Voilà comment Mercier relevait Molière du tort de n'avoir pas été un homme du xviii« siècle, Sans plus de façons, il lui prétait ses sentiments littéraires et lui accordait l'honneur d'être un précurseur de Mercier. « On me commentera, dit Molière, on noiera dans un tas d'idées fausses les notions les plus claires. On me fera penser ridiculement, on voudra tout justifier sans choix et sans raison ; on se servira de mon nom même pour arrêter les progrès de l'art et barrer ceux
1. Cet épisode, étranger au texte de Goldoni, appartient en propre à Mercier.