A. I, se
neur de la femme. Voilà qui regarde le riche voisin de Joseph, un jeune oisif qui se fait appeler M. de Lys et regarde ingénument son intérêt et son plaisir comme la mesure naturelle de toutes ses actions. 11 s'ennuie bien, après sa nuit joyeuse, examine son menu futur, envoie quérir chez le carrossier « le cul de singe, la désobligeante elles trois diables » qu'il a commandés, mais comment tuer le temps jusqu'à l'heure de l'Opéra? Son valet de chambre lui a confié que la pauvrette dont on voit la fenêtre, au fond de la cour, a un joli minois. La curiosité le prend de s'en assurer. Pour prévenir par la suite les récriminations dont Joseph pourrait être tenté, il lui fait un riche présent que l'ouvrier est amené à croire désintéressé et qui vient fort à propos pour libérer le vieillard prisonnier. Puis, le frère parti, c'est la sœur qu'on introduit, après l'avoir abusée par un faux semblant. La tentative de séduction qui suit a déplu à plusieurs critiques, elle ne leur a pas semblé conforme aux vraies mœurs des roués, qui en usaient, paraît-il, avec plus de discrétion et de délicatesse*. Il me semble, au contraire, qu'elle se distingue par un ton de mesure et de naturel assez rare chez Mercier. Il n'y a nulle rhétorique dans le langage de de Lys. Comme la jeune fille prise au piège s'agite et veut en vain ouvrir la porte, il essaie de la calmer par un léger badinage : «Vous dites n'avoir pas peur... Ah! la fausse brave! Ces petites mains-là sont toutes tremblantes... Asseyez-vous... nous parlerons ensemble. » Après quoi il passe à l'argument qu'il juge irrésistible pour tant de misère et vante les avantages de la richesse, dans les termes les plus simples elles plus familiers : « Regardez-bien ce bel appartement, ces meubles, ces trumeaux, n'aimeriez-vous pas de loger dans un appartement semblable, d'avoir de belles robes, des bijoux et de vous mirer dans ces grandes glaces? Tout ceci n'est-il pas bien délicieux, bien désirable? Et tout ce qui s'en suit..., des domestiques, une bonne table, un carrosse roulant : pour celui-là, c'est un grand plaisir, n'est-il pas vrai?... Si l'on voulait tout à l'heure vous donner un grand état, par exemple vous faire la femme d'un homme bien riche, à peu près comme moi, que donneriez-vous pour une fortune semblable? — Rien, -répond Charlotte — Hien !