Journ. de Paris, 23 uovcnibre 1782. Mém. Secr.,xxi
la chère enfant ! elle est naïve, elle croit pouvoir ne rien donner! » Cependant l'émotion gagne la jeune fille, qui répond par des phrases de roman. « Elle parle comme Paméla », s'écrie de Lys. Bientôt serrée de plus près, elle se saisit d'un fusil pour enfoncer la porte. Par accident le coup part, on accourt au bruit et elle prend la fuite'.
On peut attendre beaucoup d'une pareille exposition, conçue avec autant de vérité, autant de largeur. Émouvant et redoutable entre tous est ce sujet : le malheureux, chargé de peines qu'il lui faut encore expier comme des fautes ; ainsi le veut la fatalité de sa condition, qui le livre au plus fort et au plus inique. Le style même de Mercier s'est heureusement ressenti des idées qu'il rend. Il a singulièrement gagné en précision et en fermeté. A peine quelques taches le déparent-elles encore : « Amitié ! douce amitié ! dure autant que notre vie, ô cher frère'. » Les invocations, les apostrophes, la rhétorique déclamatoire n'y trouvent presque pas de place. Pourquoi faut-il là-dessus que nous tombions brusquement en plein roman? Charlotte n'est pas la vraie sœur de Joseph, elle n'est pas la fille, mais la nièce de Remy. Celui-ci a recueilli l'enfant, abandonnée en bas âge par son père véritable, un frère du vertueux cultivateur, qui depuis a fait fortune à la ville et n'a plus donné signe de vie. Or, ce personnage dénaturé n'était autre que le père du jeune de Lys, le coupable séducteur en qui la jeune fille retrouve un frère. Humilié de sa parenté, soucieux de laisser à cet enfant uniquement aimé la totalité de sa fortune, le prétendu de Lys, à la faveur de ce nom d'emprunt, a renié, tant qu'il a vécu, le reste de sa famille, mais pris de remords, à l'instant de mourir, il a réparé sa faute par un testament qui proclame tous les droits de la fille méconnue. Naturellement, ces dispositions ne sont pas du goût de l'héritier, qui cherche par dessus tout à garder un secret dont la moitié de sa fortune dépend. Mais tout se découvre et s'explique chez le dépositaire du testament, un honnête notaire que Joseph et Charlotte, ayant cessé d'être frère et sœur, viennent consulter afin de se fiancer. Guidé par Du Noir, son âme damnée, de