‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 177 sur 521 · Corr. secr. (Métra), xiii · texte numérisé non relu

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réussi à mettre ses personnages dans un état violent où ils abdiquent tout empire sur eux-mêmes et délirent éperdument. Qu'on imagine un peu cette riche éruption de passions exaltées. Nous avons l'orgueil amoureux de Franval qui brave les conventions sociales, lois établies ou droits paternels; nous avons l'afïreuse détresse de Zoé, prise entre un entraînement irrésistible et ses remords filiaux; nous avons la haine de Saint-Maxandre, haine aveugle, inextinguible, vomissant des anathèmes et des cris de mort; nous avons enfin le dévouement héroïque et ingrat de Saint- Maxandre fils, tenant tète à l'inj ustice de son père sans perdre !e respect, essuyant les fureurs de son cher Franval sans une révolte de sa patience, sans une lassitude de son amitié. Il n'est pas commun que le jargon du sentiment trouve si belle occasion de sévir. Voici la plaintive Zoé, qui n'était pas née pour la fuite nocturne et la chaise de poste. Veutelle évoquer le souvenir d'heures moins agitées, elle soupire : « Ah ! Franval, faut-il vous le dire? ce n'est plus le réveil paisible où mon cœur satisfait allait chercher le sein de la nature' ! »... Quand Saint-Maxandre, transporté de colère, bat le pays à la recherche des fugitifs : « 11 vous sera facile de les reconnaître, s'écrie-t-il. Le crime est gravé sur le front du ravisseur". » Dans l'explication violente qui s'engage entre lui et sa fille retrouvée, il pleut des apostrophes de ce genre: « Quoi! tu oses te justifier en ma présence ! Quoi! ton aveugle passion t'égare à ce point! Précipite-moi dans la tombe, mais épargne-moi un tel affronta » Dans la fièvre dont chacun est brûlé, c'est la mort qu'à tout propos on prend à témoin. Il n'est question que d'expirer. « Pourquoi me secourez-vous? gémit Zoé, laissez-moi mourir*. » S'agit-il de donner une idée de l'amour qu'elle a inspiré^ « non jamais, déclare-t-elle, homme ne sut aimer comme lui. Vingt fois je l'ai vu prêt à expirer à mes pieds. » Comme elle redouble le courroux de son père, celui-ci l'accuse de souhaits parricides : «Va, la mort, qui ne tardera point, sera le dernier eff"et du poison amer que tu as versé dans mon cœur. » Elle, alors, poussant un cri: « Et je ne meurs point après vous

i. A. I, se. m.

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