‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 178 sur 521 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

avoir enlondu M » Tout est de ce loii, et Mercier se flattait certaineineiil de tirei- des larmes aux êtres les plus secs, car il ne soupçonuait pas que la monotonie de sensations constamment excessives pût engendrer la satiété, le dégoût, la résistance. Mais il y a pis que cette erreur de jugement.

Conlormément à ses principes d'éducateur, Mercier, on l'a vu, avait l'ait au théâtre une large place à d'autres passions (|ue l'amour. 11 ne faudrait pas en conclure qu'il tînt ce dcrnu'r en petite estime. « L'amour, nous déclare-t-il dans la préface de Zoé, est l'âme de la poésie dramatique! » C'est là, en effet, une vérité d'expérience incontestable, mais on peut trouver étrange que notre philosophe l'invoque. 11 fallait laisser cela à ceux qui ne voient dans la poésie dramatique qu'une œuvre de beauté, à ceux qui, dans l'imitation du cteur humain, s'intéressent surtout à ce qu'elle a de fidèle, d'éloquent, d'émouvant en soi; or ce genre d'intérêt n'implique rien de nécessairement vertueux, aucun encouragement à bien faire, aucun germe de résolution salutaire. La peinture des passions les plus coupables peut être un chef-d'œuvre et nous remuer jusqu'aux entrailles. En ce cas, l'admiration pour la beauté du tableau s'accompagnera d'une émotion dont la source est dans notre faiblesse ou pis encore. Voilà tout le sens qu'enveloppe l'aphorisme plus haut énoncé, et c'est aussi ce dont Mercier n'a pas cessé de se faire un grief capital contre toute l'ancienne poésie dramatique. D'où vient donc qu'il introduit dans son dogme du théâtre moral une telle hérésie? C'est qu'il tient l'amour pour une vertu. Oui, le culte de la sensibilité mène a une si exorbitante conséquence, et, quand on appartient à la religion de la AoMue//e- Héloïse, on en vient à écrire les lignes qui suivent : « Je crois que l'amour est le véritable contre-poison de la débauche, qu'il n'appartient qu'à lui de balancer ses progrès rapides et que son plus beau triomphe est de terrasser ce monstre qui prend son masque pour avilir notre âme et obscurcir nos meilleures qualités". »

Voilà contre la débauche une louable indignation, mais la singulière idée que de la combattre par l'apologie de l'amour! Mercier peut compter sur l'assentiment de son

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