‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 179 sur 521 · Préface de Zoé · texte numérisé non relu

Préface de Zoé

public. Au théâtre ouest toujours pour l'amour. 11 aura pour lui ceux mêmes qu'il n'aura pas convaincus : entre la débauche et son remède plus d'un fera une confusion intéressée. Je consens néanmoins que d'autres se prêtent à la cure. En sollicitant en faveur de l'amour tant de complicités faciles, l'impossible est d'apercevoir ce que la morale y gagnera. Quelques citations en diront long là-dessus. « Je ne sais, déclare Franval, ce que les lois ont écrit, mais les lois des hommes sont loin de nous: elles n'ont pu deviner ce qui s'est passé entre nos âmes, ce que notre bouche a répété, ce que nos cœurs ont senti. Les hommes ne peuvent jamais

nous juger Est-il dans la nature une loi plus forte que

l'union des cœurs*? » Ailleurs, et s'adressant à Zoé : « Ne soyons point cruels à nous-mêmes et parjures à ces douces et saintes lois, les seules peut-être que firent l'amour et la nature... Que tout ce qui n'est point amour s'efface dans le sentiment qui nous unit et nous enchaîne!... Sous un ciel nouveau, sur une terre étrangère, nous n'aurons là que le ciel et l'amour pour témoins, pour juges et pour maîtres". » J'entends bien que de telles divagations sont familières aux amoureux, mais le plat bon sens leur répond, comme l'excellente maîtresse de poste à Franval : « Ah! Monsieur! tant que les passions nous agitent, nous ne les trouvons pas criminelles, mais celui qui ne partage pas leurs transports voit ce que la passion nous permet rarement d'envisager'. » Le même humble bon sens objecte à l'auteur dramatique que s'il y a peu de mérite à prévenir le public en faveur de ce qui lui va spontanément au cosur, les épreuves de l'amour, il est, pour un moraliste, étrangement inconsidéré, en revanche, de glorifier ce mouvement instinctif. S'il ne s'agissait, dans le cas présent, que de détester une injuste persécution, il n'y aurait rien à dire. Elle ne serait ni plus ni moins haïssable, quel qu'en fût l'objet, ambition, cupidité, haine de race, etc. Mais parce que c'est d'amour qu'il s'agit, pourquoi ce redoublement de fracas? Quels sont ces prétendus droits que l'amour s'arroge? Devant quelle grandeur et quelle noblesse supérieure prétend-il que nous nous inclinions? Où prend-il ses titres à faire bon marché de

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