‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 181 sur 521 · Journ. helo., août 1782, pp · texte numérisé non relu

Journ. helo., août 1782, pp

qui relevait Ta livrée. A qui? A.u propre père de Natalio. Celui-ci, dans le deuil de l'ingrate dont il n'a jamais eu de nouvelles, élève sa petite-fille avec la tendresse la plus attentive. 11 songe à la marier avec un homme déjà mùr qui en est amoureux et dont il fait grande estime. Qui est ce futur? C'est l'amant de Natalie et le propre père de celle dont il sollicite la main. Quand Natalie, éperdue de désespoir, vient essayer auprès de l'infidèle qui l'abandonne une démarche suprême, tout se découvre, tout se termine par des larmes, par des pardons et par un embrassement général. Il y avait là de quoi justifier toutes les sévérités de la critique. Elles ne firent pas défaut: avec beaucoup de sens, le journaliste de Bouillon put écrire : « Nous demanderons aux écrivains qui crayonnent de telles fables ce qu'ils veulent nous apprendre, à quoi peuvent être utiles des inventions bonnes au plus pour un conte du Mercure. Ces novateurs qui ne trouvent pas les chefs-d'œuvre de nos maîtres assez moraux, assez utiles à la société, pensent-ils l'être davantage lorsqu'on ne peut tirer aucune conséquence de leurs pesants et tristes dialogues et lorsque Ton est tenté après les avoir lus de dire avec Fontenelle : « Sonate, que me veux-tu * ? »

Dans les ouvrages qui viennent d'être passés en revue % Mercier s'était efforcé, — d'ailleurs avec un succès contestable, — de remplir une partie de sa tâche d'éducateur en présentant au public des leçons de morale privée par le moyen de fictions empruntées à la vie domestique. Mais il avait encore une autre ambition, celle de consacrer le drame à une sorte d'enseignement civique. C'était, on s'en souvient, l'office qu'il reprochait à la tragédie d'avoir déserté pour s'en tenir à une œuvre servile, la représentation des actes et des passions des grands, actes et passions proposés comme tels à la contemplation respectueuse des petits. De ce spectacle, l'avantage essentiel, au contraire, que

1. Journ. EncycL, 1773, vi, 121. Appréciations analogues daus l'Ann. Lut., 1775, vjn, 154-168 et dans le Mercure, 15 déc. 1787, 137.

2. ,]'ai néglif^é Hortense et d'Arlamon, ainsi que le Libérateur, deux historiettes dont l'insipidité défie toute analyse.

Mercier prétendait tirer consistait à former la conscience des citoyens, à faire prononcer leur justice, à nourrir en eux le sentiment de leurs droits, la résolution d'en user, de les préserver à l'avenir contre tant d'atteintes dont on provoquait en eux le ressentiment. A cette fin, l'emploi de l'histoire lui paraissait devoir être au théâtre d'une grande ressource. « C'est à la poésie dramatique, a-t-il écrit, qu'il appartient d'animer l'histoire, languissante et froide dans ses narrations, de retracer avec précision et vérité les événements les plus faits pour instruire les siècles futurs, en leur exposant les tableaux des calamités passées, calamités toujours prêtes à renaître et que les hommes ne peuvent éviter qu'en rejetant les opinions absurdes de leurs ancêtres et en gémissant sur leur aveuglement et leur frénésie. C'est un miroir immortel où l'homme aperçoit combien il lui importe de dissiper l'erreur, toujours si funeste et toujours si prompte à dominer la plus nombreuse portion du genre humain '. »

L'idée de faire revivre sur la scène les journées mémorables du passé n'avait rien de méprisable, assurément, et de toutes celles que pût inspirer le commerce de Shakespeare, il n'en était guère de plus fructueuse. En 1747, La Place ayant mis en français pour la première fois le poète anglais, le président Hénault avait remarqué déjà, en lisant Hejiri VI, combien la forme dialoguée profitait à l'intelligence des troubles civils, souvent confus, qui avaient agité la Grande- Bretagne du xv^ siècle; et, conduit par cette expérience à composer sur le même modèle son drame, d'ailleurs, assez terne, de François //(174;8), ce qui l'engageait à réduire en scènes et en actes un épisode important de nos annales, c'était précisément le souci d'en faire, avec plus de force et plus de clarté, pénétrer le sens dans tous les esprits. Il obéissait à ce dessein, et à nul autre, rejetant loin de lui tout soupçon de réforme dramatique, multipliant les précautions pour mettre hors de doute son respect des règles et des pièces bien faites, qualifiant « d'espèces de monstres » les ouvrages de Shakespeare, et si éloigné de leur faire une place dans l'art dramatique qu'il excluait volontairement du théâtre ce François 11 où il n'avait essayé de les imiter

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