‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 182 sur 521 · Préface de la Destruclion de la Ligue · texte numérisé non relu

Préface de la Destruclion de la Ligue

SA VI i<:, SON ui;i:vi{E, son temps 287

que poiii- proposer aux curieux, dans le silence du cabinet, une reslilulion plus vivante des Ages évanouis*. On conçoit donc, à plus forte raison, que Mercier, étranger à de tels scrupules, n'ait pas négligé ce qui, dans les témoignages de rhistoire et les exemples de Shakespeare, se prêtait si bien à ses vues et de réformateur de la scène et de moraliste. Une fois seulement, et comme il s'agissait d'un drame fait pour renfermer le raccourci de tout un règne, il admit que la lecture en devait être préférée à la représentation*.

Ce n'était pas qu'il aimât l'histoire. Dans VAn 2440, il l'avait vouée aux flammes, car elle est la liste trop longue des attentats commis par toutes les puissances, les temporelles et les spirituelles, sur la personne et sur la conscience de l'homme. Mais du crime des unes, la tyrannie, et du crime des autres, le fanatisme, il y avait, du moins, en des temps plus éclairés et plus doux, une leçon salutaire à tirer. L'entreprise était de celles qui regardaient la scène régénérée. Mercier se mit donc avec ardeur à faire dans plusieurs drames le procès de l'intolérance et de l'arbitraire. Par malheur il arriva ce que nous sommes déjà trop en mesure de prévoir. Que le sujet en soit imaginaire ou réel, une pièce de théâtre réclame avant tout de l'intérêt dans l'action, de l'exactitude dans les caractères, du naturel dans les discours; et c'est encore ici, comme précédemment, ce que le philosophe oublia trop souvent, tout entier au zèle des vérités morales qu'il voulait servir et dont il continua de compromettre l'action persuasive par l'incurie ou le vice des moyens employés à les démontrer.

Bien qu'inspiré de la légende plutôt que des traditions authentiques, on peut, en raison de l'esprit qui l'anime, considérer Oiinde et Sophronie comme le premier essai de Mercier en ce genre. Toute la pièce roule sur le despotisme et la persécution religieuse. On connaît l'épisode du second livre de la Jérusalem délivrée où figurent les deux héros désignés par le titre. Aladin, roi de la ville sainte, pris d'anxiété à l'approche des croisés, se livre, pour sauver sa couronne, aux conseils d'ismen, apostat et magicien. Celuici lui prescrit de ravir de sa propre main, pour la déposer dans la mosquée, une image de la Vierge honorée d'une

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